L'aquariophilie marine à la portée de tous







Christophe SOLER est né à Nice en 1969.
Docteur en biologie, il est aquariophile depuis 15 ans et a conçu des aquariums récifaux depuis 7 ans.
Auteur de plusieur articles dans Aqua Plaisir, Aquarium Récifal et sur divers sites webs spécialisés. Il est très impliqué dans la vie associative aquariophile où il est notamment à l'origine des Rencontres Nationales d'Aquariophilie Marine et Récifale.

 


Installation et maintenance d'un aquarium de type Berlinois : De la théorie à la pratique

par Christophe SOLER
Conférence prononcée lors des 2emes Journées Intern. d'Aquariophilie Marine

INTRODUCTION :
L’objectif de cette conférence est de vous présenter un exemple de réalisation d’un aquarium récifal de volume moyen selon la méthode berlinoise. Cette méthode largement éprouvée est relativement simple à mettre en œuvre. Pourtant lorsque celle-ci est mal interprétée ou mise en œuvre, c’est l’échec assuré.

Au cours de cette conférence, des notions théoriques essentielles seront développées sans toutefois entrer dans trop de détails. Il est néanmoins important de comprendre les bases physiologiques qui justifient les différentes composantes de la méthode berlinoise. L’aquariophile doit comprendre au mieux son aquarium pour l’adapter et réagir afin de procurer une qualité de vie optimale à ces hôtes. Les moyens mis en œuvre doivent permettre de répondre prioritairement aux besoins des invertébrés et des poissons.

L’AQUARIUM POURQUOI FAIRE ?
Avant même de se lancer dans l’aventure récifale, une bonne démarche est de se demander ce que l’on veut faire de son aquarium et surtout de ce qu’on veut y mettre. « Quels sont les animaux que je veux héberger dans mon aquarium ? » est une question qu’il vaut mieux se poser avant de se demander « Quel écumeur ou quel système d’éclairage vais-je acheter ? »

Un aquarium "fish only" donc essentiellement destiné à la maintenance de poissons récifaux n’aura pas les mêmes exigences en termes de maintenance qu’un aquarium destiné aux SPS (coraux durs à petits polypes) les plus exigeants. Dans le même ordre d’idée, l’aquariophile aura les pires difficultés à maintenir ensemble sur le long terme de délicats Dendronephtya avec des Acropora. L’idée générale est donc de concevoir son aquarium sur la base des besoins physiologiques des animaux qui vont y êtres hébergés.

Les animaux récifaux ayant une capacité d’adaptation des plus limitée, il conviendra de porter une grande attention aux variations des paramètres physico-chimiques de leur environnement. L’homéostasie du milieu est une règle qu’il convient de respecter aussi strictement que possible lorsque l’on est responsable de la vie de ces animaux fragiles.

NOTION DE BIOTOPE
Le biotope récifal, sans doute le plus riche et le plus diversifié des biotopes de la planète, peut lui-même être subdivisé en plusieurs biotopes. Ainsi, les espèces de coraux qui prospèrent sur la pente externe du récif ne sont pas les mêmes que celles qui arborent les lagons aux eaux plus calmes et ensoleillées. Cependant, les coraux possèdent tout de même une certaine capacité d’adaptation et diverses espèces peuvent ainsi recouvrir plusieurs morphologies leur permettant de s’adapter à des conditions d’éclairement et de turbulences relativement différentes. Ainsi, presque aucune espèce de corail n’est strictement inféodée à un substrat ou à un biotope spécifique, si bien que celles-ci peuvent se retrouver un peu partout tant que les conditions strictement nécessaires à leur survie sont réunies. La bonne nouvelle pour nous aquariophiles est que globalement nous pourrons faire cohabiter ensemble une grande partie des espèces récifales dans un aquarium qui n’est qu’exceptionnellement assez volumineux pour recréer plusieurs biotopes.

