| |

Installation
et maintenance d'un aquarium de type Berlinois : De la théorie
à la pratique
par Christophe SOLER
Conférence prononcée lors des 2emes Journées Intern. d'Aquariophilie
Marine
INTRODUCTION :
L’objectif de cette conférence est de vous présenter un exemple
de réalisation d’un aquarium récifal de volume moyen selon la méthode
berlinoise. Cette méthode largement éprouvée est relativement simple
à mettre en œuvre. Pourtant lorsque celle-ci est mal interprétée
ou mise en œuvre, c’est l’échec assuré.
Au cours de cette conférence, des notions théoriques essentielles
seront développées sans toutefois entrer dans trop de détails. Il
est néanmoins important de comprendre les bases physiologiques qui
justifient les différentes composantes de la méthode berlinoise.
L’aquariophile doit comprendre au mieux son aquarium pour l’adapter
et réagir afin de procurer une qualité de vie optimale à ces hôtes.
Les moyens mis en œuvre doivent permettre de répondre prioritairement
aux besoins des invertébrés et des poissons.
L’AQUARIUM POURQUOI FAIRE ?
Avant même de se lancer dans l’aventure récifale, une bonne démarche
est de se demander ce que l’on veut faire de son aquarium et surtout
de ce qu’on veut y mettre. « Quels sont les animaux que je veux
héberger dans mon aquarium ? » est une question qu’il vaut mieux
se poser avant de se demander « Quel écumeur ou quel système d’éclairage
vais-je acheter ? »
Un aquarium "fish only" donc essentiellement destiné à la maintenance
de poissons récifaux n’aura pas les mêmes exigences en termes de
maintenance qu’un aquarium destiné aux SPS (coraux durs à petits
polypes) les plus exigeants. Dans le même ordre d’idée, l’aquariophile
aura les pires difficultés à maintenir ensemble sur le long terme
de délicats Dendronephtya avec des Acropora. L’idée générale est
donc de concevoir son aquarium sur la base des besoins physiologiques
des animaux qui vont y êtres hébergés.
Les animaux récifaux ayant une capacité d’adaptation des plus limitée,
il conviendra de porter une grande attention aux variations des
paramètres physico-chimiques de leur environnement. L’homéostasie
du milieu est une règle qu’il convient de respecter aussi strictement
que possible lorsque l’on est responsable de la vie de ces animaux
fragiles.
NOTION DE BIOTOPE
Le biotope récifal, sans doute le plus riche et le plus diversifié
des biotopes de la planète, peut lui-même être subdivisé en plusieurs
biotopes. Ainsi, les espèces de coraux qui prospèrent sur la pente
externe du récif ne sont pas les mêmes que celles qui arborent les
lagons aux eaux plus calmes et ensoleillées. Cependant, les coraux
possèdent tout de même une certaine capacité d’adaptation et diverses
espèces peuvent ainsi recouvrir plusieurs morphologies leur permettant
de s’adapter à des conditions d’éclairement et de turbulences relativement
différentes. Ainsi, presque aucune espèce de corail n’est strictement
inféodée à un substrat ou à un biotope spécifique, si bien que celles-ci
peuvent se retrouver un peu partout tant que les conditions strictement
nécessaires à leur survie sont réunies. La bonne nouvelle pour nous
aquariophiles est que globalement nous pourrons faire cohabiter
ensemble une grande partie des espèces récifales dans un aquarium
qui n’est qu’exceptionnellement assez volumineux pour recréer plusieurs
biotopes.
L’aquarium dont je vais vous présenter les caractéristiques est
essentiellement destiné à la maintenance de coraux durs. Il est
pour l’instant encore assez jeune (8 mois) donc encore relativement
peu peuplé et va évoluer vers un biotope contenant une majorité
de SPS des genres Acropora, Montipora, Pocillopora, Seriatopora,
Hydnophora, Stylophora, etc…
PRINCIPALES TECHNIQUES DE MAINTENANCE DE L’AQUARIUM RECIFAL
Globalement, quatre procédés originaux et significativement différents
les uns des autres ont été imaginés pour la maintenance des animaux
récifaux.
