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QUELQUES
NOTIONS ESSENTIELLES
SUR LES BIOTOPES
Extrait
des "Lettres récifales" nr 11 - décembre
1998
Chaque
animal, voire communauté animale vit dans un contexte bien précis.
La fable de La Fontaine "Le rat des villes et le rat des champs"
illustre fort bien cette réalité. Hélas pour compliquer les choses,
dans le domaine de l'aquarium où nous voulons tenir le plus grand
nombre d'animaux possible, et cela dans un minimum d'espace disponible,
les problèmes ne sont pas toujours faciles à résoudre. Le monde
des invertébrés est composé de variétés tellement diverses qui vivent
dans des lieux souvent totalement différents. Nous voulons donc
faire cohabiter dans un même aquarium des animaux qui sont, dans
la nature, soumis à des influences diverses, parfois opposées les
unes aux autres et cela pourtant dans un même lieu. C'est dans ce
contexte qu'il faut rechercher l'origine de nos échecs. En effet,
la plupart de ces animaux se sont depuis des millénaires habitués
à des conditions de vie bien précises et meurent si ces conditions
ne leur sont pas (ou plus) offertes.
Pour vous aider à offrir des milieux similaires à vos pensionnaires
nous allons faire le tour des principaux biotopes et des animaux
qui s'y trouvent. Je ne retiendrai cependant que les lieux qui peuvent
trouver une application bien précise en aquariophilie. Dans cette
notion de biotope seront compris les facteurs suivants: la nature
du substrat, l'intensité lumineuse, le mouvement de l'eau et la
température.
Ces biotopes se divisent en quatre zones, elles-mêmes subdivisées
en fonction de la nature du substrat. Les récifs coralliens, qui
incluent ces divers biotopes seront traités dans leur ensemble,
car ils constituent une niche écologique à part, qui bénéficie de
circonstances particulièrement favorables à leur édification.
1. LES DIFFERENTS FACTEURS INFLUANT SUR LES BIOTOPES
Définition des zones en fonction de la luminosité.
La lumière solaire est formée d'un grand nombre de radiations de
diverses couleurs et dont la longueur d'onde est variable en fonction
de la dite couleur. Les longueurs d'ondes sont mesurées en Angstroem
(Â). On peut isoler ces diverses radiations en faisant passer la
lumière blanche au travers d'un prisme. Nous obtiendrons alors la
gamme complète des rayons visibles par l'oeil. Cette gamme est composée
de rayons rouges, oranges, jaunes, verts, bleus, indigos, violets
(couleurs de l'arc-en-ciel).
Suivant la composition des corps qu'ils traversent, ces radiations
sont diversement absorbées. Selon cette absorption, la lumière restante
nous paraîtra rouge, bleu ou verte. Si tous les rayons sont absorbés,
les corps pénétrés paraîtront noirs. Dans l'eau une partie des rayons
sera donc plus ou moins absorbée selon qu'elle contient peu ou beaucoup
de particules en suspension. N'oublions pas non plus que la lumière
est constituée par des ondes électromagnétiques dont la vitesse
de propagation est de l'ordre de 300.000 km par seconde. Dès son
contact avec l'eau, une partie de la lumière se trouve réfléchie
et par conséquent déjà au départ de sa pénétration elle perd une
partie de son intensité. Enfin dans l'eau la vitesse de la lumière
diminue de presque 1/4 par rapport à sa vitesse dans le vide. Ce
phénomène entraîne donc également une modification du rayonnement
qui se répercutera naturellement par un changement de couleur. En
conséquence, plus la masse d'eau pénétrée par les rayons sera grande,
plus la modification des couleurs sera importante. Le tableau ci-dessous
résume en données approximatives ces divers phénomènes:
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Profondeur
en mètres
|
Proportion
de la
lumière restante
en fonction de
la profondeur
|
Proportions
des rayons en fonction de la profondeur
|
|
rouge
|
jaune
|
bleu
|
|
0
5
10
20
30
40
|
100
%
(2% réfraction à la surface)
25 %
15 %
5 %
3 %
2,5 %
|
5 %
0 %
|
0 %
0 %
|
25 %
5 %
|
Ces
données ne tiennent pas compte de la turpidité de l'eau ni de sa
température (qui peut être variable, surtout dans les 10 premiers
mètres de profondeur). Dans la pratique je vous citerai l'exemple
du plongeur photographe. A deux mètres de profondeur avec des prises
de vue sans flash et un film de haute sensibilité (400 ASA/27°
DIN) on note sur les photos une dominante bleuâtre. A partir de
10 m, les photographies ne peuvent pratiquement plus se faire sans
l'aide d'un flash. A 35 mètres la gorgone Paramuricea clavata
apparaît au plongeur comme étant violet foncé, presque noire, alors
que fortement éclairée par une torche ou photographiée au flash
elle est rouge violet.
