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Labridés dans l'aquarium récifal


Texte et photos: Prof. Dr. Ellen Thaler

Les Labridés constituent l'une des plus grandes familles de poissons: 60 genres avec plus 500 espèces (SCOTT 1988), dont l'appartenance au genre est souvent incertaine. De plus toutes les espèces ne sont pas encore recensées, nombre d'entre elles attendent probablement encore leur découverte; effectivement chaque année de nouvelles espèces non décrites s'ajoutent, voir B. Kuiter et al. (1999), Randall et al. (1981). La responsabilité en incombe à la forte expansion de la plongée au cours de ces dernières années. De plus en plus de systématiciens suivent désormais les objets de leurs recherches dans toutes les profondeurs marines.

Pseudocheilinus hexataenia, remarquez la coloration de l'oeil

Les Labridés semblent représenter un groupe relativement varié. Les énormes différences de taille sont à elles seules impressionnantes, par exemple en comparant le labre Napoléon (Cheilinus undulatus) et le minuscule labre à six bandes (Pseudocheilinus hexataenia). Le premier peut dépasser deux mètres et peser presque 300 kg et est ainsi le plus grand poisson osseux rêcifal, un géant affable et curieux, bien connu de tous les plongeurs. Il partage effectivement le même biotope avec le minuscule labre à six bandes, long de 6 cm et à peine remarqué par les plongeurs.

Les labridés fréquentent de nombreux biotopes divers

Les labridés colonisent tous les habitats imaginables, les zones d'eau peu profonde comme les profondeurs de plusieurs centaines de mètres. Ils sont capables de se spécialiser sur des types de récifs coralliens très précis (par exemple des groupes compacts d'Acropora) ou ils habitent des habitats récifaux mixtes, des forêts de gorgones, des lagunes avec des algues et des zostères, des zones de sable fin et d'éboulis de corail, des systèmes de crevasses, des grottes ou des structures ressemblant à des grottes telle la face proéminente inférieure de coraux plateaux (comme les espèces d'Acropora du groupe A. hyacinthus) ou les cavités des grosses éponges. Les exigences alimentaires et leurs méthodes de chasse sont tout aussi variables : ils chassent des organismes planctoniques en pleine eau, capturent de minuscules crustacés et crevettes dans le dédale des algues, déterrent des crabes ou des vers polychètes, croquent des escargots et des coquillages et ce faisant retournent de grosses pierres ou des débris de coraux, qui représentent plusieurs fois leur poids corporel. Ils brisent de grosses proies dures, en les frappant vigoureusement contre des arêtes rocheuses. Il ne s'agit pourtant pas comme décrit à tort d'une soi-disant « utilisation d'outil », car il leur faudrait se procurer une pierre et l'utiliser comme "marteau" ! Ils consomment du frai mais aussi des petits poissons, poursuivent avec obstination des poissons qui fouillent le substrat comme les raies ou les Mullidés, afin de saisir rapidement tout ce qui leur échappe.

Paracheilinus octotaenia en coloration de pariade se fait nettoyer

Spécialisation Imaginative/ingénieuse

Ils utilisent même les formations de chasse maquereaux, afin de s'approprier à la vitesse de l'éclair ce que ces chasseurs hautement spécialisés débusquent ! Quelques espèces consomment également de la nourriture végétale. De nombreuses espèces se nourrissent de parasites de la peau et des branchies de poissons plus grands, du mucus de la peau et de morceaux de nageoires, ils exercent ces activités de nettoyage soit durant toute leur vie, soit seulement durant leur jeunesse. De rares espèces consomment de temps à autre des polypes de coraux et seules deux espèces en ont fait une spécialité. Sous cet aspect, les labridés constitueraient vraiment les habitants idéaux pour chaque bac récifal ! Le sont-ils réellement ? C'est ce que nous verrons plus tard.