La méthode du filtre semi-humide ou sec humide selon les auteurs
est encore largement utilisée et recommandée pour la maintenance
de bacs de poissons.
La méthode décrite par le Dr Adey permet grâce à l’utilisation d’un
filtre à algue de retirer de l’eau les déchets azotés et phosphorés
en élaguant régulièrement les algues d’espèces diverses qui se développent
sur un « algal turf scrubber ».
La méthode du Prof Jaubert basée sur l’utilisation d’une cavité
(plenum) située sous un lit de sable permet de maintenir correctement
les paramètres physico-chimiques de l’eau dans certaines conditions
de population du bac.
Enfin, la méthode berlinoise que nous détaillerons un peu plus ici
trouve ses fondements dans un écumage puissant, l’utilisation de
pierres vivantes et une supplémentation adaptée à la consommation
des organismes récifaux.
LA CUVE ET LES CUVES ANNEXE
| Il
s’agit d’une cuve d’angle à face bombée d’un volume brut de
350l, et de deux cuves annexes d’un volume utile de 70l dont
20l consacrés à une réserve d’eau osmosée. La cuve principale
(aquarium de série d’une grande marque) a été percée et un système
de débordement a été réalisé afin que l’eau de surface puisse
se déverser dans un compartiment de traitement de l’eau situé
dans le meuble sous l’aquarium. Pour des raisons pratiques d’intégration
dans le meuble, la cuve de décantation est en fait constituée
de deux cuves reliées par un tuyau souple en PVC. |
 |
Pour des raisons pratiques d’intégration
dans le meuble, la cuve de décantation est en fait constituée de
deux cuves reliées par un tuyau souple en PVC. L’eau venant de la
surface de l’aquarium se déverse dans la première cuve qui contient
l’écumeur. L’eau passe ensuite dans la deuxième cuve dans laquelle
se trouve la pompe de remontée. Dans cette deuxième cuve sont également
situés l’arrivée d’eau de chaux provenant du réacteur à calcium
et un flotteur (capteur de niveau) qui en contrôle l’injection ainsi
qu’un système de diffusion de CO2 via un tuyau de silicone perméable
aux gaz.

LES PARAMETRES DU BIOTOPE RECIFAL
PHYSIOLOGIE DU CORAIL : BESOINS
D’un point de vue taxonomique, les coraux font partie de l’embranchement
des cnidaires de la classe des Anthozoaires, sous classe des hexacoralliaires
pour les coraux durs et sous classe des octocoralliaires pour les
coraux mous. Ce sont des animaux coloniaux dont la plus petite entité
est constituée par un polype.
On distingue les coraux hermatypiques, bâtisseurs de récif, des
coraux ahermatypiques ne construisant pas de structures calcaires.
La plupart des coraux vivent en symbiose avec des algues unicellulaires,
les zooxanthelles, qui sont localisées dans les cellules endodermiques
des polypes. Ces zooxanthelles sont des dinoflagellés appartenant
au genre Symbiodinium. Elles interviennent activement dans la physiologie
du corail en utilisant des métabolites cellulaires produits par
les cellules du polype et en nourrissant le polype à partir de produits
issus de la photosynthèse. Il est maintenant scientifiquement admis
que cette véritable symbiose entre le corail et l’algue est responsable
du succès écologique des récifs coralliens.
- LES OCTOCORALLIAIRES : CORAUX
MOUS
À part quelques spicules calcaires, cependant, nécessaires au
soutien et au maintien de la colonie, ceux-ci ne sécrètent pas
un squelette calcaire aussi important que ne le font les coraux
durs. De ce fait, la maintenance de certains paramètres physico-chimiques
comme une concentration élevée de l’eau en calcium (Ca2+)
et en bicarbonates-carbonates (KH) sera moins drastique dans
un aquarium peuplé de coraux mous que dans un aquarium peuplé
de corail dur. |
 |
- LES HEXACORALLIAIRES : CORAUX
DURS
À la différence des coraux mous, les coraux durs sécrètent un
squelette calcaire abondant. Ce sont les cellules ectodermiques
au contact du squelette qui précipitent du carbonate de calcium
(CaCO3) à partir d’ions bicarbonates (HCO3-)
et d’ions calcium (Ca2+). Cette réaction est largement
catalysée en période diurne par les réactions photosynthétiques
des zooxanthelles. En effet, durant la journée le CO2
consommé par les zooxanthelles favorise la précipitation du
carbonate de calcium selon le schéma suivant : |
 |
Cette équation (*) résume en fait
très bien les besoins de l’aquarium en termes de calcification.
