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Les Acanthuridés
La maintenance des poissons-chirurgiens
en aquarium récifal
Extrait
des "Lettres récifales" nr 9 - mai 1998
Il
nous est possible désormais d'affirmer que les poissons-chirurgiens
ont remplacé, au cours des années 90, les poissons-papillons et
les poissons-anges, préférés dans les années 70. En fin de compte
cela n'est pas dû à l'interdiction légale, insensée et absurde (NDLR:
en Allemagne).
De manière assez singulière, presque chaque débutant se berce de
l'illusion de maintenir dans son bac récifal l'espèce Acanthurus
leucosternon. Plus d'une population originelle est passée de
vie à trépas, suite à ces essais. Malgré tout, les espèces du genre
Acanthurus, délicates mais si colorées, font toujours l'objet
d'importations. Les poissons-chirurgiens m'ont fasciné dès le départ
et il faut avouer que toute une série d'espèces n'ont survécu dans
mon aquarium que quelques jours ou semaines. Dès lors j'ai commencé
à m'intéresser de près et de façon intensive aux exigences de ces
poissons.

Acanthurus pyroferus
1.
L'AQUARIUM ADÉQUAT
Les poissons-chirurgiens sont des nageurs d'endurance
C'est la raison pour laquelle il faut les maintenir dans de grands
aquariums. Le décor de la plupart des aquariums reconstitue des
anses ou des tombants récifaux. La seule possibilité de déplacement
des poisson se limite de la droite vers la gauche et vice versa.
Ainsi ils se voient en permanence et les individus plus faibles
sont harcelés par les dominants. Des piliers récifaux sont plus
appropriés, car ils peuvent tourner autour. Il en est de même de
vastes structures comprenant des grottes dans lesquelles les poissons
peuvent se retirer en cas de besoin. Ainsi les poissons ont la possibilité
de s'éviter.
Dans le récif corallien les espèces Acanthurus lineatus et
Acanthurus sohal se déplacent en permanence, afin de surveiller
leur territoire. Dans leur territoire naturel les deux espèces ne
supportent pas la présence d'autres poissons algivores. C'est la
raison pour laquelle, ils patrouillent en permanence à travers leur
territoire afin de chasser d'autres herbivores. Dans de petits aquariums
ces poissons sont souvent nerveux, créant beaucoup d'agitation dans
la communauté piscicole.
Dans la nature les poissons-chirurgiens des genres Naso et
Prionurus ainsi que quelques espèces du genre Acanthurus
(par exemple A. xanthopterus et A. nigricans) nagent
toujours en pleine eau le long de l'arête récifale. Seul l'aquariophile
doit décider en son âme et conscience s'il veut confiner ces poissons
dans l'espace réduit de son aquarium.
Les poissons-chirugiens nécessitent des territoires
En ce qui concerne Acanthurus lineatus on a pu mesurer des
territoires de 6 à 8 mètres de diamètre, Acanthurus leucosternon
de 17 mètres, Acanthurus nigrofuscus de 10 à 20 mètres et
Zebrasoma scopas de 27 à 47 mètres. Même parmi les aquariums
publics, des aquariums aussi grands constituent l'exception. Quant
à nous autres aquariophiles nous voulons encore, si possible, maintenir
ensemble plusieurs individus, ce qui en général ne fonctionne pas.
| Tableau
1: en 1984 Jones a publié un aperçu, modifié et complété,
reprenant ses observations, concernant l'agressivité des espèces
individuelles de poissons-chirurgiens lors de leur association
qui est publié ci-contre, d'après les expériences répertoriées. |
Acanthurus
achilles
Acanthurus leucosternon
Acanthurus japonicus
Acanthurus lineatus
Paracanthurus hepatus (adulte)
Acanthurus nigricans
Acanthurus coeruleus
Acanthurus sohal
Acanthurus xanthopterus
Zébrasoma veliferum /desjardinii
Zebrasonia gemmatum
Zebrasoma flavescens
Zebrasoma scopas
Zebrasoma xanthopterus
Acanthurus olivaceus
Acanthurus triostegus
Acanthurus nigrofuscus
Acanthurus pyroferus
Ctenochaetus sp.
Ctenochaetus strigosus
Paracanthurus hepatus (juvénile)
Naso lituratus
Naso unicornis |
4*
4*
4
4 (2*)
3
3
3*
3
3
3*
3
3*
3 (2*)
3 (0*)
2 (1*)
2*
2
1
1*
1*
1
0*
0*
|
| Les
valeurs de 0 à 4 indiquent l'augmentation de l'agres- g sivité.
