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AUGMENTATION DES PHOSPHATES,
KALKWASSER ET REACTEUR A CALCAIRE

Extrait des "Lettres récifales" nr 10 - septembre 1998

Une prise de position de Knop en 1997 a créé une certaine agitation parmi les aquariophiles marins associée à une certaine incertitude. Dans cette prise de position on nous sert l'histoire inouïe du «méchant» Kalkwasser et de l'augmentation «mystérieuse» des phosphates dans le bac récifal. L'utilisation de Kalkwasser conduirait d'abord à la formation de sédiments calcaires inoffensifs contenant des phosphates. Ceux-ci deviendraient dangereux quand, lors de l'installation d'un réacteur à calcaire, la valeur du pH serait diminuée par le CO2. Alors d'importantes quantités de phosphates seraient libérées en peu de mois conduisant à des invasions d'algues qui n'ont pu être maîÎtrisées aux USA et aux Philippines par l'intermédiaire de l'écumage. Vrai ou faux? Que faut-il vraiment croire?

En dehors de la lumière, les coraux nécessitent pour leur croissance des combinaisons azotées, des macro- et oligo-éléments, de grandes quantités d'ions calcium et de CO2 pour la constitution de leur squelette. C'est pourquoi depuis des décennies on rajoute avec succès une solution d'hydroxyde de calcium (Kalkwasser d'après Wilkens). Depuis 1994 deux méthodes ont pris le dessus, ne fournissant pas seulement du calcium au système, mais aussi du CO2 sous forme d'hydrogénocarbonate (Hebbinghaus, 1994 ; Balling, 1994). En présence d'une teneur en calcium aux alentours de 400 ppm si on donne aux coraux en plus du CO2 sous forme d'hydrogénocarbonate ils réagissent en augmentant leur croissance. Cependant le CO2 constitue aussi une substance nutritive très importante pour les algues. Une présence conséquente de phosphates et de fer conduit à une croissance explosive des algues (Paluda, 1996 ; Knop, 1997). «Tous les aquariophiles honnêtes m'ont toujours confirmé qu'on en arrivait à des développements massifs d'algues, depuis les algues unicellulaires dérivantes jusqu'aux algues filamenteuses indésirables» (Wilkens, 1997). Aussi le problème des algues est-il facile à expliquer tant en Allemagne qu'en Norvège, en Amérique et aux Philippines. Toutefois l'augmentation mystérieuse des phosphates lors de la mise en route d'un réacteur à calcaire du type Hebbinghaus reste inexpliquée (Brockmann, 1995 ; Paluda, 1996 ; Knop, 1997)

Lors de chaque nourrissage, que l'on ne doit pas négliger dans l'intérêt de ses poissons (Thaler, 1997), nous introduisons dans notre système des liaisons organiques phosphatées. Les phosphates sont soit absorbés et intégrés dans la masse cellulaire des coraux et des algues en croissance, soit décomposés et accumulés dans l'eau sous forme de phosphates minéraux. En présence de teneurs en calcium suffisantes ces phosphates minéraux sont précipités sous forme d'apatite difficilement soluble en présence des valeurs de pH alcalines rencontrées dans les bacs récifaux (Jander-Blasius, 1976 ; Hollemann-Wiberg, 1976) et se déposent sous forme de minuscules cristaux sur le décor et sur le sol. Cette apatite (3Ca3 (P04)2 x Ca(OH)2) est très difficile à dissoudre et constitue pour cette raison la partie la plus importante de l'émail des dents et des structures solides de notre charpente osseuse. En présence d'une combinaison si difficile à dissoudre on peut à peine imaginer que des phosphates puissent être extraits par dissolution à partir des sédiments d'apatite (sédiments calcaires contenant des phosphates selon Knop, 1997) ou de débris coralliens par l'intermédiaire de l'acide carbonique.

Chaque chimiste apprend au cours de sa première année qu'il existe des acides faibles et des acides forts et que seuls les forts peuvent chasser les faibles de leur liaison. En d'autres termes : il est simplement impossible que lonnaisseur en microbiologie : à cause de la faible circulation d'eau et à la suppression de l'oxygène par l'introduction de gaz carbonique le réacteur à calcaire se double d'un filtre dénitrateur. Il transforme les nitrates (par exemple en ammonium et en azote sous forme gazeuse). Les bactéries croissent, se multiplient et meurent en partie. Ainsi du phosphore absorbé et intégré dans les cellules se trouve à nouveau libéré.

Sur la base des règles de Hahnschen concernant la précipitation et l'adsorption (Ühlein, 1969) du magnésium, du manganèse, du fer de même que du strontium, du brome et des terres rares sont entraînés lors de la précipitation de l'apatite. Pour le fluor il s'agit même d'un échangeur d'ion naturel (d'où durcissement de l'émail avec du phosphate monofluoré). Lors de l'analyse de sable de corail provenant de systèmes de filtration biologique P. Wilkens et H. Becker ont pu mettre en évidence à la surface des traces de fluor, strontium, lithium et surtout de fer au moyen d'une spectroscopie à absorption d'atomes (AAS). Après retrait de toutes les combinaisons phosphorées il n'a pas été possible - comme prévu - de trouver une dissolution des phosphates par l'acide carbonique (Wilkens, 1997).