La plupart des aquariophiles connaissent la nécessité d'un puissant
apport lumineux pour des animaux tels que les anthozoaires possédant
des zooxanthèles ainsi que pour les végétaux. Mais l'inverse est
également vrai. Un certain nombre d'animaux et végétaux depuis des
millénaires se sont habitués à une faible intensité lumineuse et
une gamme étroite de radiations. S'ils sont placés sous une forte
luminosité, ils sont souvent perturbés et finissent par dépérir.
Nous verrons dans la partie réservée aux applications pratiques
des précédentes données les divers facteurs qui peuvent être mis
en cause.
Si l'on définit les zones en fonction de la pénétration de la lumière,
mais également en fonction de la durée d'exposition au soleil nous
obtiendrons 3 zones principales.
A) Les zones de faible profondeur 0 - 10 m et dont les eaux contiennent
une teneur variable de particules en suspension. La plupart des
invertébrés récoltés pour les aquariophiles proviennent de cet étage.
B) Les zones plus profondes 10 - 40 m où les couleurs chaudes (rouge,
orange et jaune) finissent par disparaître.
C) Les grottes et les milieux qui ne sont pas directement exposés
à la lumière solaire. Une faible diversité d'invertébrés sont récoltés
dans ces deux dernières zones.
Définition des zones en fonction de la température.
Logiquement il s'établit une sorte de parallèle entre les zones
faites en fonction de la température et celles résulant de la luminosité.
Les couches supérieures de l'eau sont directement exposées au rayonnement
solaire. Les rayons infrarouges étant les premiers absorbés il s'en
suit un surchauffement des eaux en surface jusqu'à cinquante centimètres
de profondeur. Ensuite par suite des mouvements de l'eau (houle,
courants, etc.), cette chaleur se propage aux couches inférieures.
Bien entendu dans des zones abritées, criques, lagons, la couche
superficielle peut être plus importante. A partir d'une certaine
profondeur, variable selon la situation géographique, la température
reste stable.
Ainsi en Méditerranée par 40 mètres de fond, quel que soit le lieu
(Côtes Européennes, Afrique ) et la période de l'année, la température
reste constante à 12 °C. En Atlantique, la température est de
4 °C. En ce qui concerne les zones à récifs coralliens, la température
n'est jamais inférieure à 20 °C. Des températures plus basses sont
défavorables aux conditions de survie des coraux hermatypiques.
Une exception cependant: en Norvège ont été découverts des madrépores
(Lophelia pertusa) formant des récifs. Ces madrépores prospèrent
dans des zones très profondes allant en-deçà de 100 m. On ne peut
donc en aucun cas les comparer aux coraux édifiant des récifs dans
les eaux tropicales. En fait leur prospérité n'est due qu'à une
forte abondance de plancton. Les conditions de leur édification
sont donc différentes des coraux tropicaux qui sont essentiellement
liés à l'action photosynthétique des zooxanthelles comme nous le
verrons par la suite.
Définition des zones en fonction du substrat et du mouvement
de l'eau.