L’aquarium dont je vais vous présenter les caractéristiques est essentiellement destiné à la maintenance de coraux durs. Il est pour l’instant encore assez jeune (8 mois) donc encore relativement peu peuplé et va évoluer vers un biotope contenant une majorité de SPS des genres Acropora, Montipora, Pocillopora, Seriatopora, Hydnophora, Stylophora, etc…

PRINCIPALES TECHNIQUES DE MAINTENANCE DE L’AQUARIUM RECIFAL
Globalement, quatre procédés originaux et significativement différents les uns des autres ont été imaginés pour la maintenance des animaux récifaux.

La méthode du filtre semi-humide ou sec humide selon les auteurs est encore largement utilisée et recommandée pour la maintenance de bacs de poissons.

La méthode décrite par le Dr Adey permet grâce à l’utilisation d’un filtre à algue de retirer de l’eau les déchets azotés et phosphorés en élaguant régulièrement les algues d’espèces diverses qui se développent sur un « algal turf scrubber ».

La méthode du Prof Jaubert basée sur l’utilisation d’une cavité (plenum) située sous un lit de sable permet de maintenir correctement les paramètres physico-chimiques de l’eau dans certaines conditions de population du bac.

Enfin, la méthode berlinoise que nous détaillerons un peu plus ici trouve ses fondements dans un écumage puissant, l’utilisation de pierres vivantes et une supplémentation adaptée à la consommation des organismes récifaux.

LA CUVE ET LES CUVES ANNEXE

Il s’agit d’une cuve d’angle à face bombée d’un volume brut de 350l, et de deux cuves annexes d’un volume utile de 70l dont 20l consacrés à une réserve d’eau osmosée. La cuve principale (aquarium de série d’une grande marque) a été percée et un système de débordement a été réalisé afin que l’eau de surface puisse se déverser dans un compartiment de traitement de l’eau situé dans le meuble sous l’aquarium. Pour des raisons pratiques d’intégration dans le meuble, la cuve de décantation est en fait constituée de deux cuves reliées par un tuyau souple en PVC.

Pour des raisons pratiques d’intégration dans le meuble, la cuve de décantation est en fait constituée de deux cuves reliées par un tuyau souple en PVC. L’eau venant de la surface de l’aquarium se déverse dans la première cuve qui contient l’écumeur. L’eau passe ensuite dans la deuxième cuve dans laquelle se trouve la pompe de remontée. Dans cette deuxième cuve sont également situés l’arrivée d’eau de chaux provenant du réacteur à calcium et un flotteur (capteur de niveau) qui en contrôle l’injection ainsi qu’un système de diffusion de CO2 via un tuyau de silicone perméable aux gaz.

LES PARAMETRES DU BIOTOPE RECIFAL

PHYSIOLOGIE DU CORAIL : BESOINS

D’un point de vue taxonomique, les coraux font partie de l’embranchement des cnidaires de la classe des Anthozoaires, sous classe des hexacoralliaires pour les coraux durs et sous classe des octocoralliaires pour les coraux mous. Ce sont des animaux coloniaux dont la plus petite entité est constituée par un polype.

On distingue les coraux hermatypiques, bâtisseurs de récif, des coraux ahermatypiques ne construisant pas de structures calcaires.

La plupart des coraux vivent en symbiose avec des algues unicellulaires, les zooxanthelles, qui sont localisées dans les cellules endodermiques des polypes. Ces zooxanthelles sont des dinoflagellés appartenant au genre Symbiodinium. Elles interviennent activement dans la physiologie du corail en utilisant des métabolites cellulaires produits par les cellules du polype et en nourrissant le polype à partir de produits issus de la photosynthèse. Il est maintenant scientifiquement admis que cette véritable symbiose entre le corail et l’algue est responsable du succès écologique des récifs coralliens.