Aussi variée que semble être la famille des labridés, il existe cependant des caractéristiques communes au genre : ils sont hyperactifs, toujours en mouvement, curieux et souvent franchement casse-pieds ! Ils sont exclusivement actifs durant la journée, se réveillent relativement tard et vont dormir de bonne heure et de nombreuses espèces s'enterrent durant la nuit plus ou moins profondément dans le sable. D'autres dorment dans de minces fentes et sécrètent alors, comme les poissons-perroquets une enveloppe de mucus transparente, dans laquelle ils sont manifestement camouflés de manière olfactive à l'abri des prédateurs nocturnes. Leurs nageoires pectorales sont le plus souvent transparentes et semblent frêles, mais constituent d'efficaces organes de déplacement: les Labridés sont des nageurs pectoraux, ils se meuvent avec souplesse et à la vitesse d'une flèche. C'est la raison pour laquelle les genres de la famille des Labridés sont les modèles favoris pour les nageurs imitateurs lents comme Amblygobius rainfordi, qui ressemble de façon trompeuse à Halichoeres melanurus.

Les nageoires trahissent le mode de vie

La forme de la nageoire ventrale permet des conclusions concernant le mode de vie de certains Labridés : si cette nageoire est robuste, ses rayons rigides (comme par exemple chez Halichoeres, Tahler 1999), nous sommes en présence d'habitants de zones aquatiques plates, fortement brassées, turbulentes comme les canaux des lagunes. Ils utilisent leur nageoire ventrale comme crampon ou appui, lorsqu'ils chassent des proies dans le ressac.

La nageoire dorsale continue et particulièrement sa partie arrière molle, est étendue lors des comportements de domination et de parade et présentée avec un mouvement vibratoire/ondulatoire. Le plus souvent sa coloration est remarquable et le poisson en pariade peut la modifier de manière qu'il ne puisse plus être reconnu !

Confusion due à des patrons colorimétriques modifiés

En outre, de nombreux Labridés font partie des représentants les plus colorés des poissons coralliens, à peine une autre famille de poissons présente un patron de couleur aussi raffiné. Certes les Labridés partagent avec tous les Perciformes la capacité de changement de sexe, mais l'une des particularités de presque tous les Labridés réside dans le fait que le changement d'un stade juvénile précoce et/ou femelle en mâle primaire et parfois secondaire est accompagné de modifications spectaculaires de couleur et de corps. Le même poisson peut montrer durant divers stades d'âges jusqu'à quatre morphes complètement différentes de couleurs qui sont le plus souvent accompagnées de modifications corporelles. Les couleurs de transition peuvent aussi être très différentes.

Ceci se traduit également dans la littérature de détermination : Dans certains livres de détermination de nombreuses espèces sont listées sous deux ou trois noms différents. Burgess et al. (1988) constitue une véritable mine pour de tels exemples. Dans les ouvrages de références plus récents la situation s'améliore : des observations faites à partir de la nature portent un jugement critique (Debelius, 1993 ; Gôthel, 1994). Finalement des observations en aquarium peuvent aussi contribuer à éclaircir les modifications confuses de forme et de couleur liées au sexe.

Comportement intéressant

Justement ces avantages sexuels complexes permettent de supposer des modes de comportements intéressants dans le jeu des sexes - et effectivement nous trouvons là des rituels de comportement extrêmement excitants durant la pariade ou aussi lors des comportements de domination et de menace, qui sont mis en oeuvre aussi bien envers le partenaire que lors de la défense du territoire.