On peut en déduire que les besoins des hexacoralliaires sont des
besoins en bicarbonates (HCO3-) et en calcium (Ca2+).
D’autre part, la lumière qui intervient dans le processus
photosynthétique de transformation du CO2 en glucose
joue un rôle crucial en potentialisant la calcification. En effet,
l’utilisation de CO2 dans le processus photosynthétique
permet d’accélérer la réaction (*) en la déplaçant vers la droite.
Dans un bac essentiellement peuplé de coraux mous avec éventuellement
quelques LPS, l’aquariophile récifal aura donc tout intérêt à maintenir
un bon niveau d’éclairement tant qualitatif que quantitatif. En
revanche, les faibles valeurs de calcification ne nécessitent pas
dans un tel bac l’utilisation de réacteur à calcium ou à calcaire,
des changements d’eau partiels de l’ordre de 10 % par mois sont
généralement suffisants.
Dans un bac essentiellement peuplé de coraux durs surtout des SPS,
un très haut niveau d’éclairement doit être maintenu et la diminution
de la concentration en calcium et en bicarbonates doit être compensé
par des apports exogènes par l’intermédiaire d’un réacteur à calcium
ou-et à calcaire ou via des solutions ioniques équilibrées.
QUALITE DE L’EAU, COMPOSITION
L’eau est le milieu dans lequel évoluent invertébrés et poissons.
Celle-ci doit donc répondre à un certain nombre de critères essentiels.
La nature étant bien faite et l’évolution n’ayant rien laissée au
hasard durant des millions d’années, il est logique et prudent d’essayer
de reproduire autant que possible en aquarium les caractéristiques
physico-chimiques de l’eau de mer naturelle.
La qualité de l’eau du bac est dépendante de plusieurs facteurs
:
- Qualité de l’eau préparée au démarrage du bac : eau de conduite,
sels utilisés.
Selon la région, il est souvent nécessaire d’utiliser de l’eau purifiée
afin de reconstituer l’eau de mer. L’utilisation d’un bon osmoseur
fait souvent l’affaire et permet d’éliminer un maximum de contaminants
indésirables tels que nitrates, phosphates, silicates, mais aussi
métaux lourds, résidus organiques (pesticides par exemple). Les
sels utilisés pour la reconstitution de l’eau de mer doivent aussi
être d’excellente qualité.
- Maintien des qualités de l’eau.
En milieu clos, la qualité de l’eau a vite fait de s’altérer au
cours du temps. Même si bien malin est celui qui pourra se vanter
de maintenir constante la composition chimique de l’eau, il est
impératif de tout mettre en œuvre pour stabiliser au mieux un maximum
de paramètres. Tous les paramètres ne sont pas maîtrisables, on
ne les connaît d’ailleurs pas tous, mais les plus importants le
sont.
Parmi les paramètres qui évoluent on distingue :
- La température
- La densité
- Le pH
- Des espèces ioniques dont la concentration diminue : Ca2+, HCO3-,
CO3--, Sr2+, I-
- Des substances inorganiques qui s’accumulent (NO3-,
HPO42-)
- Température
La température peut être facilement maintenu constante à l’aide
d’une résistance thermostatée. Certains auteurs recommandent des
températures relativement basses de l’ordre de 24°C alors que d’autres
préconisent plutôt 27°C. En fait, tout est possible si l’on reste
dans une fourchette raisonnable (24-28°C). La température moyenne
sur les récifs coralliens est de l’ordre de 27°C, il semble donc
logique d’utiliser cette température pour maintenir nos mini-récifs.