Les valeurs avec * sont reprises à partir de Jones (1984). |
En
comparant le diamètre du territoire avec l'agressivité de diverses
espèces (voir tableau 2) il devient évident que les espèces possédant
les territoires les plus réduits sont représentés par les poissons-chirurgiens
les plus agressifs en ce qui concerne leur socialisation. La cause
est liée à l'offre alimentaire réduite dans un territoire plus petit,
lequel doit être défendu avec plus d'intensité.
Les poissons-chirurgiens exigent une qualité d'eau parfaite
Dans le cadre de l'aquariophilie récifale moderne, on ne devrait
plus aborder le sujet concernant les paramètres classiques de l'eau
(densité, température, valeur du pH, nitrates, etc.). En ce qui
concerne les poissons-chirurgiens, il semble important de stabiliser
ces valeurs durant le déroulement de la journée. A mon avis le problème
de la maladie des points blancs est à mettre en relation avec les
variations du pH. Dans la littérature ancienne il est rapporté que
l'espèce Acanthurus leucosternon est aisée à maintenir. Cependant
à cette époque la maintenance des invertébrés nécessitant un apport
régulier d'hydroxyde de calcium constituait l'exception. De plus
en cas de nécessité il existait les préparations à base de cuivre,
qui étaient utilisées dans les bacs à population exclusivement piscicole,
mais qui nuisaient à tous les invertébrés. Lors de l'introduction
de poissons-chirurgiens on peut s'attendre à l'apparition des points.
Le plus souvent ils disparaissent sans aucune intervention dans
un environnement aquatique stable, lorsque le poisson se trouve
en conditions correctes et qu'il n'y a pas de situation de stress
(par exemple due à la présence d'autres poissons-chirurgiens ou
perciformes). Dans ce cas, le recours systématique aux médicaments
apporte aux poissons plus de stress que de secours.
Un poisson-chirurgien, récemment importé, doit d'abord passer quelques
jours chez le commerçant afin de lui éviter de supporter sur une
période réduite plusieurs changements de milieu. Il est rentable
de dépenser quelques francs supplémentaires pour un poisson-chirurgien
acclimaté. Un autre problème auquel les poissons-chirurgiens, ainsi
que les autres poissons, se trouvent confrontés est constitué par
la masse globale de germes présents dans l'eau sous forme de dinoflagellés,
de bactéries, de cyanobactéries, de virus, de champignons et d'algues.
Des comptages ont permis de mettre en évidence une concentration
de germes dix fois plus élevée dans les aquariums récifaux que dans
le milieu naturel. En ce qui concerne l'eau douce cette valeur est
encore idéale, dans la mer les germes présents en pleine eau constituent
l'exception (hors les embouchures, etc.). Le transfert de mes animaux
dans un bac plus grand a attiré mon attention sur ce problème. Tandis
que les poissons «anciens» se trouvaient visiblement à l'aise, les
nouveaux - acclimatés depuis plusieurs semaines chez le commerçant
- ont régulièrement passé l'arme à gauche au bout d'un, deux ou
trois mois bien qu'ils s'alimentent régulièrement jusqu'à leur fin.
Joachim Frische a fait les mêmes expériences lors de la période
de rodage de son aquarium en L. Son conseil d'installer un tube
germicide a permis de réduire mes pertes. Depuis, un tube germicide
de 10 watts fonctionne en permanence sur mon bac.
Les poissons-chirurgiens nécessitent un sol à granulométrie fine
Tous les poissons-chirurgiens sont algivores. Même les espèces planctonophages,
comme Acanthurus gahhm provenant de la Mer Rouge, absorbent
lors de leur alimentation (par exemple des méduses) des algues sous
la forme de zooxanthelles. La plupart des algues possèdent des membranes
cellulaires épaisses qui doivent être brisées. Les poissons-chirurgiens
qui se nourrissent de ces algues absorbent régulièrement du sable
de corail, afin de broyer la nourriture dans leur estomac. Des espèces
comme Acanthurus pyroferus, A. olivaceus, A. tennenti,
A. dussumieri et A. xanthopterus possèdent un estomac
à tissus épais et se nourrissent toujours dans la nature sur des
zones sablonneuses ou mixtes, mais jamais sur des sols durs. Tous
les poissons-chirurgiens du genre Ctenochaetus font partie
de ce groupe, bien qu'ils se nourrissent surtout de détritus et
de diatomées. Mais les diatomées sont des algues à carapace qui
doit être broyée. Même lorsque ces espèces absorbent des feuilles
de salades dans l'aquarium, ceci ne signifie pas qu'ils sont capables
de les digérer. Lorsqu'il n'y a pas de sable à granulométrie fine
à leur disposition, ils meurent malgré tout de faim. Dans certains
cas dont j'ai eu connaissance, les poissons-chirurgiens ont même
essayé en cas de nécessité d'absorber des cailloux plus gros et
sont certainement décédés suite à une obstruction intestinale. L'aquariophile
qui ne veut pas renoncer à un sol de granulométrie plus épaisse,
doit au moins prévoir un coin rempli avec du sable de corail ou
de foraminifères.
