L'aquariophilie marine à la portée de tous

 


Grade universitaire : habilitation à diriger des Recherches, Université de Perpignan (2006) Docteur, Université de Paris VI & EPHE (1996)
Maître de Conférences EPHE
Laboratoire de rattachement :
Ecoystèmes Aquatiques Tropicaux et Méditerranéens (EPHE)
Champs d'expertise:
Diversité et fonctionnement des écosystèmes coralliens - Structure spatiale, variabilité temporelle et processus de maintien des communautés benthiques - Stratégies reproductives, connectivité et recrutement chez les coraux
 



La diversité des modes de reproduction
chez les coraux


par le Dr. Mehdi ADJEROUD


Ecole Partique des Hautes Etudes, ESA CNRS 8046
Laboratoire de Biologie Marine et Malacologie
Université de Perpignan
66860 Perpignan Cedex - France
Tel (33) 4 68 66 20 55
Fax (33) 4 68 50 36 86
email : adjeroud@univ-perp.fr

Comme chez la plupart des invertébrés benthiques, le cylce de vie des coraux constructeurs de récifs (scléractiniaires) présente deux phases principales distinctes : une phase adulte généralement fixée et une phase larvaire pélagique. Les paragraphes suivants présentent brièvement l'état des connaissances concernant les principales phases de ce cycle de vie, en s'attardant plus particulièrement sur l'extraordinaire diversité des modes de reproduction de ces organismes.

En effet, les coraux peuvent non seulement se reproduire de manière sexuée et asexuée, mais pour chacun de ces deux modes, il existe de nombreuses variantes. Cette variabilité des modes de reproduction s'observe entre les espèces bien sûr, masi également entre les différentes populations d'une même espèce.

La reproduction sexuée

Chez les coraux, il existe des espèces hermaphrodites (gamètes mâles et femelles présents dans chaque polype d'une même colonie) et des espèces gonochoriques (un seul type de gamètes dans les polypes d'une même colonie)
Récemment, des chercheurs ont même montré que quelques espèces pouvaient être “mixtes”, c'est-à-dire avec des colonies gonochoriques et harmaphrodites. La grande majorité des espèces est néanmoins hermaphrodite.
La production de gamètes (gamétogénèse) s'effectue dans les gonades qui sont situées à la base des mésentères. Chez la plupart des espèces, la gamétogénèse est rarement continue, et par conséquent, il existe une ou plusieures périodes de ponte bien délimitées dans l'année. Les périodes de ponte peuvent varier selon les espèces, mais surtout, elles varient au sein d'une même espèce avec la localisation géographique et les conditions environnementales.
En revanche, il existe une constante : tous les coraux sont itéropares, c'est-à-dire qu'ils connaissent plusieurs cycles de reproduction au cours de leur vie. La gamétogénèse semble stimulée par l'élévation de la température de l'eau, qui a généralement lieu au début de l'été austral.
Par conséquent, les coraux pondent au cours ou à la fin de l'été, au crépuscule ou au début de la nuit. Le jour de la ponte est ensuite déterminé par les phases de la lune. Mais encore une fois, la variabilité inter et intra-spécifique estd e mise quant à la période précise de ponte : c'est ainsi que Pocillopora damicornis pond en période de pleine lune à Hawaii et le long de la Grande Barrière de Corail en Australie, alors qu'aux ïles Marshall la ponte a lieu en période de nouvelle lune.
La durée et la fréquence des périodes de ponte varient selon la latitude. La durée des périodes de ponte tend à diminuer aux hautes latitudes, alors qu'elle s'étend sur de nombreux mois près de l'équateur. En revanche, les périodes de ponte, pour une localité donnée, sont généralement constantes d'une année à l'autre. Dans certains récifs, l'ensemble des espèces pondent au cours d'une période précise, mais qui peut s'étaler sur plusieures nuits. On parle alors de ponte asynchrone. En revanche, sur la Grande Barrière de Corail, dans l'archipel des Ryukyu, au sud du Japon, ou aux Fidji, une grande majorité des espèces pondent de manière synchrone, c'est-à-dire pratiquement le même jour et à quelques heures d'intervalle seulement. Ce phénomène, très spectaculaire, est connu sous le nom anglo-saxon de mass-spawning (ponte en masse)

