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PROPOS DU COMPORTEMENT REPRODUCTEUR DU POISSON NETTOYEUR
par Joachim FRiSCHE
Le
poisson nettoyeur, Labroides dimidiatus, fait partie des
poissons marins couramment proposés par le commerce aquariophile.
Au début, il y avait de gros problèmes pour lui faire accepter de
la nourriture. Ce n'est plus le cas aujourd'hui et je peux dire,
d'après ma propre expérience, que le Labroides dimidiatus
est facile à maintenir dans un aquarium.
En fait, comme nourriture, il accepte tout ce qui est adapté à la
taille de sa bouche, à commencer par les Artémias, les puces
d'eau, les larves de moustiques, jusqu'aux flocons et nourritures
en tablettes, ces dernières étant croquées en petits morceaux. Dans
la nature, ainsi que dans l'aquarium, son activité principale consiste
à débarrasser les autres poissons de leurs parasites. Le processus
est, du reste, bien connu. Malheureusement, du moins personnellement,
il ne me fut jamais possible de l'observer libérer les autres poissons
des maladies éclatant dans le bac.
J'ai acquis le premier nettoyeur il y a deux ans. Sa taille était
d'environ cinq centimètres. Après son acclimatation à l'eau du bac,
il y fut introduit et il inspecta l'aquarium en pratiquant sa nage
typique. Lorsque tout fut visité dans le bac, il se "mit au travail"
et nettoya les autres poissons.
Labroides dimidiatus est prédisposé au changement de sexe
(de femelle à mâle) Dans la nature, il vit en harem composé d'un
mâle et de plusieurs femelles classées par rangs. Si, par hasard,
le mâle disparaît, la femelle de plus haut rang se transforme, en
très peu de temps en mâle. Je pouvais donc déduire que mon spécimen
était un mâle ou du moins l'était-il devenu.
Trois mois plus tard, j'entrais en possession de deux autres poissons
nettoyeurs, de trois à quatre centimètres de long, qui s'habituèrent
très rapidement à mon bac bien que, dans les premiers jours, ils
fussent régulièrement poursuivis par le premier nettoyeur. Par la
suite, il les laissa tranquilles, écartait ses nageoires et, en
toute quiétude, se laissait même nettoyer.
Quatre mois plus
tard, l'un des deux nouveaux avait atteint six centimètres, tandis
que le deuxième voyait sa croissance stagner. Cependant, la coloration
de la tête des deux derniers était différente de celle de l'ancien
nettoyeur qui régnait en dominateur et avait la fonction de mâle.
A priori, les deux derniers poissons étaient des femelles. La plus
grande femelle primaire car elle passait pas mal de temps avec le
mâle et, au contraire de la plus petite, n'était plus chassée par
le mâle. Très bientôt, je pus observer la ponte.
La
parade démarra vers 17 heures (heure d'hiver). L'ouverture génitale,
très reconnaissable pour moi, s'était considérablement ouverte.
Durant les 20 minutes suivantes, le mâle et la femelle primaire
nagèrent ensemble tandis que la femelle nettoyait régulièrement
le mâle. Cependant, la femelle disparaissait encore de temps à autre
pour nettoyer d'autres occupants.
La femelle secondaire semblait n'attendre que ces moments. Aussitôt,
elle nageait vers le mâle et lui portait une très grande attention
sous forme d'un nettoyage zélé. L'ouverture génitale s'était également
agrandie chez cette femelle. Le mâle acceptait l'offre et suivait
cette femelle secondaire. Lorsque la femelle primaire apercevait
ce comportement, elle revenait de suite pour chasser l'autre femelle.
Après 20 minutes, la parade s'intensifia. La femelle primaire et
le mâle restaient ensemble, traversaient tout l'aquarium, disparaissaient
dans le décor, réapparaissaient chaque fois au-dessus d'une zone
sablonneuse située sous le squelette d'un énorme corail en forme
d'entonnoir. Les deux poissons "s'enroulaient" à cet endroit, tandis
que la femelle nettoyait le mâle. Entre temps, l'ouverture génitale
du mâle s'était également agrandie.
La femelle secondaire cherchait à troubler cette intimité mais dut
apprendre que le mâle ne voulait plus rien savoir d'elle. Il la
chassait. Malgré cela, l'ouverture sexuelle de cette femelle s'ouvrait
également de plus en plus.
A partir de 18 heures, donc après une heure, le jeu de parade changeait.
La femelle primaire commença à mettre à découvert son ouverture
génitale en direction du mâle par une rotation de la caudale. Lors
de la mise à découvert, la dorsale fut de plus en plus déployée.
Le mâle eu la réaction suivante: Il nageait de plus en plus autour
de la femelle, décrivant des cercles de plus en plus étroits pour,
finalement, la nettoyer avec ardeur. Entre temps, le mâle se livrait
à de véritables "danses de joie" en direction de la surface de l'eau.
De plus en plus, la parade se déplaçait vers l'espace libre sous
le corail.
Un quart d'heure plus tard, les ouvertures génitales avaient atteint
leur maximum, le mâle abaissait sa caudale et offrait à la femelle
son ouverture génitale.
Vers 18h30 eut lieu le premier simulacre de ponte. Le mâle effectuait
un cercle, rencontrait la femelle à proximité du sol puis, ensemble,
ils se propulsaient vers la surface, se dispersaient puis se retrouvaient
à l'endroit de la parade sous le corail. Là eu lieu un nouveau "racolage"
puis un nouvel élan pour le prochain essai.
Vers 18h45 la ponte s'arrêta. Je pus le reconnaître facilement à
l'émission d'un nuage de sperme qui se trouva expulsé dans l'eau.
En regardant de plus près, je pus découvrir 200 à 300 œufs transparents,
de la grosseur d'une tête d'épingle. Les œufs et le sperme furent
entraîner par le courant et répartis dans tout l'aquarium.
En résumé, on peut noter que la reproduction et l'élevage de Labroides
dimidiatus dans l'aquarium semblent possible à long terme. Je
ne puis affirmer que le comportement ainsi décrit pourra être généralisé
car il repose sur une seule observation. Cependant, le processus
de ponte s'est poursuivi durant quatre à cinq semaines, tous les
jours entre 17 heures et 18 heures 45, heures d'hiver. La ponte
eut cependant toujours lieu avec la femelle primaire. La femelle
secondaire n'a certes pas réussi à jouer son rôle à cause de l'espace
restreint lié à la taille de l'aquarium. Dans la nature, le comportement
est certainement différent.
Les données concernant mon bac sont les suivantes:
Dimensions 250 x 60 x 50
pH: 8,4
Nitrites : 0 mg/l
Nitrates: 60mg/1
Ammoniaque: 0 mg/l
KR : 19 degrés
Densité: 1020
Température: 26°
Rythme jour/nuit: 12 heures.
Allumage de la lumière à 10 H 00.
Extinction à 22 H.oo (heures d'hiver)
Texte extrait des
''Lettres Récifales'',
bulletin de liaison trimestriel des membres de Récif France.
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