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Tableau
2: spectre d'alimentation naturelle des poissons-chirurgiens
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| Nom
scientifique |
Aliments |
Nom
scientifique |
Aliments |
ACANTHURUS
Acanthurus achilles
Acanthrus auranticavus
Acanthurus bahianus
Acanthurus bariene
Acanthurus blochii
Acanthurus chirurgus
Acanthurus coeruleus
Acanthurus chronixis
Acanthurus dussumieri
Acanthurus fowleri
Acanthurus gahhm
Acanthurus grammoptilus
Acanthurus guttatus
Acanthurus japonicus
Acanthurus leucocheilus
Acanthurus Ieucopareius
Acanthurus leucosternon
Acanthurus lineatus
Acanthurus maculiceps
Acanthurus mata
Acanthurus monroviae
Acanthurus nigricans
Acanthurus nigricauda
Acanthurus nigrofuscus
Acanthurus nigroris
Acanthurus nubilus
Acanthurus olivaceus
Acanthurus pyroferus
Acanthurus sohal
Acanthurus tennenti
Acanthurus thompsoni
Acanthurus triostegus
Acanthurus tristis
Acanthurus xanthopterus |
Algues filamenteuses, jeunes algues à frondes
Algues croissant sur divers substrats
Algues filamenteuses, algues calcaires (Halimeda)
?
Tapis d'algues croissant sur du sable et des éboulis
Algues calcaires (Halimeda), algues filamenteuses
Algues tendres, zostères
?
Film superficiel du sable et des éboulis
?
Plancton, par exemple des méduses
Algues de substrats divers
Algues filamenteuses, algues calcaires
Algues filamenteuses, diatomées
Algues
Algues filamenteuses
Algues filamenteuses, algues charnues
Algues filamenteuses sur substrat dur
?
Zooplancton,Chaetognathes, siphonophores, crevettes, copépodes,
frai, rarement des algues
?
Algues filamenteuses sur substrat dur
Algues, zooplancton
Algues filamenteuses et algues à frondes sur substrat dur, algues
rouges et algues brunes en été, algues vertes en hiver
Algues filamenteuses, film d'algues sur sable ou uniquement
sur substrat dur (selon diverses sources)
Plancton ?
Détritus, diatomées, algues filamenteuses sur sable et plus
rarement sur substrat rocheux
Détritus, diatomées, algues bleues et algues fines sur substrat
mixte
Algues sur le platier
Tapis d'algues et de détritus sur substrat dur et sur sable
Zooplancton, oeufs de poissons, crustacés, méduses
Algues filamenteuses sur substrat dur
Détritus, diatomées, algues bleues et algues minces sur substrat
mixte
Film de diatomées et de détritus sur substrat sablonneux, algues
filamenteuses, polypes de gorgones, petits poissons
|
CTENOCHAETUS
Ctenochaetus binotatus
Ctenochaetus hawaiiensis
Ctenochaetus marginoeus
Ctenochaelus striatus
Ctenochaetus strigosus
Ctenochaetus tominiensis
NASO
Naso annulatus
Naso brachycentron
Naso brevirostris
Naso caesius
Naso fangeni
Naso heiracanihus
Naso lituratus
Naso lopez
Naso minor
Naso thorpei
Naso thynnoides
Naso tuberosus
Naso unicornis
Naso vlamingii
PARACANTHURUS
Paracanthurus hepatus
PRIONURUS
Prionurus laticlavius
Prionurus maculatus
Prionurus microlepidotus
Prionurus punctatus
Prionurus scalpus
ZEBRASOMA
Zebrasoma desjardinii
Zebrasoma flavescens
Zebrasoma gemmatum
Zebrasoma rostratum
Zebrasoma scopas
Zebrasoma veliferum
Zebrasoma xanthurum |
Détritus et algues unicellulaires sur toutes sortes de surfaces,
algues filamenteuses, algues bleues (Gambierdiscus toxicus)
Films minces d'algues, détritus
Films minces d'algues
Détritus, films de diatomées et d'algues bleues sur toutes surfaces
Détritus, films minces d'algues
Film mince d'algues
Zooplancton
Zooplancton
Juvéniles:fucus et algues; adultes: zooplancton
?