Chez les coraux, il existe des espèces à fécondation interne et des espèces à fécondation externe. Chez les premiers, la fécondation a lieu à l'intérieur du polype, dans la cavité gastro-vasculaire, et les larves, appelées planula, sont émises lors de la ponte. Chez les espèces à fécondation externe, il ya émission de gamètes, fécondation dans la colonne d'eau et formation de larves que l'on appelle également planula. Il est à noter que, contrairement à ce que l'on pensait il y a encore peu de temps, la majorité des espèces de coraux sont à fécondation externe.
Les planula ont une taille de 1 à 2 mm et ont généralement une forme oblongue. Chez les espèces à fécondation interne, les planula héritent des zooxanthelles de la colonie mère, alors que chez les espèces à fécondation externe, l'infestation se fait quelques jours après la mtamorphose.
Les larves de coraux, qu'elles soient issues d'une fécondation interne, ou même d'une reproduction parthénogénétique (voir plus loin), vont connaître pour la plupart une phase pélagique. La phase larvaire est sans aucun doute la partie la moins connue du cycle de vie des coraux. La raison principale est que l'émission de larves est un phénomène généralement épisodique et les larves sont difficilement observables in situ du fait de leur petite taille.
A l'heure actuelle, les plus grandes interrogations portent sur les durées de vie et sur les capacités de dispersion spatiale des larves. Les rares études entreprises montrent une grande variation des durées de vie larvaire au sein et entre les espèces examinées. De plus, la durée de vie larvaire estimée n'est pas toujours corrélée à l'échelle spatiale de dispersion en milieu naturel. Des larves à faible durée de vie sont capables de se fixer sur des débris flottants et pourraient ainsi parcourir 40.000 km en plein océan. Inversement, il existe des corants locaux capables de retenir les larves à proximité du récif source, ce qui limite par conséquent la dispersion des larves, même si celles-ci ont des durées de vie importantes.
A la find e la phase larvaire, les planula se fixent au substrat et commencent leur métamorphose dans les heures qui suivent. La sécration du squelette calcaire commence alors. Les jeunes recrues (appelées spats en anglais) se développent par bourgeonnement des polypes (voir plus loin) et par éélaboration d'un suqelette calcaire.
Au cours de leur première année de vie, les jeunes colonies, qui ont encore une taille millimétrique et qui ne sont constituées que de quelques polypes seulement, vont être soumises à une très forte mortalité (jusqu'à 90 % dans certains biotopes) Ce n'est qu'au bout de la première année que les survivantes, ayant atteint une taille centimétrique, seront visibles à l'oeil nu. Il faudra ensuite 3 à 4 ans pour que les colonies atteignent leur maturité sexuelle.

La reproduction asexuée

La reproduction asexuée se manifeste essentiellement sous 3 formes : bourgeonnement, fragmentation et fission, et production asexuée de larves. mais, pour chacune de ces formes, il existe, encore une fois, de nombreuses variantes : la variabilité inter et intra-spécifique est toujours de mise.

Concernant le bourgeonnement, il convient de distinguer le bourgeonnement qui permet la mutiplication des polypes qu sein d'une même colonie, du bourgeonnement qui amène à la formation d'une nouvelle colonie, physiquement distincte de la colonie mère. Pour le premier type, on notera qu'il existe deux formes : le bourgeonnement intracalicinal, où les nouveaux polypes se forment à l'intérieur des calices existants et le bourgeonnement extracalicinal, où les nouveaux polypes se forment à la périphérie des calices. Ce type de bourgeonnement permet d'expliquer le lien entre la larve, formée d'un seul individu, et une colonie centenaire ou millénaire contenant plusieurs milliers d'individus. Quant au second type de bourgeonnement, qui donne naissance à une nouvelle colonie, il existe plusieurs formes qui se distinguent par quelques subtilités. Le plus connu est le polyp bail-out (littéralement "le polype se tire d'affaire") Ce type de bourgeonnement se déroule en plusieurs étapes : il y ba d'abord isolement du polype, puis détachement du polype, et enfin dispersion et fixation du polype avec sécrétion d'un nouveau squelette. Ce mode de reproduction s'effectue généralement en période de stress.