Une température aussi basse que 24°C est une sécurité dans le sens
où le métabolisme est diminué. Ainsi, explosions d’algues et maladies
éventuelles se développent moins rapidement à cette température
laissant le temps à l’aquariophile pour réagir, mais le revers de
la médaille est que les coraux poussent aussi moins vite. À 27°C,
le métabolisme est plus élevé et vos coraux se développeront plus
rapidement, mais attention aux algues si la qualité de l’eau n’est
pas excellente ou si votre population d’herbivores est trop légère.
Si la pièce dans laquelle se situe l’aquarium est bien chauffée
l’hiver, il n’est pas toujours nécessaire d’utiliser une résistance
chauffante, le dégagement calorifique des pompes et de l’éclairage
peut largement suffire. De plus une petite fluctuation nocturne
de l’ordre, de un à deux degrés n’est pas néfaste à l’aquarium.
C’est l’été que le problème de la température est souvent le plus
aigu. Selon la température de votre pièce, l’équipement de l’aquarium
(pompes, éclairage, galerie ouverte ou fermée), il conviendra de
refroidir l’eau du bac de façon à ce que la température ne dépasse
pas si possible les 28°C. Diverses possibilités s’offrent à vous.
Un simple ventilateur soufflant vers la surface du bac ou/et vers
la décantation suffit souvent en favorisant l’évaporation à faire
chuter l’eau du bac de 2 à 3°C. Quelquefois l’utilisation d’un climatiseur
peut s’avérer nécessaire. Climatiser la pièce peut apporter à la
fois un confort aux poissons, invertébrés mais aussi à l’aquariophile.
Si cette solution s’avère trop onéreuse refroidir directement l’eau
du bac à l’aide d’un refroidisseur d’eau est la dernière solution
qui s’offre à vous. Sachez qu’au-delà d’un certain volume d’eau
à refroidir, le prix du refroidisseur peut vite atteindre ou dépasser
celui d’un climatiseur d’appartement.
- Densité
Elle se mesure en général simplement à l’aide d’un densimètre (attention
aux densimètres aquariophiles qui peuvent être très imprécis) ou
d’un réfractomètre.
Celle-ci doit être maintenu à une valeur acceptable (entre 1020
et 1025) lors de la mise en eau du bac et lors des changements d’eau.
L’évaporation doit être compensé par des ajouts d’eau douce (osmosée
de préférence), ou soit totalement soit partiellement par des ajouts
d’eau de chaux. Idéalement, un système de remplissage automatique
(osmolateur ou autre) permet de compenser de façon régulière cette
évaporation et de limiter ainsi les écarts de densité.
- pH
L’eau de mer naturelle a un pH moyen d’environ 8,08. L’eau de mer
est tamponnée grâce au système des carbonates-bicarbonates-CO2
ce qui signifie que tout apport endogène ou exogène de substances
acides ou de substances basiques sera neutralisé par ce système
tampon selon l’équilibre suivant :
CO2 + H2O HCO3-
+ H+ CO32- + 2H+
En aquarium, milieu clos, le pH fluctue entre le jour et la nuit
en raison des processus photosynthétiques qui s’y déroulent. Le
CO2 est utilisé le jour par les algues, dont les zooxanthelles,
ce qui provoque une hausse du pH. La nuit, ce même CO2
n’est plus utilisé par la photosynthèse et son accumulation est
la cause d’une baisse du pH. En moyenne les valeurs de pH oscillent
souvent entre 7,8 et 8,3 avec une tendance nette à l’acidification.
Cependant d’un aquarium à un autre l’amplitude de ces oscillations
peut être plus ou moins grande avec des pH moyens plus ou moins
élevés. Par exemple un aquarium mal brassé, sans écumeur pourra
difficilement évacuer le CO2 en excès au cours de la période nocturne.