- LES OCTOCORALLIAIRES : CORAUX MOUS

À part quelques spicules calcaires, cependant, nécessaires au soutien et au maintien de la colonie, ceux-ci ne sécrètent pas un squelette calcaire aussi important que ne le font les coraux durs. De ce fait, la maintenance de certains paramètres physico-chimiques comme une concentration élevée de l’eau en calcium (Ca2+) et en bicarbonates-carbonates (KH) sera moins drastique dans un aquarium peuplé de coraux mous que dans un aquarium peuplé de corail dur.
- LES HEXACORALLIAIRES : CORAUX DURS

À la différence des coraux mous, les coraux durs sécrètent un squelette calcaire abondant. Ce sont les cellules ectodermiques au contact du squelette qui précipitent du carbonate de calcium (CaCO3) à partir d’ions bicarbonates (HCO3-) et d’ions calcium (Ca2+). Cette réaction est largement catalysée en période diurne par les réactions photosynthétiques des zooxanthelles. En effet, durant la journée le CO2 consommé par les zooxanthelles favorise la précipitation du carbonate de calcium selon le schéma suivant :

Cette équation (*) résume en fait très bien les besoins de l’aquarium en termes de calcification.

On peut en déduire que les besoins des hexacoralliaires sont des besoins en bicarbonates (HCO3-) et en calcium (Ca2+).

D’autre part, la lumière qui intervient dans le processus photosynthétique de transformation du CO2 en glucose joue un rôle crucial en potentialisant la calcification. En effet, l’utilisation de CO2 dans le processus photosynthétique permet d’accélérer la réaction (*) en la déplaçant vers la droite.

Dans un bac essentiellement peuplé de coraux mous avec éventuellement quelques LPS, l’aquariophile récifal aura donc tout intérêt à maintenir un bon niveau d’éclairement tant qualitatif que quantitatif. En revanche, les faibles valeurs de calcification ne nécessitent pas dans un tel bac l’utilisation de réacteur à calcium ou à calcaire, des changements d’eau partiels de l’ordre de 10 % par mois sont généralement suffisants.

Dans un bac essentiellement peuplé de coraux durs surtout des SPS, un très haut niveau d’éclairement doit être maintenu et la diminution de la concentration en calcium et en bicarbonates doit être compensé par des apports exogènes par l’intermédiaire d’un réacteur à calcium ou-et à calcaire ou via des solutions ioniques équilibrées.

QUALITE DE L’EAU, COMPOSITION

L’eau est le milieu dans lequel évoluent invertébrés et poissons. Celle-ci doit donc répondre à un certain nombre de critères essentiels. La nature étant bien faite et l’évolution n’ayant rien laissée au hasard durant des millions d’années, il est logique et prudent d’essayer de reproduire autant que possible en aquarium les caractéristiques physico-chimiques de l’eau de mer naturelle.

La qualité de l’eau du bac est dépendante de plusieurs facteurs :

- Qualité de l’eau préparée au démarrage du bac : eau de conduite, sels utilisés.

Selon la région, il est souvent nécessaire d’utiliser de l’eau purifiée afin de reconstituer l’eau de mer. L’utilisation d’un bon osmoseur fait souvent l’affaire et permet d’éliminer un maximum de contaminants indésirables tels que nitrates, phosphates, silicates, mais aussi métaux lourds, résidus organiques (pesticides par exemple). Les sels utilisés pour la reconstitution de l’eau de mer doivent aussi être d’excellente qualité.

- Maintien des qualités de l’eau.

En milieu clos, la qualité de l’eau a vite fait de s’altérer au cours du temps. Même si bien malin est celui qui pourra se vanter de maintenir constante la composition chimique de l’eau, il est impératif de tout mettre en œuvre pour stabiliser au mieux un maximum de paramètres. Tous les paramètres ne sont pas maîtrisables, on ne les connaît d’ailleurs pas tous, mais les plus importants le sont.