La forme sociale la plus répendue chez les Labridés est le harem, un mâle terminal vit avec un grand nombre de femelles différentes, comme par exemple chez le genre Macropharyngodon. Les labres nettoyeurs peuvent se présenter en couple ou aussi en petits harems, probablement que la productivité de la station de nettoyage correspondante détermine le nombre possible de nettoyeurs. Les espèces du genre Thalassoma vivent en contrepartie en grands groupes lâches hiérarchisés (en dépendance avec l'âge ?) La formation de couple monogame est plutôt rare, certaines espèces semblent vivre en solitaires en dehors de la courte péfiode de pariade, des observations circonstanciées à ce sujet font défaut. L'impressionnante capacité du changement de couleur commandé par le sexe peut se dérouler sur une période de longueurs variables. Souvent des facteurs environnementaux y participent. Chez de nombreuses espèces de Thalassoma et quelques espèces de Halichoeres les petits mâles primaires aux couleurs féminines peuvent donner de grands mâles terminaux colorés et très agressifs, lorsqu'il y a de la nourriture en excès et suffisamment de place pour la formation de grands territoires. Si l'espace vital et la nourriture sont trop justes, les mâles terminaux seraient mal placés comme trouble-fête toujours prêts au combat! Nous en trouvons des exemples chez Turner (1993) et Warner et al. (1980). Le changement de couleur sexuellement motivé se produit aussi de manière spontanée, en quelque sorte "d'une seconde à l'autre". Ceci se produit de manière particulièrement impressionnante chez les espèces paradant et dans ce cas le mâle est déjà sexuellement déterminé, mais montre sa masculinité seulement au cours de la pariade durant une seconde. Particulièrement les espèces de Paracheilinus et Cirrhilabrus montrent des comportements de pariade impressionnants. Dans certains espaces vitaux plusieurs espèces d'aspect similaire proches parentes vivent et paradent ensembles dans un espace restreint (Kuiter et al. 1999). Une hybridation est évitée par des habits de pariades différents, mais aussi par d'autres profondeurs et horaires au cours desquels se déroulent ces pariades. Mieux que des descriptions des images de ces séquences de pariades sont plus éloquentes ! Les Labridés tropicaux n'effectuent pas de soin parental, ils émettent des oeufs démersaux, plus légers que l'eau et qui dérivent avec le courant sur de longues distances sous forme de plancton. Leur vie durant de nombreuses espèces pondent chaque jour ! Par contre certains Labridés de Méditerranée pratiquent le soin parental, ils construisent des nids et y attirent une ou plusieurs femelles pour la ponte, surveillent ensuite le nid et la ponte jusqu'à l'éclosion.

Portrait de Paracheilinus octotaenia, mâle Mâle de Paracheilinus flavianis (avant : P. carpenteri) en début de pariade
Cirrhitabrus exquisitus, femelle Mâle de Paracheilinus filamentosus, en pleine parade

Labridés dans l'aquarium
. Ne pas maintenir des espèces atteignant une grande taille. Les Labridés grandissent vite !
. L'aquarium doit être conçu de manière très variée, présenter des fentes et des grottes larges et étroites, pas de mur récifal de construction compacte.
. Une zone de sable fin d'au moins cinq centimètres d'épaisseur et si possible aussi des surfaces avec de gros morceaux de débris coralliens.
. Une alimentation suffisante et variée, si possible plusieurs fois par jour.

Les Labridés en aquarium

En principe de nombreux genres de Labridés y conviennent parfaitement. Toutefois il faut respecter quatre conditions importantes :

Pas d'espèces atteignant une grande taille

Contrairement aux autres espèces à croissance plutôt lente (comme les poissons-anges ou les chirurgiens) les Labridés atteignent leur taille finale, pour autant qu'ils soient maintenus dans des conditions respectueuses de l'espèce, même dans de petits bacs. De nombreuses espèces, qui sont ravissantes comme poissons juvéniles, comme les représentants des Cheilininae (Novaculichthys taeniourus) ou les espèces de Coris ne conviennent pas pour un aquarium normal. Aucun corail ne résiste à leur instinct d'activité et comme tous les Labridés ils sont très gourmands, aucune pierre ne reste empilée sur une autre. Il faut absolument s'informer avant dans la littérature compétente au sujet de la taille qu'un tel hôte peut atteindre, car il l'atteindra effectivement.

Coris gaimard. Un mâle primaire est en train de creuser dans les débris, à côté de lui un juvénile dans la remarquable coloration de poisson-clown.