Dans un tel aquarium, le pH peut baisser anormalement la nuit. A
l’inverse, d’autres aquariums ayant recours à l’injection d’eau
de chaux peuvent au contraire voir le pH s’élever au-dessus de 8,5
en fin de journée.
| Ce paramètre est particulièrement
important en aquariophilie récifale. Avec la concentration en
C inorganique (CO32-/HCO3-/CO2),
le pH est un paramètre crucial de la calcification et de la
photosynthèse. Dans mon bac, le maintien d’une fourchette de
pH optimal à la calcification est assuré par l’apport d’eau
de chaux via un réacteur à calcium maison et une injection de
CO2 via un tuyau de silicone perméable aux gaz. L’injection
de CO2 a été envisagée car j’ai pu constater que
le pH en fin de journée pouvait allègrement dépasser les 8,4
voire 8,5. |
 |
Ceci est dû à l’injection d’eau de
chaux et à une intense activité photosynthétique dans la journée.
La consommation du CO2 qui en résulte n’est visiblement
pas assez rapidement compensée par une dissolution du CO2
atmosphérique malgré un brassage et un écumage efficient, ce qui
entraîne cette élévation du pH. Il n’est pas inutile de rappeler
que le pH moyen de l’eau de mer naturelle est de 8,08 et que la
concentration de HCO3- utile à la calcification et à
la photosynthèse est maximale autour d’un pH de 7,8. Un pH trop
élevé pendant plusieurs heures n’est donc pas particulièrement souhaitable,
l’idéal étant de maintenir un pH autour de 8,1.
- Espèces ioniques dont la concentration diminue : Ca2+, HCO3-,
CO32-, Sr2+, I-
Comme dans le cas du pH, les variations de concentration de ces
espèces ioniques peuvent grandement fluctuer d’un aquarium à un
autre. Un aquarium récifal richement peuplé de SPS verra sa concentration
calcique, sa dureté carbonatée (CO32-/HCO3-)
et son taux de strontium (Sr2+) baisser rapidement si rien n’est
fait pour compenser la consommation due à la calcification. Ce n’est
pas le cas dans un aquarium de poissons ou de coraux mous.
L’utilisation d’un réacteur à calcium maison pour compenser totalement
l’évaporation du bac est la solution qui a ici été adoptée. Les
raisons sont multiples :
- Un niveau d’évaporation élevé de l’ordre de 4-5 litres par jour
soit plus de 1 % du volume brut des cuves.
- La précipitation des phosphates engendrée par l’eau de chaux.
- L’apport de calcium tout en maintenant un pH élevé (par apport
d’OH-).
- La régénération de la réserve alcaline, en particulier de la dureté
carbonatée.
- La simplicité d’utilisation.
Cependant, l’utilisation de ce réacteur à calcium, conjointement
à un éclairage puissant engendre des hausses de pH en fin de journée
jusqu'à des valeurs aussi hautes que 8,5. Des valeurs de pH aussi
élevées ne sont pas souhaitables à cause des processus de précipitation
carbonato-calciques qu’elles peuvent engendrer, ainsi que du déficit
en CO2 dissout qui en résulte, sans compter le stress
que cela peut éventuellement occasionner sur certains invertébrés
et poissons. De plus, la dureté carbonatée ne dépassait pas les
5°KH et pouvait descendre encore plus bas.
J’ai donc envisagé de compenser la consommation trop élevée de CO2
dissous, en dissolvant directement dans l’eau du CO2.
Le système se compose d’une bonbonne de CO2 de 350g munie
d’un détendeur, d’un compte bulle et d’un tuyau silicone perméable
aux gaz. Ce tuyau silicone fermé à l’une des extrémités est enroulé
autour d’un manchon de PVC annelé et plongé dans la deuxième cuve
de décantation sous l’arrivée d’eau de chaux et près de la pompe
de remontée. Ainsi le CO2 est directement dissous dans
l’eau dans une zone bien brassée où l’eau de chaux lorsqu’elle est
injectée peut consommer le CO2 pour régénérer des HCO3-.
Une injection continue (9 bulles par minutes) permet de stabiliser
le pH à 7,85 le matin (avant allumage des lampes) et 8,30 le soir
(avant extinction des lampes).
Cette injection de CO2 pourra à terme être régulé avec
un pH-mètre électronique couplé à une électrovanne. Le pH-mètre
déclenchera l’ouverture de l’électrovanne et donc l’injection de
CO2 lorsque la valeur de pH dépassera 8,2.