Parmi les paramètres qui évoluent on distingue :
- La température
- La densité
- Le pH
- Des espèces ioniques dont la concentration diminue : Ca2+, HCO3-, CO3--, Sr2+, I-
- Des substances inorganiques qui s’accumulent (NO3-, HPO42-)

- Température

La température peut être facilement maintenu constante à l’aide d’une résistance thermostatée. Certains auteurs recommandent des températures relativement basses de l’ordre de 24°C alors que d’autres préconisent plutôt 27°C. En fait, tout est possible si l’on reste dans une fourchette raisonnable (24-28°C). La température moyenne sur les récifs coralliens est de l’ordre de 27°C, il semble donc logique d’utiliser cette température pour maintenir nos mini-récifs. Une température aussi basse que 24°C est une sécurité dans le sens où le métabolisme est diminué. Ainsi, explosions d’algues et maladies éventuelles se développent moins rapidement à cette température laissant le temps à l’aquariophile pour réagir, mais le revers de la médaille est que les coraux poussent aussi moins vite. À 27°C, le métabolisme est plus élevé et vos coraux se développeront plus rapidement, mais attention aux algues si la qualité de l’eau n’est pas excellente ou si votre population d’herbivores est trop légère.

Si la pièce dans laquelle se situe l’aquarium est bien chauffée l’hiver, il n’est pas toujours nécessaire d’utiliser une résistance chauffante, le dégagement calorifique des pompes et de l’éclairage peut largement suffire. De plus une petite fluctuation nocturne de l’ordre, de un à deux degrés n’est pas néfaste à l’aquarium. C’est l’été que le problème de la température est souvent le plus aigu. Selon la température de votre pièce, l’équipement de l’aquarium (pompes, éclairage, galerie ouverte ou fermée), il conviendra de refroidir l’eau du bac de façon à ce que la température ne dépasse pas si possible les 28°C. Diverses possibilités s’offrent à vous. Un simple ventilateur soufflant vers la surface du bac ou/et vers la décantation suffit souvent en favorisant l’évaporation à faire chuter l’eau du bac de 2 à 3°C. Quelquefois l’utilisation d’un climatiseur peut s’avérer nécessaire. Climatiser la pièce peut apporter à la fois un confort aux poissons, invertébrés mais aussi à l’aquariophile. Si cette solution s’avère trop onéreuse refroidir directement l’eau du bac à l’aide d’un refroidisseur d’eau est la dernière solution qui s’offre à vous. Sachez qu’au-delà d’un certain volume d’eau à refroidir, le prix du refroidisseur peut vite atteindre ou dépasser celui d’un climatiseur d’appartement.

- Densité

Elle se mesure en général simplement à l’aide d’un densimètre (attention aux densimètres aquariophiles qui peuvent être très imprécis) ou d’un réfractomètre.
Celle-ci doit être maintenu à une valeur acceptable (entre 1020 et 1025) lors de la mise en eau du bac et lors des changements d’eau. L’évaporation doit être compensé par des ajouts d’eau douce (osmosée de préférence), ou soit totalement soit partiellement par des ajouts d’eau de chaux. Idéalement, un système de remplissage automatique (osmolateur ou autre) permet de compenser de façon régulière cette évaporation et de limiter ainsi les écarts de densité.

- pH

L’eau de mer naturelle a un pH moyen d’environ 8,08. L’eau de mer est tamponnée grâce au système des carbonates-bicarbonates-CO2 ce qui signifie que tout apport endogène ou exogène de substances acides ou de substances basiques sera neutralisé par ce système tampon selon l’équilibre suivant :

CO2 + H2O ‹—› HCO3- + H+ ‹—› CO32- + 2H+

En aquarium, milieu clos, le pH fluctue entre le jour et la nuit en raison des processus photosynthétiques qui s’y déroulent. Le CO2 est utilisé le jour par les algues, dont les zooxanthelles, ce qui provoque une hausse du pH. La nuit, ce même CO2 n’est plus utilisé par la photosynthèse et son accumulation est la cause d’une baisse du pH. En moyenne les valeurs de pH oscillent souvent entre 7,8 et 8,3 avec une tendance nette à l’acidification. Cependant d’un aquarium à un autre l’amplitude de ces oscillations peut être plus ou moins grande avec des pH moyens plus ou moins élevés. Par exemple un aquarium mal brassé, sans écumeur pourra difficilement évacuer le CO2 en excès au cours de la période nocturne. Dans un tel aquarium, le pH peut baisser anormalement la nuit. A l’inverse, d’autres aquariums ayant recours à l’injection d’eau de chaux peuvent au contraire voir le pH s’élever au-dessus de 8,5 en fin de journée.

