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Les
Anémones translucides du genre Aiptasia

Extrait
des "Lettres récifales" nr 7 - novembre 1997
Les
anémones de verre ou anémones translucides font partie de la famille
des Aptasiidae qui comprend également les genres Bartholomea
et Heteractis. Les Bartholomea sont morphologiquement
très ressemblantes mais souvent plus colorées. J'ai eu le plaisir
d'en observer une variété jaune lumineux. Je me suis pourtant gardé
d'en acquérir par crainte d'avoir les mêmes déboires que l'on peut
avoir dans un bac récifal avec les Aiptasia.
Malgré leur apparition souvent suivie d'une invasion rapide de l'aquarium,
il est évident que les anémones du genre Aiptasia n'apparaissent
pas spontanément dans vos bacs. Mais à cause de leur aspect translucide
on les introduit souvent involontairement en achetant des roches
vivantes. Ces anémones vivent autant dans les eaux tropicales que
tempérées.
Le
genre Aiptasia comprend plusieurs espèces:
- Aiptasia diaphana mesure 5 cm de haut et vit en Méditerranée.
- Aiptasia ignea avec ses 1,3 cm haut, c'est l'une des plus
petites espèces. Elle prospère dans toutes les eaux côtières de
l'Europe entre 0 et 5 m de profondeur.
- Aiptasia mutabilis qui est l'une des plus grandes du genre,
mesure 20 cm de haut et peut posséder plus de 150 tentacules. Elle
est fréquente en Méditerranée. On la rencontre parfois en association
avec la crevette Periclimenes amethystus.
- Aiptasia couchii haute de 12 cm, elle vit en Méditerranée
et dans l'Atlantique.
- Aiptasia pallida est une espèce originaire des Caraibes.
- Aiptasia californica vit dans la partie orientale du Pacifique.
Elle ne se retrouve que rarement dans nos aquariums.
- Aiptasia luciae est une petite espèce qui ne mesure que
2 à 3 cm de haut et provient de l'Océan Indien. Elle est fréquemment
et involontairement introduite dans les bacs tropicaux par le biais
des roches vivantes ou des invertébrés sessiles.
Ces anémones sont toutes très prolifiques, surtout lorsqu'on utilise
comme base d'alimentation de la nourriture vivante : Artémias et
leurs nauplies, Brachionus, Euplotes, etc. Toutes ont un fantastique
pouvoir de régénération et ce facteur les rend particulièrement
difficile à éliminer en cas d'invasion. La qualité de l'éclairage
n'a pas de rôle prépondérant en ce qui concerne leur maintenance.
Ces Anthozoaires n'ont pas forcément un aspect négatif dans tous
les bacs marins car ils peuvent être des pensionnaires intéressants
pour les aquariophiles qui désirent conserver quelques invertébrés
mais ne tiennent pas forcément à posséder un bac de type « récifal
».
QUE FAIRE EN CAS DE COLONISATION INDESIRABLE ?
Si vous possédez un bac de type récifal, vous êtes évidemment confronté
à un grave problème, car les anémones de verre sont une véritable
peste dans ce type d'aquarium. Leur colonisation est particulièrement
favorisée par l'alimentation que l'on donne généralement aux autres
invertébrés : broyats fins et surtout la nourriture vivante tels
le plancton, les artémias et surtout leurs nauplies, etc. Cette
remarque s'applique également aux hydroïdes (= hydraires) qui tout
autant que les Aiptasia sont une plaie dans les aquariums
d'invertébrés ou récifaux.
Diverses solutions ont été présentées par les aquariophiles,
mais les résultats sont généralement décevants : injection à l'aide
d'une seringue de différents liquides ou produit dissous ; eau douce,
eau oxygénée, acide chlorhydrique, chaux hydroxyde, etc.* Si certains
sont convaincus de leur efficacité, d'autres avouent des échecs
persistants. Une méthode douce consiste à placer une coquille (moule,
huître etc.) ou un morceau de corail (ou de roche) sur l'anémone.
Comme elle n'apprécie pas ce poids sur elle vous avez deux chances
sur trois qu'elle migre sur l'élément qui la recouvre et que vous
rincerez ensuite sous de l'eau brûlante. Cette méthode n'est valable
que si vous n'êtes confrontés qu'avec quelques indésirables. De
plus, si vous ne faites cela qu' occasionnellement, elles risquent
de se reproduire plus vite que vous ne les éliminez.
Si vous avez des roches entièrement colonisées par ces pestes, n'hésitez
pas à les passer entièrement sous un jet d'eau brûlante jusqu'à
ce qu'elles se soient entièrement détachées. Si vous ne parvenez
pas à enlever les éléments du décor il ne vous reste que la solution
qui consiste à introduire un prédateur spécifique tel qu'une des
espèces de Chaetodon dans le bac. Choisissez de préférence un spécialiste
des polypes (C. auriga, austriacus, benetti,
etc.) donc considéré généralement comme difficile à maintenir en
captivité et non une variété omnivore telle que C. collare.
Pour ma part j'ai utilisé les services d'un Chaetodon kleinii.