La fragmentation est un mode de reproduction asexuée très courant chez les coraux, particulièrement chez les espèces aux formes de croissance branchues. Elle se définit comme étant une séparation d'un ou de plusieurs morceaux d'une colonie qui vont former une autre colonie, physiquement indépendante, un peu plus loin. La fragmen,tation est le plus souvent provoquée par des facteurs physiques (hydrodynamisme), mais aussi par prédation de poissons corallivores. la fragmentation est donc due à des causes externes.

En revanche, la fission, qui débouche également sur la séparation d'un ou plusieurs morceaux d'une même colonie qui vont se fixer un peu plus loin et donner une nouvelle colonie physiquement séparée de la colonie mère, est elle causée par des facteurs internes (modification de la squelettongénèse)

Enfin, certaines espèces de coraux peuvent également émettre des larves parthénogénétiques, qui ont par conséquent un génotype strictement identique à celui des colonies mères. Ce mécanisme, encore peu connu à l'heure actuelle, a été découvert récemment, gràce à des électrophorèses pratiquées sur des colonies mères et leurs larves. Il est intéressant de noter que ces larves asexuées ont la même morphologie que les planula sexuées.

Conséquences théoriques de la diversité des stratégies de reproduction

Chaque espèce de corail peut se reproduire selon un ou plusieurs modes sus-cités. L'importance relative des reproductions sexuées et asexuées peut varier, chez une même espèce, avec la localisation géographique des populations. Concernant la fécondité des coraux, elle est non seulement fonction des espèces, mais aussi de l'âge des colonies et des conditions environnementales. Il existe donc une importante variation temporelle et spatiale des modes de reproduction des coraux à de nombreuses échelles. A l'heure actuelle, les interrogations portent notamment sur les contributions relatives des différents modes de reproduction. La génétique des populations et la biologie moléculaire représentent des outils de choix pour évaluer, par exemple, la contribution relative des reproductions sexuées et asexuées dans le maintien et la structure génétique des populations en place.
L'importance relative des modes de reproduction explique non seulement une grande part de la structure et de la dynamique des populations, mais est également essentielle pour les questions écologiques fondamentales telles que la spéciation, la sélection ou les phénomènes d'extinction. Des modèles sunthétiques récents proposent que chez les espèces ayant les deux modes de reproduction, les larves issues de la reproduction sexuée permettent la colonisation sur de grandes échelles spatiales, la dispersion et la colonisation de nouveaux biotopes, ainsi que le maintien d'un flux génétique constant entre populations éloignées. En revanche, la repdoduction asexuée, moins coûteuse en énergie, est la principale source de recrues pour le maintien des populations locales. La prédominance de la reproduction asexuée entrainerait également une faible diversité génétique au sein des populations, mais un avantage sélectif plus élevé qui confère aux populations une plus forte adaptabilité aux conditions environnementales locales, grâce à une selection des génotypes les plus performants. Lorsque la reproduction asexuée est prépondérante, les populations sont donc dominées par un petit nombre de génotypes, et on parle alors de population clonale.

Les scléractiniaires se caractérisent donc par une très grande variabilité de leurs traits de vie : variation des modes de reproduction et de la périodicité de l'émission des larves, comme nous venons de la voir dans cet article, mais aussi variation du taux de croissance, de la longévité ou de l'échelle spatiale des flux génétiques. Les raisons principales de cette importante variabilité des traits de vie ne sont pasencore bien élucidées, mais on peut supposer qu'elle constitue une adaptation permettant à ces organismes de coloniser des environnements très divers et de s'y maintenir efficacement. Ceci pourrait expliquer pourquoi les coraux sont aussi largement répandus sous les latitudes tropicales et sub-tropicales. Notons néanmoins que l'étude des stratégies reproductives et de lerus conséquences évolutives est un domaine de recherche très récent et, par conséquent, de nombreuses hypothèses et théories restent encore à approfondir et à valider.

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