Ce paramètre est particulièrement important en aquariophilie récifale. Avec la concentration en C inorganique (CO32-/HCO3-/CO2), le pH est un paramètre crucial de la calcification et de la photosynthèse. Dans mon bac, le maintien d’une fourchette de pH optimal à la calcification est assuré par l’apport d’eau de chaux via un réacteur à calcium maison et une injection de CO2 via un tuyau de silicone perméable aux gaz. L’injection de CO2 a été envisagée car j’ai pu constater que le pH en fin de journée pouvait allègrement dépasser les 8,4 voire 8,5.

Ceci est dû à l’injection d’eau de chaux et à une intense activité photosynthétique dans la journée. La consommation du CO2 qui en résulte n’est visiblement pas assez rapidement compensée par une dissolution du CO2 atmosphérique malgré un brassage et un écumage efficient, ce qui entraîne cette élévation du pH. Il n’est pas inutile de rappeler que le pH moyen de l’eau de mer naturelle est de 8,08 et que la concentration de HCO3- utile à la calcification et à la photosynthèse est maximale autour d’un pH de 7,8. Un pH trop élevé pendant plusieurs heures n’est donc pas particulièrement souhaitable, l’idéal étant de maintenir un pH autour de 8,1.

- Espèces ioniques dont la concentration diminue : Ca2+, HCO3-, CO32-, Sr2+, I-

Comme dans le cas du pH, les variations de concentration de ces espèces ioniques peuvent grandement fluctuer d’un aquarium à un autre. Un aquarium récifal richement peuplé de SPS verra sa concentration calcique, sa dureté carbonatée (CO32-/HCO3-) et son taux de strontium (Sr2+) baisser rapidement si rien n’est fait pour compenser la consommation due à la calcification. Ce n’est pas le cas dans un aquarium de poissons ou de coraux mous.

L’utilisation d’un réacteur à calcium maison pour compenser totalement l’évaporation du bac est la solution qui a ici été adoptée. Les raisons sont multiples :
- Un niveau d’évaporation élevé de l’ordre de 4-5 litres par jour soit plus de 1 % du volume brut des cuves.
- La précipitation des phosphates engendrée par l’eau de chaux.
- L’apport de calcium tout en maintenant un pH élevé (par apport d’OH-).
- La régénération de la réserve alcaline, en particulier de la dureté carbonatée.
- La simplicité d’utilisation.

Cependant, l’utilisation de ce réacteur à calcium, conjointement à un éclairage puissant engendre des hausses de pH en fin de journée jusqu'à des valeurs aussi hautes que 8,5. Des valeurs de pH aussi élevées ne sont pas souhaitables à cause des processus de précipitation carbonato-calciques qu’elles peuvent engendrer, ainsi que du déficit en CO2 dissout qui en résulte, sans compter le stress que cela peut éventuellement occasionner sur certains invertébrés et poissons. De plus, la dureté carbonatée ne dépassait pas les 5°KH et pouvait descendre encore plus bas.

J’ai donc envisagé de compenser la consommation trop élevée de CO2 dissous, en dissolvant directement dans l’eau du CO2. Le système se compose d’une bonbonne de CO2 de 350g munie d’un détendeur, d’un compte bulle et d’un tuyau silicone perméable aux gaz. Ce tuyau silicone fermé à l’une des extrémités est enroulé autour d’un manchon de PVC annelé et plongé dans la deuxième cuve de décantation sous l’arrivée d’eau de chaux et près de la pompe de remontée. Ainsi le CO2 est directement dissous dans l’eau dans une zone bien brassée où l’eau de chaux lorsqu’elle est injectée peut consommer le CO2 pour régénérer des HCO3-.