Décoration variée de l'aquarium

Comme dit, les Labridés sont en activité constante étant des poissons malins très curieux * On peut même leur apprendre des tours d'adresse compliqués ; mon couple de Gomphosus varius a très rapidement appris à ouvrir une boîte de plexiglas afin d'obtenir une friandise ! Des bacs à l'agencement uniforme transforment tous les Labridés en névrosés, qui ne nagent plus que des tours stéréotypés, étant donné qu'ils ont rapidement compris que rien ne peut satisfaire leur besoin d'activité. Plus la décoration est de conception variée, plus il y a de passages à traverser, qui cachent peut être quelque chose de comestible, plus leur vie sera agréable. Pour un Labridé la plus belle forêt d'Acropora est monotone, de petits îlots d'algues ou des roches recouvertes d'algues dans lesquels ils peuvent chercher des micro-organismes sont plus passionnants !

Zones sablonneuses épaisses

Des zones sablonneuses à fine granulométrie sont vitales pour certaines espèces dormant dans le sable. Mais ceux qui dorment dans les coraux ou les fentes rocheuses aiment fouiller dans le sable. Plus il y a des zones de substrat libre et sans décoration, plus nos hôtes sont à l'aise, car presque toutes les espèces de Labridés utilisent de telles surfaces de pierres, creusent, les remanient et sont agréables à observer durant ces actions.

Alimentation variée

L'alimentation constitue le point le plus important ! Aucune autre famille de poissons ne réagit de façon aussi négative envers une pénurie de nourriture. Les espèces pacifiques deviennent agressives, les chasseurs calmes soit se cachent afin d'économiser de l'énergie ou ils sautent hors du bac. La pénurie de nourriture transforme presque tous les Labridés en bêtes féroces, qui accaparent tout ce qui est mangeable grâce à leur vitesse et leur agilité, bien avant que d'autres habitants n'aient une chance. Tout soigneur de Labridés peut constater que dans un même bac les Anthias et les gobies maigrissent et meurent de faim même en présence d'une alimentation suffisante, tandis que les Labridés sont gras et ronds ! Les Labridés affamés constituent une plaie pour chaque bac corallien : ils commencent à tout tirailler, mordent les coquillages et les coraux, chassent les autres poissons et commencent bientôt à présenter des stéréotypes insupportables : ils empruntent toujours la même trajectoire à travers l'aquarium, le plus souvent le long de la vitre frontale.
Il faut donner aux Labridés une large palette de nourritures surgelées les plus variées, de grosses proies à carapace - crevettes ou mysis - peuvent les occuper un moment. De plus il faut aussi leur offrir beaucoup de petits aliments comme des cyclops ou aussi des artémias vivants. Ils sont alors occupés durant des heures, à cueillir dans la décoration ces minuscules particules alimentaires.

Les labres nettoyeurs en aquarium

Il ne faut maintenir les labres nettoyeurs, que s'il y a assez de clients dans le bac. Des nettoyeurs affamés peuvent mettre en colère des petits poissons sains et même tuer de petits poissons malades présentant des défauts de peau avec leur rage de nettoyage. De petits poissons avec une robe à base de points clairs sur un fond sombre sont importunés en permanence (Thaler 1995). Et : justement les poissons nettoyeurs doivent être maintenus au minimum en couple. Ils pondent chaque jour et peuvent mieux diminuer leur activité débordante. Des attaques envers des invertébrés sessiles ne se produisent pas dans ce cas.

Juste encore un point important : n'utilisez jamais un labre à cause de son éventuelle capacité à avaler des parasites de coraux. Certes de nombreuses espèces consomment des planaires, des vers polychètes, des nudibranches et autres organismes semblables. Pourtant il n'existe pas d'espèce dont c'est la spécialité de consommer de tels parasites. Si dans ce cas le poisson n'est pas suffisamment nourri, il ne reste pas longtemps vivant avec le régime planaires, car ceux-ci contiennent des substances toxiques ! Mais s'il est bien nourri, il consommera tout autant de planaires, mais seulement s'il en a vraiment envie !

