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Reproduction
de scléractiniaires en captivité :
perspectives actuelles et futures
Par
Dirk Petersen
L'élevage de scléractiniaires en captivité constitue l'un des succès
le plus impressionnant à l'actif des aquariophiles marins actuels.
La maintenance de coraux durs dans un aquarium donne la possibilité
de créer un habitat récifal presque naturel avec toute sa fascination
en diversité d'espèces et d'interaction écologique. Les aquariums
actuels montrent une magnifique diversité animale et végétale que
personne n'a osé espérer il y a vingt ans. Un aquarium représente
l'outil idéal pour étudier la vie marine, pour éduquer les gens,
simplement pour être fasciné par la beauté de la nature et dernier
point et pas le moindre à reproduire des espèces en danger.
Les scléractiniaires constituent les espèces clés dans la plupart
des divers écosystèmes marins mondiaux : le récif corallien. Les
récifs actuels sont menacés par diverses répercussions naturelles
et anthropogéniques. Les perturbations ont dramatiquement augmenté
au cours de ces dernières années et atteint un niveau record en
ce qui constitue la plus importante mortalité massive de nombreuses
espèces de coraux jamais observée. Outre le réchauffement global
et El Niîio, d'autres effets essentiellement anthropogéniques jouent
un rôle important. C'est là qu'il faut citer la sédimentation et
l'importation de nutriments (déforestation des forêts tropicales
humides, l'agriculture, la croissance des populations côtières),
la surpêche ou l'augmentation du stress dû au tourisme. Ces facteurs
affectent énormément la reproduction des coraux scléractiniaires
hermatypiques.
Les aquariophiles marins peuvent jouer un rôle important dans la
protection des récifs actuels. Quoiqu'il ait été estimé que le commerce
des coraux vivants joue un rôle mineur dans la dégradation des récifs
(Green & Frances, 1999), il est important pour l'avenir de ce hobby
de diminuer la récolte dans la nature, ainsi des méthodes de reproduction
doivent être créées.
Au cours de cette présentation, je vais esquisser les efforts actuels
et les perspectives futures de reproduction des coraux durs en captivité.
Je vais surtout débattre d'une méthode de recrutement des planulae
(larves ciliées) dans un système clos que j'ai développé pendant
mes études de biologie.
Reproduction des coraux ou l'importance du sexe
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1)
Planula d'un incubateur (Pocillopora Damicornis
Les points noirs indiquent des zooxanthelle. (40x)
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Les coraux ont développé un nombre énorme de stratégies de reproduction
(Harrison & Wallace, 1990). Différents mécanismes asexués comme
la fragmentation, les polypes-fils, la scissiparité ou les colonies
satellites mènent à de nouvelles colonies qui sont génétiquement
identiques. En ce qui concerne la reproduction sexuée, les coraux
investissent des réserves énergétiques élevées pour produire soit
des millions de spermatozoïdes et d'œufs qui sont relâchés en pleine
eau pour la fécondation externe (pon- deurs en pleine eau) soit
des milliers de planulae susceptibles de se fixer qui sont libérés
par le polype mère (incubateurs). Etant donné le taux de survie
extrêmement faible des éléments reproducteurs, les espèces pondeuses
en pleine eau peuvent produire de 240 à 2880 œufs par cm2
par an, les espèces incubatrices de 48 à 528 œufs par cm2 par
an (calculé d'après Szamt, 1986). Le taux de mortalité des coraux
juvéniles durant les premiers 3 à 12 mois de leur vie se situe entre
60 à 80% (Sorokin, 1995). Concernant ces circonstances une question
doit être posée: serait-il plus efficace de diminuer la dépense
énergétique pour la reproduction sexuée envers celle asexuée ? En
d'autres termes - pour quelle raison les coraux utilisent-ils plus
d'énergie pour le développement des planulae sexuées s'ils peuvent
produire plus de propagules asexués ayant un taux de survie beaucoup
plus élevé ?
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2)
Planula d'Acropora florida sans aucune pigmentation.
Les zooxanthelles des espèces de ponte en pleine eau sont habituellement
incorporées après la fixation. (40x) |
Figure
1. Croissance d'Acroporaflorida après fixation, mesuré en nombre
de polypes par colonie (petersen & Tollrian à l'impression). |
En général, la reproduction sexuée sert à la recombinaison des
gênes pour une diversité génétique plus importante de la population.