?
Zooplancton, larves de crustacés, Chaetognathes (vers flèches),
ascidies pélagiques, occasionnellement algues filamenteuses
rouges
Algues brunes (Sargassum, Dictyota,..)
?
?
?
Algues, zooplancton, animaux benthiques
Algues à frondes
Algues brunes (Sargassum,..), plancton
Juvéniles: algues à frondes ; adultes: zooplancton
Zooplancton, algues filamenteuses
Plancton de pleine eau
Omnivore
Zooplancton
Tapis d'algues
Algues calcaires (Halimeda)
Algues filamenteuses
Algues filamenteuses sur substrat dur
Algues filamenteuses
Algues filamenteuses
Algues filamenteuses, algues rouges à frondes sur substrat dur
Algues à frondes et algues filamenteuses
Algues filamenteuses
N.D.L.R.: frondes = feuilles. Les algues filamenteuses citées
dans le tableau ne sont pas semblables à celles présentes dans
nos bacs ; veuillez vous référer au texte. |
2.
L'ALIMENTATION APPROPRIÉE
Les poissons-chirurgiens font partie des spécialistes alimentaires
En examinant le spectre d'alimentation naturel des poissons-chirurgiens
(voir tableau 2) on remarque surtout la palette très diversifiée
d'aliments à l'intérieur de la famille. Les espèces délicates comme
Acanthurus achilles, Acanthurus japonicus, Acanthurus leucosternon,
Acanthurus lineatus, Acanthurus triostegus, mais également des
espèces moins sensibles telles les espèces Zebrasoma préfèrent
les Aufwuchs d'algues filamenteuses. Sous le terme d'Aufwuchs d'algues
filamenteuses il ne s'agit pas des espèces d'algues filamenteuses
non souhaitées, mais le fin duvet d'algues poussant sur les pierres
récifales. Acanthurus bahianus, A. chirurgus et A. guttatus
mangent de plus une grande quantité d'algues calcaires (par exemple
Halimeda), les éléments constitutifs calcaires se chargeant
de la fonction de broyage. Prionurus scalpus provenant du
Pacifique nord ouest ne se nourrit exclusivement que d'algues calcaires.
Toutes ces espèces ne sont pas à l'aise dans des bacs récifaux,
étant donné que chaque endroit libre doit être recouvert par les
algues encroûtantes rouges.

Acanthurus lineatus
Acanthurus dussumieri, A. olivaceus, A. pyroferus, A. tennenti,
A. tristis et A. xanthopterus possèdent la palette la
plus large d'aliments. En plus des détritus et des diatomées, ils
mangent également diverses algues et particules planctoniques. Dans
l'aquarium il est possible d'observer ces espèces nager vers les
endroits « sales » et y soulever les détritus qui s'y sont déposés,
afin de les manger. Il faut également signaler que A. pyroferus
et A. tristis se nourrissent aussi d'excréments. Grâce à
leur large palette d'aliments ces espèces font partie des espèces
d'Acanthurus les plus faciles à maintenir. Des espèces comme
Acanthurus gahhm, A. mata et A. thompsoni ne doivent
pas poser de problèmes car elles sont planctonophages. Ces espèces
sont peu intéressantes pour l'aquariophilie car de coloration sombre
et monotone ainsi que de taille adulte relativement importante.
Paracanthurus hepatus, poisson-chirugien planctonophage fait
partie des espèces aimées par les aquariophiles. A l'âge adulte,
il lui arrive parfois de mordre un corail, et il faut réfléchir
avant si on peut supporter leurs inconvénients dans l'aquarium récifal.
Il a été observé une fois, que quatre petits Paracanthurus hepatus
ont endommagé un Tridacna. Les espèces du genre
Ctenochaetus préfèrent de minces tapis d'algues, des détritus,
des diatomées et des algues bleues à cause de leur dentition particulière.
Par chance pour l'aquariophile, ces espèces servent comme nettoyeur
biologique des vitres et des pierres.