La supplémentation en Sr2+ et en I- est assurée par un apport hebdomadaire
de SrCl2 et de KI en solution. Enfin, un changement d’eau d’environ
10l par quinzaine est effectué pour diminuer les risques de carences.
- Des substances inorganiques qui s’accumulent (NO3-,
HPO42-)
Le métabolisme des animaux génère divers déchets azotés et phosphorés
qui aboutissent via les cycles de l’azote et du phosphore aux nitrates
et aux phosphates (respectivement NO3-, HPO42-).
L’accumulation de ces déchets doit à tout pris être limité au maximum.
Les phosphates sont connus pour être des inhibiteurs de la calcification
et favorisent la croissance des algues indésirables. Les nitrates
semblent moins toxiques pour les invertébrés en dessous de valeurs
moyennes (50 mg/l) déjà trop élevées mais favorisent également la
pousse d’algues indésirables. D’une manière générale, un taux de
nitrates inférieur à 10 mg/l est recommandé et il est relativement
aisé d’obtenir des taux encore plus bas dans un aquarium berlinois
bien conçu. En particulier, les quantités de pierres vivantes et
de sable doivent ainsi être suffisamment importantes pour générer
des zones anaérobies nécessaires au développement de populations
de bactéries dénitrifiantes. Il n’est cependant pas absolument nécessaire
de rechercher à tout prix une concentration nulle en nitrate, une
faible concentration (5-10 mg/l) contribue même à ‘’booster’’ la
croissance de certains invertébrés. En ce qui concerne les phosphates,
le sujet est plus délicat étant donné la très mauvaise fiabilité
des tests aquariophiles pour ce paramètre. D’une manière générale,
les tests aquariophiles ne devraient pas détecter de phosphates
dans l’eau de l’aquarium. L’équilibre biologique institué dans l’aquarium
(bactéries nitrifiantes, dénitrifiantes, etc…) doit permettre de
maintenir ces ions à des concentrations acceptables. L’institution
d’un tel équilibre est aidée par un certain nombre d’outils dont
l’écumeur constitue l’un des piliers. En effet, un écumage efficace
permet de soustraire des cycles de l’azote et du phosphore un certain
nombre de molécules avant que celles-ci ne soient transformées.
Cela permet donc de minimiser l’accumulation de nitrates et de phosphates
en bout de cycle. Les nitrates sont ensuite pris en charge par les
bactéries dénitrifiantes qui colonisent les zones anaérobies du
substrat (pierres vivantes et sable) et sont transformés en azote
gazeux inoffensif. Les phosphates sont moins facilement éliminés
et précipitent dans l’aquarium sous forme de phosphates de calcium
et de magnésium. Un apport d’eau de chaux aide à la précipitation
de ces phosphates inorganiques.
FLUX LUMINEUX : ENERGIE, PHOTOSYNTHESE
Les organismes récifaux ont su s’adapter au cours de l’évolution
à la relative pauvreté de l’eau dans laquelle baignent les récifs
coralliens. La symbiose entre le corail et une algue unicellulaire
(zooxanthelle) en est la parfaite illustration. Le corail peut ainsi
profiter des produits de la photosynthèse générés par l’algue tout
en faisant bénéficier à celle-ci d’un support de choix ainsi que
de déchets métaboliques azotés et phosphorés. Le corail tire ainsi
partie de la source de carbone organique synthétisée par l’algue,
ce même carbone organique faisant cruellement défaut dans l’eau
de mer (voir aussi le schéma dans le paragraphe sur la physiologie
du corail).
En conséquence pour nous aquariophiles, étant donné que la plupart
des organismes récifaux sont dépendants de la lumière, le choix
de la source d’éclairage est de première importance. Tant sur le
plan qualitatif que quantitatif, il est impératif d’assurer aux
zooxanthelles un apport lumineux substantiel.