Le substrat, quel qu'il soit, est colonisé par des animaux et des
végétaux. Il peut être soit instable (sable, vase, gravillons),
soit solide (galets, roches, etc.). Si le substrat est de nature
instable et de surcroît agité par un fort mouvement d'eau, la faune
et la flore seront relativement rares puisqu'ils manquent de points
d'ancrage. Certaines espèces ont cependant réussi à s'adapter à
ces conditions de vie, en se spécialisant. Les zones à substrats
solides offrent bien sûr des possibilités plus variées de survie
(crevasses dans les roches, dessous de galets) offrant des abris
à la faune. De plus, leur nature solide permet à un grand nombre
d'animaux et de végétaux de s'y fixer, ce qui évite le risque souvent
fatal d'être emporté par le mouvement des eaux (houle, courants,
etc.). Les animaux qui se fixent sur un substrat solide (ces animaux
sont dits « cessiles ») ne pouvant se déplacer, attendent généralement
que la nourriture leur soit apportée par le mouvement des flots.
La morphologie des animaux varie en fonction de la puissance du
mouvement d'eau. Plus le milieu sera agité et plus leur taille sera
petite et ramassée, offrant ainsi moins de résistance aux vagues.
En profondeur où la houle à une action moins puissante, un même
animal atteindra souvent des tailles nettement supérieures qu'en
surface. Si les mouvements d'eau sont trop puissants, la faune cède
généralement la place à la végétation (en l'occurrence, les algues)
qui s'adaptent plus facilement à ces difficiles conditions de vie.
La crête alguale des récifs en est un exemple frappant.
Afin de faire une synthèse de ces divers facteurs nous diviserons
donc ces diverses zones en 3 biotopes principaux:
1. Plages de sable (entre 0 et 10 m)
2. Plages rocailleuses (entre 0 et 10 m)
3. Les pentes rocheuses sous-marines et les secs (10 - 40 m) ainsi
que les zones faiblement éclairées - zones faiblement éclairées
:
grottes et dessous d'avancées rocheuses
fonds coralligènes (entre 20 - 40 m)
- zones fortement éclairées.
Conséquences de ces divers facteurs sur la faune et la flore.
En fait il convient de poser le problème à l'envers. La lutte pour
la vie, qu'elle soit animale ou végétale se résume par un phénomène
qui régit toute notre planète: la conquête de l'espace vital et
le combat pour la survie.
Cette conquête ne s'est pas faite du jour au lendemain. Au fur et
à mesure que la faune s'est mise à coloniser un milieu donné elle
a acquis un certain mode de vie lui-même lié à l'évolution des espèces
(doctrines de Spencer, Lainarck et Darwin). Cette évolution s'est
bien sûr transmise au cours de millénaires selon les acquis génétiques
de chaque espèce. Il est donc vain de vouloir acclimater en aquarium
des animaux ou végétaux dans des conditions diamétralement opposées
à celles qu'ils rencontrent dans la nature. Agir à l'encontre de
cette règle serait une pure aberration. On arrive bien sûr à maintenir
quelque temps des animaux ou des végétaux dans de mauvaises conditions
(avec des marges de tolérance plus ou moins grandes selon les espèces),
mais il ne faut pas se leurrer: plus les conditions de maintien
s'éloigneront des conditions de vie naturelles et plus l'espérance
de vie de l'animal ou du végétal sera courte. Cette loi est par
conséquent encore plus stricte pour les invertébrés sessiles et
les végétaux car ceux-ci n'ont pas la possibilité de se chercher
des conditions de vie plus favorables ailleurs.
Le problème se résume à cette question: vous viendrait-il à l'idée
de planter un arbuste dans un pot rempli de galets et de le placer
dans une cave sombre? Non!
Vous tiendrez compte de ses besoins en lumière, du type de substrat
et des minéraux qui sont nécessaires à sa croissance, etc. Le problème
est le même pour les animaux et végétaux de votre aquarium.
Du non-respect de certaines règles écologiques résultent les échecs
cuisants en aquariophilie.
Jean-Claude
Ringwald
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