Maintenance des labres en couple

En ce qui concerne l'association : généralement (presque) tous les labres sont faciles à maintenir en couple ou en petits harems, souvent beaucoup mieux que cela n'est le cas avec des individus uniques - a condition qu'il y ait assez de nourriture. Toutefois il faut tenir compte du fait que de nombreux genres changent obligatoirement de sexe, donc tous en mâles et ils deviennent alors extrêmement agressifs. il convient donc d'observer avec attention ses poissons. Des velléités de combat latentes constituent un signe sûr de séparation des animaux et d'addition d'un poisson plus petit se trouvant encore au stade de femelle. La classification systématique adoptée est celle de Lieske & Myers (1994)

Hypseginyini
Il s'agit de Poissons atteignant une taille importante avec une mâchoire impressionnante présentant souvent des dents proéminentes. Des espèces restant plus petites peuvent aussi devenir désagréablement agressives, comme par exemple le charmant Bodianus bimacuiatus. Par contre le labre arlequin, Choerodon fasciatus, avec ses dents proéminentes à l'aspect dangereux est un labre absolument pacifique, qui n'utilise sa mâchoire que pour déplacer des éboulis ou croquer des carapaces de crabes. Il s'agit toutefois d'un hôte extrêmement sensible durant le transport, sa taille doit également être prise en considération.

Chellinini
Les poissons de ce groupe deviennent trop grands à part de rares exceptions ! Le petit labre vert, Novaculichthys macrolepidotus retourne avec trop d'assiduité les pierres !

Cheilini
Cette tribu rassemble les plus beaux, les plus colorés des labres de petite taille ! Une fois acclimatés, ils sont faciles à maintenir, hôtes agréables qui bien nourris - et uniquement dans ce cas - exécutent des rituels de pariades d'une invraisemblable beauté. Les harems masculins flamboient tels des comètes devant leurs femelles, exposant leurs nageoires avec des patrons aux couleurs psychédéliques, arborant et faisant disparaître très rapidement ces cascades de couleurs. La pariade peut se passer avec de rapides manceuvres de pivotement. Les femelles sont entourées comme chez les Anthias en une parabole tendue ou « l'homme » fonce à la vitesse de l'éclair sur la femelle nageant plus bas. Ces actions abruptes peuvent effrayer les autres poissons au point qu'ils sautent hors du bac! Le danger existe en permanence que les labres nains sautent eux-mêmes du bac au cours de ces pariades. A la longue ils ne peuvent être maintenus que dans des bacs bien couverts. Toutes les espèces de Cirrhilabrus et de Paracheilinus sont des chasseurs de plancton, qui se tiennent en pleine eau et utilisent ainsi beaucoup d'énergie. S'ils commencent à se cacher, ceci constitue le signe d'une alimentation insuffisante, car ceci oblige les poissons à des mesures d'économie !
Les espèces de Pseudocheilinus se comportent différemment : elles chassent de petits crustacés benthiques, fouillent la plus petite des fentes, s'immiscent dans chaque grotte et sont en mouvement permanent. L'iris divisé en longueur, qui leur confère un regard oblique caractéristique, signifie que ces petits poissons sont capables de fixer leur proie avec une vision binoculaire, c'est à dire avec les deux yeux en même temps pardessus la pointe de la gueule. lis peuvent ainsi repérer des crustacés dans les plus petites fissures ! Attention : de nombreuses espèces sont agressives envers des concurrents alimentaires. Les minuscules labres à six bandes, Pseudocheilinus hexataenia sont capables de terroriser un aquarium entier.

Julidini

Deux jeunes Anampses chrysocephalus. Les mâles adultes ont une tête rouge, une nageoire caudale transparente avec un liseré noir.
Anampses neoguinaicus, juvénile. La coloration adulte est encore inconnue.