Pour les espèces il est essentiel de réagir aux conditions environnementales
changeantes. Il faut surtout mentionner ici la bataille évolutive
entre coraux et parasites spécifiques. Chez Acropora spp. l'importance
de la reproduction sexuée peut être spécifique aux espèces. Certaines
espèces qui se reproduisent rarement par fragmentation peuvent produire
des quantités de gamètes sensiblement plus importantes (Wallace,
1985). De plus chez de nombreux genres ayant typiquement de larges
polypes la seule possibilité de reproduction efficace est la planulation.
Considérant les facteurs mentionnés auparavant, il serait important
d'intégrer la reproduction sexuée dans les efforts de reproduction
en captivité. Sinon l'avenir des populations en captivité et même
nombre récifs coralliens réhabilités pourront ressembler à une monoculture
d'espèces limitées en nombre de faible diversité génétique.
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Espèces
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Mécanismes
de reproduction*)
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Citations
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Acropora
spp.
Agaracia sp.
Dichocoenia stockesi
Euphyllia grabescens
Favia fragnum
Fungia sp.
Porites attenuata
Porites asteroides
Porites porites
Porites sp.
Pocillopora sp.
Pocillopora damicornis
Pocillopora verrucosa
Stylophora pistillata
Tubastrea coccinea |
Incubateur
2,3,4, Pondeur en pleine eau 1,2,4
Incubateur 3,4
?
Incubateur 4
Incubateur 3,4
Incubateur 2, Pondeur en pleine eau 2.4
?
Incubateur 4
Incubateur 4
Incubateur 4, Pondeur en pleine eau 4
Incubateur2,4 , Pondeur en pleine eau 1
Incubateur 2,3,4
Incubateur 3,4 Pondeur en pleine eau 1
Incubateur 1,2,4
Incubateur 2 |
Adey
& Loveland (1998)
Adey & Loveland (1998)
Adey & Loveland (1998)
Adey & Loveland (1998)
Adey & Loveland (1998)
Stüber(1994)
Adey & Loveland (1998)
Adey & Loveland (1998)
Adey & Loveland (1998)
Brockmann (1994)
Adey & Loveland (1998)
Adey & Loveland (1998)
Tyree (1995)
Fossa & Nilsen (1998)
Adey & Loveland (1998) |
Tableau
1. Reproduction sexuée en captivité couronnée de succès de scléractinaires
(d'après Petersen 1999b).
*) Mécanismes de reproduction d'après 1 = Shlesinger et al.
(1998),2 = Sorokin (1995), 3 = Harrison & Wallace (1990),4 =
Fadlallah (1983). |
Qu'est-ce qui est actuellement faisable?
Actuellement plus de 150 espèces de coraux scléractiniaires peuvent
être reproduites par mode asexué en aquarium (Bomeman & Lowrie,
1999). De cette manière des clones de la colonie originelle peuvent
être produits en quantités relativement importantes. En général,
les fragments montrent des taux de croissance plus importants que
les colonies adultes, ainsi de nouvelles colonies peuvent être produites
en une courte période de temps. Diverses espèces de scléractiniaires
ont déjà été reproduites ex situ en mode sexué. Le tableau 1 souligne
mon hypothèse selon laquelle tous les résultats observés de reproduction
sexuée en captivité semblent appartenir aux colonies de coraux incubateurs.
Les planulae libérées par les incubateurs sont capables de se fixer
à la fois avant d'être pris par les systèmes de filtration ou d'être
détruites par les pales des pompes. Les larves des espèces pondant
en pleine eau nécessitent normalement quelques jours avant d'être
capables de se fixer. Dans un bac communautaire récifal le volume
complet d'eau traverse d'habitude le système de filtration une à
deux fois par heure, ainsi il est peu probable qu'une planula se
développant puisse survivre jusqu'à ce qu'elle atteigne sa capacité
de fixation. Aussi Nilsen (1998) a rapporté une ponte massive dans
un bac récifal qui ne présentait aucun colon juvénile. Récemment
Fan et al. (2000) ont travaillé avec succès sur la planulation et
la fixation de diverses espèces incubatrices dans des systèmes ouverts
approvisionnés en eau de mer naturelle.
J'ai démontré la possibilité d'établir et de recruter des planulae
d'espèces pondant en pleine eau (Acropora florida) dans un
aquarium en système clos à Munich, Allemagne (Petersen, 1999a, Petersen
& Tollrian à l'impression).