Une injection continue (9 bulles par minutes) permet de stabiliser le pH à 7,85 le matin (avant allumage des lampes) et 8,30 le soir (avant extinction des lampes).
Cette injection de CO2 pourra à terme être régulé avec un pH-mètre électronique couplé à une électrovanne. Le pH-mètre déclenchera l’ouverture de l’électrovanne et donc l’injection de CO2 lorsque la valeur de pH dépassera 8,2.

La supplémentation en Sr2+ et en I- est assurée par un apport hebdomadaire de SrCl2 et de KI en solution. Enfin, un changement d’eau d’environ 10l par quinzaine est effectué pour diminuer les risques de carences.

- Des substances inorganiques qui s’accumulent (NO3-, HPO42-)

Le métabolisme des animaux génère divers déchets azotés et phosphorés qui aboutissent via les cycles de l’azote et du phosphore aux nitrates et aux phosphates (respectivement NO3-, HPO42-). L’accumulation de ces déchets doit à tout pris être limité au maximum. Les phosphates sont connus pour être des inhibiteurs de la calcification et favorisent la croissance des algues indésirables. Les nitrates semblent moins toxiques pour les invertébrés en dessous de valeurs moyennes (50 mg/l) déjà trop élevées mais favorisent également la pousse d’algues indésirables. D’une manière générale, un taux de nitrates inférieur à 10 mg/l est recommandé et il est relativement aisé d’obtenir des taux encore plus bas dans un aquarium berlinois bien conçu. En particulier, les quantités de pierres vivantes et de sable doivent ainsi être suffisamment importantes pour générer des zones anaérobies nécessaires au développement de populations de bactéries dénitrifiantes. Il n’est cependant pas absolument nécessaire de rechercher à tout prix une concentration nulle en nitrate, une faible concentration (5-10 mg/l) contribue même à ‘’booster’’ la croissance de certains invertébrés. En ce qui concerne les phosphates, le sujet est plus délicat étant donné la très mauvaise fiabilité des tests aquariophiles pour ce paramètre. D’une manière générale, les tests aquariophiles ne devraient pas détecter de phosphates dans l’eau de l’aquarium. L’équilibre biologique institué dans l’aquarium (bactéries nitrifiantes, dénitrifiantes, etc…) doit permettre de maintenir ces ions à des concentrations acceptables. L’institution d’un tel équilibre est aidée par un certain nombre d’outils dont l’écumeur constitue l’un des piliers. En effet, un écumage efficace permet de soustraire des cycles de l’azote et du phosphore un certain nombre de molécules avant que celles-ci ne soient transformées. Cela permet donc de minimiser l’accumulation de nitrates et de phosphates en bout de cycle. Les nitrates sont ensuite pris en charge par les bactéries dénitrifiantes qui colonisent les zones anaérobies du substrat (pierres vivantes et sable) et sont transformés en azote gazeux inoffensif. Les phosphates sont moins facilement éliminés et précipitent dans l’aquarium sous forme de phosphates de calcium et de magnésium. Un apport d’eau de chaux aide à la précipitation de ces phosphates inorganiques.

FLUX LUMINEUX : ENERGIE, PHOTOSYNTHESE

Les organismes récifaux ont su s’adapter au cours de l’évolution à la relative pauvreté de l’eau dans laquelle baignent les récifs coralliens. La symbiose entre le corail et une algue unicellulaire (zooxanthelle) en est la parfaite illustration. Le corail peut ainsi profiter des produits de la photosynthèse générés par l’algue tout en faisant bénéficier à celle-ci d’un support de choix ainsi que de déchets métaboliques azotés et phosphorés. Le corail tire ainsi partie de la source de carbone organique synthétisée par l’algue, ce même carbone organique faisant cruellement défaut dans l’eau de mer (voir aussi le schéma dans le paragraphe sur la physiologie du corail).

En conséquence pour nous aquariophiles, étant donné que la plupart des organismes récifaux sont dépendants de la lumière, le choix de la source d’éclairage est de première importance. Tant sur le plan qualitatif que quantitatif, il est impératif d’assurer aux zooxanthelles un apport lumineux substantiel.