Il s'agit du groupe de labres les plus polymorphes et les plus grands. Outre les espèces de grande taille, certes magnifiquement colorés, mais plutôt grossiers, nous trouvons les représentants les plus doux, les plus élégants comme par exemple le genre Anampses. Il s'agit de poissons restant plutôt petits, qui présentent un patron à moucheture ou à rayures claires sur un fond sombre. Toutefois ils font partie des hôtes les plus sensibles et les plus délicats parmi les labres, ils ont souvent des exigences alimentaires impossibles à satisfaire (par exemple Anampses crysocephalus spécialiste alimentaire des sabelles et des némertiniens) et souffrent rapidement des concurrents alimentaires ou de compagnons de bac agressifs. Justement Anampses crysocephalus n'a rien à voir dans nos bacs, il est certes magnifique mais ne peut être conservé longtemps.
Toutes les espèces de Coris sont plutôt à considérer avec prudence, certaines deviennent très grandes, atteignent 150 cm ! Comme justement des Coris parviennent toujours chez les commerçants au stade juvénile particulièrement coloré ressemblant à des poissons-clowns, il faut dans chaque cas bien s'informer avant. Il en va autrement du genre Halichoeres riche en espèces, nous y trouvons des espèces restant petites en taille, représentants également agréablement colorés, qui peuvent constituer de bons habitants d'aquariums. Halichoeres marginatus est considéré comme un bon consommateur de planaires. La plupart des Macropharyngodon préfèrent les sabelles aux polychètes ! Le labre citron, Halichoeres chrysus, connu et apprécié et le labre arc-en-ciel, H. iridis, changent obligatoirement de sexe : aussi longtemps qu'ils sont jeunes, ils peuvent être maintenus en paire ou petit groupe, mais au bout de deux années des agressions éclatent, qui souvent se terminent mal pour tous les combattants : blessures et stress sont mortels pour les attaquants comme les poursuivis.
Les espèces des genres Hemigymnus et Hologymnus deviennent en général trop grandes bien qu'il existe des espèces très belles restant petites, mais qui apparaissent à peine dans le commerce. Gomphosus varius et G. coeruleus deviennent également relativement grands, constituent toutefois un enrichissement pour de grands aquariums récifaux peuplés d'espèces pas trop petites ou trop sensibles. Ils sont en mouvement permanent, espionnent tous les recoins, ne déplacent toutefois pas de pierres. Bien nourris, ils ne mangent, contrairement à ce qui se lit dans la littérature courante, ni poissons ni crevettes nettoyeuses. Ils ne font cela que s'ils sont proches de la mort par faim. Ceci est du reste aussi valable pour beaucoup d'autres familles comme les balistes, les Perciformes, etc. Dans le répertoire comportemental de chaque poisson récifal une inhibition alimentaire envers les crevettes et les poissons nettoyeurs est génétiquement ancrée.

Macropharyngodon choati, mâle adulte.
Macropharyngodon ornatus, mâle en cours de coloration définitive.

Le genre Macropharyngodon est présenté dans un autre article.
Les espèces du genre Pseudocoris sont petites, moins attractives peut-être, à cause de la coloration brune et verte; il s'agit essentiellement de poissons habitant les prairies d'algues. De nombreuses espèces vivent dans des eaux peu profondes, dans l'ensemble il s'agirait de poissons recommandables pour l'aquarium. lis sont toutefois largement inconnus, peut-être trop sensibles au transport ?
Toutes les espèces du genre Thalassoma comportent, comme chez les Coris, des espèces incroyablement colorées au dessin magnifique. Malheureusement la totalité d'entre elles n'est pas particulièrement recommandable pour la maintenance en aquarium et certes pas seulement parce qu'îls deviennent relativement grands. Il s'agit de nageurs sans exception extrêmement actifs, qui arrachent sans pitié à un concurrent alimentaire chaque bouchée ou qui l'évincent. Ils commencent tôt ou tard, à stéréotyper dans tout aquarium et offrent alors pour un aquahophile sensible une image angoissante. Leur nervosité se transmet finalement à tous les habitants de l'aquarium (et aussi à l'observateur !) car un plongeur qui a été suivi et véritablement encerclé dans la nature par un groupe indiscret de ces labres, dès qu'il a bougé une petite pierre, peut s'imaginer, à quel point cela peut rendre nerveux les autres poissons d'un bac récifal.
L'ensemble du groupe des labres comporte de nombreux genres et groupes d'espèces, pour lesquels il est justement vital de dormir plus ou moins profondément enterré dans le sable. Sont concernés Anampses, Halichoeres, Coris, Macropharyngodon et encore quelques autres espèces. En sont-ils empêchés, ceci signifie pour eux un énorme stress ! Il faut remplir au moins une zone limitée du bac avec du sable fin, Un éboulis grossier, aux arêtes vives peut les blesser lors de leurs essais d'enfouissement au point qu'ils en meurent. Un sol en verre dénudé signera leur arrêt de mort. Ce comportement inné, de passer la nuit dans le sable, comporte encore d'autres difficultés et explique pourquoi nombre de ces espèces sont particulièrement sensibles au transport. Ils s'adaptent beaucoup plus lentement que des poissons "dormeurs libres" à la différence de temps entre le pays d'origine et le pays d'importation. Souvent il leur faut supporter plusieurs de ces sauts horaires, ne se réveillent que lorsqu'il fait nuit et ils meurent rapidement de faim, s'ils ne sont pas éclairés en complément et nourris durant la nuit. J'ai vécu ceci personnellement avec des poissons pêchés par moi-même : ils étaient complètement acclimatés uniquement après 18 (!) jours. Du reste nous nécessitons également ce laps de temps, lorsque nous sommes restés assez longtemps en Australie ou un pays aussi éloigné. Les poissons souffrent donc aussi du syndrome du "Jet-lag" !