Dans peu de temps il est probable que le poisson aura fait table
rase de ces indésirables. Malheureusement, à ce moment, on se retrouve
confronté à un autre problème : le Chaetodon s'attaquera
probablement à d'autres Anthozoaires à petits ou moyens polypes
faute de pitance adéquate. Mon C. kleinii avait une prédilection
pour les Galaxea. Il ne vous reste alors que la solution
de le retirer, ce qui n'est pas toujours aisé. Une fois votre poisson
retiré vous aurez probablement la surprise de revoir les anémones
de verre réapparaître car elles ne sont généralement dévorées qu'à
90-95 %. Le morceau de chair restant se régénère rapidement pour
donner en quelques semaines un nouveau pied.
Pour éviter une prolifération ultérieure de ces anthozoaires, il
est souhaitable ensuite d'introduire des poissons tels que les petites
espèces de Centropyge ou encore des chaétodontidés du genre
Forcipiger ou Chelmon qui ne dévorent généralement
pas les autres polypes et éviteront ainsi une nouvelle prolifération.
Mais attention tout est relatif car les exceptions font plus que
la règle et vous pouvez parfaitement tomber sur un Forcipiger
ou un Chelmon qui boudera les anémones de verre ou pire préférera
brouter les polypes de vos coraux car les exceptions peuvent aussi
aller dans l'autre sens. Et dans ce dernier cas vous aurez un embêtement
supplémentaire dans votre aquarium. Une chose est cependant certaine,
ces poissons ne supprimeront jamais entièrement les anémones de
verre et si vous retirez le poisson, elles réapparaîtront très rapidement.
Depuis un certain temps on nous parle d'un nudibranche qui serait
un prédateur spécifique de ces anémones: Berghia
verrucicornis. Cet animal est entièrement traité
dans la dernière parution de S. A. Fossa et A. J Nilsen, Korallenriff
Aquarium Tome 5 : les auteurs ont passé un encart abondamment illustré
et traité par S. C. Kempf et D. J. Caroll. Ces derniers nous signalent
que ce nudibranche qui peut atteindre deux centimètres de long est
originaire des eaux peu profondes des Caraïbes. Il ressemble beaucoup
aux Coryphelles (Coryphella pedata & C. lineata )
ainsi qu'aux Flabellines (Flabellina affinis & F. babai)
de la Méditerranée. Berghia verrucicornis est néanmoins loin
d'être aussi colorée que ses cousines. Kempf et Caroll signalent
que ce nudibranche possède des zooxanthelles qui ne sont hébergées
que si des Aiptasia sont à leur disposition. J'ai déjà remarqué
lors de plongées que de nombreuses limaces prédatrices d'hydraires
et autres anthozoaires fortement urticants ne se contentent pas
seulement de stocker les cellules urticantes de leurs proies mais
tentent de leur ressembler, probablement pour se dissimuler de leurs
propres prédateurs. Leur reproduction dans un aquarium correctement
équipé ne semble pas un problème majeur. Il suffit de leur mettre
des Aiptasia à disposition. Donc n'oubliez pas de nourrir
la peste brune pour avoir la joie d'admirer ces cochonneries se
faire dévorer par ces braves nudibranches. Il serait intéressant
de le voir apparaître sur le marché.
Pour l'instant malgré ma longue quête je n'ai pas pu en obtenir.
Si l'un d'entre vous devait avoir la chance d'en posséder, nous
lui conseillons vivement de le mettre en location (annonce à faire
dans le forum des lecteurs) dès qu'il aura éradiqué les anémones
dans son bac. Je me mets d'ailleurs sur la liste d'attente en espérant
impatiemment d'en voir l'annonce dans une prochaine parution. Néanmoins,
en lisant ce texte il est possible que certains pensent que je suis
bien méchant avec ces anémones que certains ont achetés à grand
frais dans le commerce (eh oui, il y a également des gens qui en
vendent). Je leur répondrai que tout est question de goût et surtout
de finalité. Il est vrai que ces anémones ne sont pas vraiment moches,
je dirai même gracieuses et fines. Il y a vingt ans j'étais tout
heureux d'en récupérer lors de mes récoltes en Méditerranée. Le
problème est que dans un bac récifal il y a tellement de choses
plus jolies à observer. Mais le vrai problème dans ce genre d'aquarium
n'est pas leur aspect mais leur terrible pouvoir urticant. Ceci
est également vrai pour toutes les espèces fortement urticantes
telles que les Actinodiscus et les Pachyclavularia.
J'en connais qui n'apprécient guère de voir ces derniers «brûler»
leur coraux et finissent par les jeter dehors. Mais ceci est encore
une autre histoire...
JEANGELE, le jardinier
* Un conseil de M. Leuthner de Schiltigheim: il nous signale qu'il
traite les Aiptasias à l'eau de Javel. A savoir il injecte avec
une seringue une solution de 0,5 à 1 ml (0,5-1 cc) par Anémone pour
100 l d'eau. Toutefois il ne faut pas dépasser 100 ml pour 1000
l d'eau. Nous vous ferons part de l'évolution de cette technique
dès que nous l'aurons approndie
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