Les paramètres déterminants de la source d’éclairage sont spectre et puissance. J’ai personnellement opté pour une source aux halogénures métalliques dans un projecteur grand angle contenant deux ampoules, l’une de 400W (10000 Kelvin) et l’une de 70W (20000 Kelvin). La puissance ainsi développée (1,35 W/l brut) et le rendu esthétique dû à la combinaison des ampoules 10000 et 20000 Kelvin satisfont aux besoins des invertébrés les plus exigeants et aux impératifs d’esthétisme de la réalisation. Cette lampe a été installée environ 3 semaines après la mise en eau et l’installation des pierres vivantes dans l’aquarium afin de limiter au maximum la croissance des algues durant la phase de démarrage. L’écumeur fonctionnant à plein régime depuis le début a permis d’éviter au maximum une accumulation de nutriments pendant la phase de maturation, nutriments qui associés à un éclairage intense auraient probablement engendré une explosion d’algues.

HYDRODYNAMISME, BRASSAGE

Le brassage est souvent négligé par les aquariophiles. Pourtant, il constitue sans nul doute l’une des clés du succès de l’aquarium récifal. Il suffit de plonger quelque temps au-dessus d’un récif pour se rendre compte de l’importance de l’hydrodynamisme. Les courants caressent quelquefois violemment les coraux et permettent leur oxygénation, les débarrassent de leurs déchets et leur apportent des proies planctoniques. Cet état de fait implique un brassage de bon niveau tant qualitatif que quantitatif dans l’aquarium récifal. Sur le plan qualitatif, il convient d’éviter les courants linéaires cisaillants et de générer au contraire des courants multidirectionnels, aléatoires, tourbillonnants. Sur le plan quantitatif, il faut s’assurer de fournir une puissance suffisante souvent évaluée selon le nombre de pompes et le débit de celles-ci.

Évidemment, il faut nuancer ce brassage en fonction de la nature des coraux hébergés. Globalement et malgré quelques exceptions, les coraux mous et les LPS ne supportent pas un brassage trop violent qui risquerait de déchirer leurs polypes, alors que les SPS nécessitent un brassage plutôt vigoureux pour extraire l’énorme quantité de mucus que ceux-ci sécrètent.

Dans l’aquarium présenté ici, le brassage est assuré par deux pompes électroniques à débit variable de 700 à 4000 l/h avec une fréquence de pulsation réglable de 1 à 6 secondes ce qui permet de générer un brassage vigoureux et aléatoire. L’intensité du brassage est diminuée la nuit grâce à un système régulé par des cellules photoélectriques.

POPULATION, CROISSANCE DES INVERTEBRES ET DES POISSONS
Au jour de l’écriture de ce texte (février 2001), la population de l’aquarium se compose d’anthozoaires appartenant à différents genres : Acropora, Stylophora, Montipora, Hydnophora, Porites, Plerogyra, Euphyllia, Turbinaria, Favia, Lithophyton, Lobophyton, Condylactis, Zoanthus, Bartholomea et quelques Aiptasia. Les poissons présents sont un banc de dix Chromis viridis, un Paracanthurus hepatus, un Ctenochaetus strigosus, un Pseudochromis flavivertex, un couple d’Amblyeleotris yanoï. Enfin, un Tridacna squamosa, une Holothurie Edulis, quelque Bernard l’hermites, des ascidies, des vers tubicoles et une microfaune abondante habitent ce mini-récif.

Depuis l’installation des premiers animaux soit 2 mois après la mise en eau, les taux de croissance observés sont de l’ordre du centimètre par mois pour les Acropora, Montipora et Hydnophora. Les poissons ne sont pas en reste, car bien nourris leur croissance est encourageante. Mis à part la disparition d’un Chromis et d’une crevette Periclimenes brevicarpalis qui logeait dans l’anémone Condylactis, aucune autre perte n’est a déploré à ce jour.

Affaire à suivre …
Christophe SOLER
csol@free.fr


Récif France avril 2001- Les textes et photos restent la propriété des auteurs.

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