Les paramètres déterminants de la source d’éclairage sont spectre
et puissance. J’ai personnellement opté pour une source aux halogénures
métalliques dans un projecteur grand angle contenant deux ampoules,
l’une de 400W (10000 Kelvin) et l’une de 70W (20000 Kelvin). La
puissance ainsi développée (1,35 W/l brut) et le rendu esthétique
dû à la combinaison des ampoules 10000 et 20000 Kelvin satisfont
aux besoins des invertébrés les plus exigeants et aux impératifs
d’esthétisme de la réalisation. Cette lampe a été installée environ
3 semaines après la mise en eau et l’installation des pierres vivantes
dans l’aquarium afin de limiter au maximum la croissance des algues
durant la phase de démarrage. L’écumeur fonctionnant à plein régime
depuis le début a permis d’éviter au maximum une accumulation de
nutriments pendant la phase de maturation, nutriments qui associés
à un éclairage intense auraient probablement engendré une explosion
d’algues.
HYDRODYNAMISME, BRASSAGE
Le brassage est souvent négligé par les aquariophiles. Pourtant,
il constitue sans nul doute l’une des clés du succès de l’aquarium
récifal. Il suffit de plonger quelque temps au-dessus d’un récif
pour se rendre compte de l’importance de l’hydrodynamisme. Les courants
caressent quelquefois violemment les coraux et permettent leur oxygénation,
les débarrassent de leurs déchets et leur apportent des proies planctoniques.
Cet état de fait implique un brassage de bon niveau tant qualitatif
que quantitatif dans l’aquarium récifal. Sur le plan qualitatif,
il convient d’éviter les courants linéaires cisaillants et de générer
au contraire des courants multidirectionnels, aléatoires, tourbillonnants.
Sur le plan quantitatif, il faut s’assurer de fournir une puissance
suffisante souvent évaluée selon le nombre de pompes et le débit
de celles-ci.
Évidemment, il faut nuancer ce brassage en fonction de la nature
des coraux hébergés. Globalement et malgré quelques exceptions,
les coraux mous et les LPS ne supportent pas un brassage trop violent
qui risquerait de déchirer leurs polypes, alors que les SPS nécessitent
un brassage plutôt vigoureux pour extraire l’énorme quantité de
mucus que ceux-ci sécrètent.
Dans l’aquarium présenté ici, le brassage est assuré par deux pompes
électroniques à débit variable de 700 à 4000 l/h avec une fréquence
de pulsation réglable de 1 à 6 secondes ce qui permet de générer
un brassage vigoureux et aléatoire. L’intensité du brassage est
diminuée la nuit grâce à un système régulé par des cellules photoélectriques.
POPULATION, CROISSANCE DES INVERTEBRES ET DES POISSONS
Au jour de l’écriture de ce texte (février 2001), la population
de l’aquarium se compose d’anthozoaires appartenant à différents
genres : Acropora, Stylophora, Montipora, Hydnophora, Porites,
Plerogyra, Euphyllia, Turbinaria, Favia, Lithophyton, Lobophyton,
Condylactis, Zoanthus, Bartholomea et quelques Aiptasia.
Les poissons présents sont un banc de dix Chromis viridis,
un Paracanthurus hepatus, un Ctenochaetus strigosus,
un Pseudochromis flavivertex, un couple d’Amblyeleotris
yanoï. Enfin, un Tridacna squamosa, une Holothurie
Edulis, quelque Bernard l’hermites, des ascidies, des vers tubicoles
et une microfaune abondante habitent ce mini-récif.
Depuis l’installation des premiers animaux soit 2 mois après la
mise en eau, les taux de croissance observés sont de l’ordre du
centimètre par mois pour les Acropora, Montipora et Hydnophora.
Les poissons ne sont pas en reste, car bien nourris leur croissance
est encourageante. Mis à part la disparition d’un Chromis et
d’une crevette Periclimenes brevicarpalis qui logeait dans
l’anémone Condylactis, aucune autre perte n’est a déploré
à ce jour.

Affaire à suivre …
Christophe SOLER
csol@free.fr
Récif France avril 2001- Les textes et photos restent la propriété
des auteurs.
|
| | |
|
|
|
|
|
© RECIF FRANCE - Tous
droits réservés. Récif onLine V3.0
Association Française des Amateurs d'Aquariophilie Marine et Récifale.
Editeur
des Lettres
Récifales, seule publication bimestrielle
de langue française consacrée exclusivement à l'aquariophilie marine
et récifale.
Mentions légales
|