Etablissement et recrutement d'Acropora florida dans un
aquarium en système clos
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| Figure
2. mortalité post-fixation de colnies d'Acropora florida
sur des tuiles en céramique. |
L'aquarium en système clos a été installé 9 mois avant le début
de l'expérimentation. Un bac principal et plusieurs bacs de traitement
(volume d'eau global : 1200 litres d'eau de mer synthétique) ont
été reliés les uns aux autres. La filtration est gérée par l' écumage
(débit de passage: 400 l/h) et des pierres vivantes provenant d'Indonésie.
Quelques mois auparavant quelques scléractiniaires ont été introduits
(y compris plusieurs fragments d' Acroporidés).
Les paramètres chimiques de l'eau indiquent une excellente qualité
d'eau (salinité: 38%0, Ca2+: 11 Mmol/l ; CO32-
8-10 dKH (dureté carbonatée en ° allemand) ; PH: 8,1-8,27 ;
NO3 : <0.08 Mmol/l ; PO43-: 0,03
Mmol/l ).
Des plaques de colonisation (tuiles céramiques) ont été placées
dans le système quelques semaines auparavant afin de générer des
surfaces biologiquement conditionnées. Les larves d'Acropora
florida ont été produites à Okinawa, Japon par fécondation externe
et ont été envoyées à Munich par courrier aérien.
Les larves se sont établies sur les tuiles en céramique placées
dans des boîtes de Petri. Les polypes juvéniles ont été placés dans
des bacs de maintenance spéciaux pour le développement ultérieur.
La survie et la croissance ont été régulièrement mesurées. Étonnamment
les larves ont survécu à ce voyage mondial du Japon vers l'Allemagne
avec un taux proche de 100 %. Bien que le taux de fixation est dépendant
d'une algue coralline spécifique du genre Hydrolithon (Morse
et al., 1996) 30,5 % des larves se sont fixés en dépit des conditions
liées à la captivité. Au contraire des larves des incubateurs qui
tiennent leurs zooxanthelles des polypes mères ceux des espèces
à ponte en pleine eau comme A. florida doivent incorporer
ces algues indispensables après la fixation. Il est remarquable
que les polypes juvéniles s'arrangent pour obtenir leurs symbiotes,
bien qu'il puisse y avoir une corrélation spécifique aux espèces
entre les algues et leur hôte (Rowan & Powers, 1991). De cette manière
le recrutement de coraux peut être limité par le manque d'algues
appropriées.Sur un total de 420 larves, 99 se sont établies avec
succès. Au total, 27 colonies ont survécu jusqu'à la fin de l'expérimentation
après 10 mois. Il est difficile d'estimer le taux de survie total
des œufs incluant la période de fixation et celle de recrutement.
On peut suppo- ser que moins d'1/1000 du nombre total d' œufs sera
fécondé, se métamorphosera et croîtra en colonie métastable. Dans
cette étude 16,5 % ont atteint l'âge de 10 mois (concernant un taux
de fécondation de 90 %, Hatta pers cornrn.) Ce résultat a été obtenu
sans aucune optimisation.
Perspectives futures
D'autres études vont montrer la praticité et l'efficacité réelle
de cette méthode. A mon avis trois facteurs sont essentiels pour
la reproduction sexuée en captivité des scléractiniaires.
1. L'émission contrôlée des gamètes et des planulae
2. Optimisation des conditions d'établissement
3. Un taux de survie élevé des colonies juvéniles
Des systèmes d'aquariums spéciaux peuvent aider à renforcer les
succès de reproduction. En général, les aquariums publics et les
institutions scientifiques ont la possibilité d'installer des aquariums
dans lesquels les coraux peuvent être reproduits dans de bonnes
conditions. Dans un futur proche, nous serons certainement capables
de déterminer les événements de reproduction même dans des systèmes
clos indépendants des conditions naturelles. Dans notre nouvelle
zone de recherche nous projetons d'installer des bacs de reproduction
pour plusieurs espèces de scléractiniaires. La combinaison des méthodes
de reproduction sexuée et asexuée nous aidera à obtenir des taux
de croissance important, des quantités importantes de nouvelles
colonies et de diversité génétique.
Ceci ouvrira la porte à la diminution des récoltes dans la nature
et même plus à créer des programmes de reproduction coordonnés en
faveur des espèces menacées.
Dirk PETERSEN
Meeres Zentrum Fehrmam
Gertrudenthaler StraBe 12
D-23769 BURG auf FEHRMARN
Tél: 00494371-869763
E-mail: meereszentrum@t-online.de
Internet: www.meereszentrurn-fehrmam.de
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