Labrichthyini
Un représentent de ce groupe (en tant que paire) doit être présent dans chaque aquarium, à la condition qu'il soit peuplé de quelques gros poissons : Labroides dimidiatus, le poisson nettoyeur commun. Mais, il doit s'agir de cette espèce et d'aucune autre, car toutes les autres proches parentes ne peuvent soit être maintenues vivantes à long terme ou elles se nourrissent de polypes de coraux, comme le poisson-nettoyeur nomade (Diprodacanthus xanthurus) ou le poisson-nettoyeur à caudale cunéiforme (Labropsis xanthonata)
Des nettoyeurs solitaires peuvent même dans le plus beau, le plus grand des aquariums récifaux faire beaucoup de bêtises : j'en connais un (ce n'est pas un de mes poissons !) qui importune des heures durant un grand bénitier, en pinçant le bord du manteau et qui apparemment se réjouit lorsqu'il ferme le plus rapidement possible sa coquille et ce faisant le souffle chaque fois ! Ceci permet de supposer qu'il n'a pas assez d'activité et s'ennuie, et cela montre, avec quel raffinement un tel petit poisson peut se procurer du "plaisir"
Nous pouvons parfaitement empêcher ces déraillements comportementaux en maintenant nos pensionnaires dans les conditions exigées par l'espèce. N'en rejetons donc pas la responsabilité sur nos poissons - car justement les labres se vengent!

Transfonnations sexuelles chez les labres
Les labres constituent des hermaphrodites protogynes, ceci signifie que des femelles fonctionnelles se transforment en mâles fonctionnels. Au stade juvénile (phase initiale) nous rencontrons essentiellement des femelles, chez certaines espèces en même temps aussi des mâles primaires ( = mâles initiaux), qui pondent alors souvent en importants groupes synchrones. En présence de certaines conditions environnementales peuvent se développer à partir de femelles de la phase initiale comme aussi à partir de mâles primaires ce que l'on appelle des mâles secondaires ( = mâles terminaux), qui sont plus colorés, plus grands et terrîtoriaux.
Ils s'entourent d'un harem dans leurs grands territoires et pondent alors chaque fois avec une seule femelle. Sous "intrus" on comprend un mâle primaire de couleur femelle, qui se joint à un couple qui pond et qui émet son sperme "au bon moment" ; ainsi il a une chance de déposer au moins partiellement ses gênes ! Chez les poissons d'eau douce ce phénomène est relativement courant. Chez les labres tropicaux ce phénomène est à peine connu, à savoir si les mâles terminaux, qui pondent en permanence avec une seule femelle, tolèrent de tels intrus.