L'utilisation d'hydroxyde de calcium ne sert donc pas seulement à une augmentation de la teneur en calcium mais aussi à une précipitation réussie et a un dépôt de sécurité des phosphates. Aussi faut-il s'attendre à une augmentation des phosphates après la décantation d'un dosage d'hydroxyde de calcium et la stabilisation de la teneur en calcium par addition d'eau dure (ou utilisation d'un réacteur à calcaire). Des expérimentations ont été effectuées par P. Wilkens et l'ingénieur en chimie H. Becker. L' eau d'évaporation d'un bac contenant des coraux de feu à la croissance luxuriante a été remplacée durant un mois par une solution d'hydroxyde de calcium puis durant un autre mois par l'addition d'eau du robinet affichant une dureté carbonatée de 15° dKH (dureté totale 20° dGH). La teneur totale en phosphore (part liée organiquement et part minérale; détermination par AAS) a augmenté dans l'eau de 0,05 ppm à 0,075 ppm. La teneur dans le liquide du récipient d'écume de l'écumeur est tombée de 0,110,15 à 0,07/0,08 ppm. Visiblement les phosphates organiques et minéraux attaqués par le processus métabolique des êtres vivants sont nettement mieux éliminés du circuit par addition d'hydroxyde de calcium que par l'utilisation d'autres combinaisons ou dépôts de calcium (soit les biocalcaires). Probablement que les phosphates organiques combinés (DOP = phosphates organiques dissous) sont hydrolysés de même que les phospholipides sont saponifiés à l'endroit de l'addition de la solution extrêmement alcaline d'hydroxyde de calcium (Wilkens, 1994) puis écumés ou précipités. L' augmentation réelle de la capacité d'écumage lors de l'introduction d'une solution d'hydroxyde de calcium peut aussi être constatée par les sceptiques.

Aussi faut-il s'attendre à une augmentation de la teneur en phosphates même dans le cas de réacteurs à calcaire bien réglés type Hebbinghaus. Si de plus un excès de CO2 devait pénétrer dans le bac à cause d'un mauvais réglage les coraux vont arrêter leur croissance et les algues vont régner dans le bac à partir d'une certaine teneur en phosphates (voir la Mer Rouge et la station de chargement de phosphates). Ce que les aquariophiles ressentent alors comme «catastrophe» n'est qu'une adaptation de la «communauté de vie aquarium» aux conditions environnementales modifiées.

Tous les bons aquariums bien peuplés de coraux que P. Wilkens a pu admirer sont selon lui maintenus avec du Kalkwasser. Seules des installations supérieures à 500 litres sont quelquefois pourvues d'un réacteur à calcaire (type Hebbinghaus) afin de maintenir l'équilibre calcaire-acide carbonique et une teneur en calcium aux alentours de 400 ppm (Wilkens, 1997).

« Il n'y a pas de chemin hors duquel il n'y a pas de salut et en ce qui concerne le réacteur à calcaire plus encore que pour les diffuseurs de CO2, qui sont eux aussi utilisés par certains, il faut se référer à la loi de Murphy : soit ils s'arrêtent ou tôt ou tard ils produiront des invasions d'algues de toutes sortes. D'après toutes les connaissances actuelles il semble que l'association des deux méthodes offre une solution comme les propriétaires de très gros bacs, comme Schmidt et Treuheit, ont pu me le rapporter. Sans aucun doute la constatation d'un aquariophile berlinois est également exacte : qu'est ce que je dois faire d'un réacteur à calcaire, je ne veux pas d'un bac à algues » (Wilkens, 1997)

Ainsi j'en tire la conclusion suivante :

- pour précipiter les phosphates, du Kalkwasser,

- pour augmenter la dureté carbonatée un réacteur à calcaire ou du Kalkwasser et une addition de CO2 réglée avec prudence, comme Brockmann l'a proposé en 1995.

Le « couple infernal » (selon Knop, 1997) pourrait être au moins un compromis sinon une solution d'avenir.

Rudolf Hüster - DAS AQUARIUM - Juin 1997
Traduction et adaptation : Jean-Jacques Eckert

Bibliographie
BALLING, H. W. (1994): Kalkwasser für das Riffaquarium. DATZ (8): 523-525.
BROCKMANN, D. (1995): Wer die Wahl hat, hat die Qual. Ein kritischer Vergieich gebräuchlicher Calcium-Dosierungsverfahren. Das Aquarium (317) : 27-33.
DELBEEK, J. C. & J. SPRUNG (1994/1996) : Das Riffaquarium. Ricordea Publishing, Coconut Groove, USA (Vertrieb : Birgit Schmettkamp Verlag, Bornheim).
HEBBINGHAUS, R. (1994) : Der Löbbecke Kalkreaktor. DATZ (8): 517-522.
HOLLEMANN-WIBERG (1976) : Lehrbuch der Anorganischen Chemie. Walter de Gruyter, Berlin.
JANDER-BLASIUS (1976) : Lehrbuch der analytischen und präparativen anorganishen Chemie. S. Hùzel Verlag, Stuttgart.
KNOP, D. (1997) : Betr. Phosphatanstieg, Kalkreaktoren. DATZ (2): 132.
PALUDA, K. (1996) : Betr. Riffaquarium. DATZ (11) : 742743.
THALER, E. (1997): Fisch-Polemik. DATZ (3): 164-172.
OHLEIN, E. (1969) : Römpps chemisches Wörterbuch. Franckische Verlagshandlung, Stuttgart.
WILKENS, P. (1994): Interview in: T. SIEGEL & J. SPRUNG (Hrsg.), Aquarium Frontiers, Aquarium Frontiers Inc., Miami Beach, U.S.A., Summer 1994: 19.
WILKENS, P. (1997) : Briefliche Mitteilung und Nachtrag nach Telefonat mit J. Sprung.

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