Avec l'aimable autorisation de l'auteur, paru dans Koralle 10/2001

Littérature:
BURGESS, W. E., H.R. AXELROD & R.E. KLUNZIKER 1988 : Dr. Burgess' Atlas of Marine Aquarium Fishes. Neptune City, N.J.
DEBELIUS H. (1993): IKAN6 Fischführer Indischer Ozean. Jahr Verlag. Hamburg.
GÔTHEL, H. (1994): Farbatlas Meeresfauna. Rotes Meer, Indischer Ozean. Ulmer Verlag, Stuttgart.
KUITER H. R. & GR. ALLEN, (1999): Description of three new wrasses (Teleostei: Perciformes: Labridae : Paracheilinus) from Indonesia and North Western Australia with evidence of possible Hybridisation. Aqua, Journal of Ichthyology and Aquatics Biology. 3, 3 .- 119-132.
LIESKE, E. & R.F. MYERS 1994: Korallenfische der Welt. Jahr Verlag, Hamburg
MICHAEL, S.W. (1998): Reef Fishes. Microscosm Ltd. Shelburne, USA
RANDALL, J. E. (1988): Five new wrasses of the genera Cirrhilabrus and Paracheilinus (Perciformes: Labridae) from the Marshall Islands, Micronesica 21 199-226.
RANDALL J. E. & R. LUBBOCK (1981): Labrid fishes of the genus Paracheilinus, with descriptions of three new species of the Phillipines. Japan. J. Ichthyology 28,
SMITH MM & P. C. BEEMSTRA (1986): Smith's sea fishes. Macmillon Südafrika, Johannesburg.
THALER, E. (1999): Kirschleck-Junker Halichoeres nebulosus. das Aquarium 359: 50-56.
TURNER, G. F. (1993): Teleost mating behaviour. In: Behaviour of Teleost Fishes. T.J. Pitcher Ed., Chapman & Hall.
WARNER, R. R. & S. G. HOFFMAN (1980): Local population size as a determinant of mating systerns and social composition in two tropical marine fishes, Thalassoma sp. . Evolution 34:508-518.

Labridés pour l'aquarium récifal

Recommandations du Prof. Dr. Ellen THALER

Bacs de 300 à 500 litres
Cirrhilabrus exquisitus ('T) Labre nain à masque
Cirrhilabrus cyanopleura ('T) Labre nain à tête bleue
Cirrhilabrus jordani ('T) Labre nain de Hawaii
Cirrhilabrus rubriventralis ('T) Labre nain de Mer Rouge
Paracheilinus filamentosus ('T) Labre à filament
Paracheilinus carpenteri (1) Labre de Carpenter
Paracheilinus Mccosceri ('TT !) Labre de McCoskers
Paracheifinus octotaenia (TTT !) Labre de Me Rouge
Pseudocheilinus hexataenia Labre nain à six bandes - agressif, à n'associer qu'avec des poissons-chirurgiens et des Pornacentridés
Pseudocheilinus tetrataenia ('TT) Labre nain à quatre bandes
Halichoeres marginatus Labre à bandes
Halichoeres iridis Labre arc-en-ciel
Halichoeres melanurus
Labre gris bleu
Halichoeres vroliki
Labre de Vrolik
Macropharygodon bipartitus
('TT) Labre diamant
Macropharyngodon meleagris
(T) Labre panthère
Pseudojuloides cerasinus
(T) Labre vert
Labroides dimidiatus
('T) Labre nettoyeur
Bacs supérieurs à 1000 litres
Choerodon fasciatus = Lienardella fasciata ('TT) Labre arlequin
Anampses meleagrides
(T) Labre perlé à queue jaune
Anampses caeruleopunctatus
Labre perlé diamant
Coris gaimard
Labre à queue jaune
Gomphosus varius
Labre oiseau vert
Gomphosas caerukas Labre oiseau bleu

(T) Légèrement sensible durant le transport, accessoirement dommages dus à la stabulation intermédiaire
('TT) = Sensible durant le transport, nombreux dommages durant la stabulation intermédiaire
(TTT) = extrêmement sensible durant le transport, le plus souvent très endommagé durant la stabulation intermédiaire.


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