Les habitudes alimentaires peuvent changer
Comme dernier groupe il faut signaler les genres Naso et
Prionurus. Tandis que les juvéniles mangent surtout les algues
ayant des frondes (= feuilles), certaines espèces comme Naso
lituratus et N. unicornis préfèrent les algues brunes,
les exemplaires adultes nécessitent plus d'énergie et absorbent
pour cette raison de grandes quantités de plancton. La formation
de la corne dépend aussi de cette modification alimentaire. La complexité
des ressources alimentaires chez les poissons-chirurgiens a particulièrement
été mise en évidence au cours de ces dernières années chez Acanthurus
nigrofuscus, originaire de la Mer Rouge. Durant les mois hivernaux
A. nigrofuscus accumule des réserves de graisses et améliore
ainsi sa condition, bien que durant les autres périodes de l'année
il peut manger beaucoup plus longtemps par jour. Les réserves sont
emmagasinées autour des organes sexuels situés au dessus de la nageoire
anale, sous la forme de lipides dans des tissus adipeux spécifiques
- les mésentères. Il a été constaté qu'en hiver, l'espèce A.
nigrofuscus mange beaucoup plus d'algues vertes pulpeuses (Enteromorpha,
Cladophora, Ulva = algue vertes) qu'en été ( Polysiphonia,
Ceramium strictum, Centroceros clavu latum, Gelidium, Lyngbia
= algues brunes et algues rouges), étant donné qu'à cette époque
la phase de croissance de ces algues commence et que sur les algues
il y a beaucoup moins de détritus et de diatomées. Comme A. nigrofuscus
utilise à nouveau les réserves constituées en hiver lors de la formation
des gonades, cette récolte de nourriture est responsable d'une période
de reproduction couronnée de succès. D'autres espèces (Ctenochaetus
striatus) reconstituent immédiatement après la ponte les réserves
utilisées lors de la formation des gonades, indépendamment de la
période de l'année, puisque leur nourriture préférée est à leur
disposition. Ces espèces pondent de manière espacée durant toute
l'année.

Acanthurus olivaceus
Les
poissons-chirurgiens vivent en symbiose avec des micro-organismes
spécifiques de la digestion
Dans la nature le transit intestinal d'une alimentation à base d'algues
nécessite deux à trois heures chez les poissons-chirurgiens adultes.
Thaler (1997) a mesuré une durée de 17 à 22 minutes chez des Zebrasoma
nourris avec des Cyclops. La digestion bénéficie de l'aide fournie
par des bactéries et des dinoflagellés, qui existent également chez
d'autres poissons végétariens. De plus on a découvert des micro-organismes
symbiotiques spécifiques appelés protistes (ceux-ci sont plus longs
que les autres micro-organismes présents dans l'estomac des poissons-chirurgiens),
pouvant atteindre une densité de 20000 à 100000 individus par millilitre
de volume stomacal. Des protistes en forme de bâtonnets ont été
répertoriés lors d'analyses stomacales chez 26 espèces de poissons-chirurgiens
originaires de la Grande Barrière, mais uniquement chez les espèces
algivores et mangeuses de détritus. Chez les poissons-chirurgiens
algivores (A. mata et A. thompsoni) elles ne sont
pas détectables. Que ces protistes constituent des organismes spécifiques
de la digestion chez les Acanthuridés algivores a été prouvé en
effectuant des analyses comparatives chez des représentants algivores
des familles de poissons telles que les Pomacentridés, les Scaridés,
les Zanclidés et les Blenniidés, lesquels broutent le même substrat
qu'eux. Pas même les Siganidés, proches parents, ne possèdent ces
protistes comme partenaire symbiotique dans leurs intestins. Ces
groupes de micro-organismes sont aussi absents chez les poissons-chirurgiens
algivores comme Prionurus punctatus, Acanthurus xanthopterus,
A. nigricans et Naso hexacanthus. Les analyses ont mis
en évidence des différences parmi les types de protistes (dix espèces
de protistes ont été décrites) chez les poissons-chirurgiens en
fonction de la stratégie alimentaire. Les formes allongées de protistes
n'ont été trouvées que chez les espèces de poissons-chirurgiens
qui s'alimentent sur des substrats récifaux durs, tandis que les
formes de protistes moins longues ont été trouvées chez les poissons-chirurgiens
qui s'alimentent sur des substrats sablonneux ou sur de la vase.
Quelques protistes ont été décrits scientifiquement (par exemple
Epulopisicium fishelsoni présent dans l'estomac de Acanthurus
nigrofuscus), mais la taxonomie de ces micro-organismes nécessite
encore des éclaircissements. En tenant compte des temps de digestion
courts, du temps de transport long durant l'importation il est plus
de comprendre pourquoi les poissons-chirurgiens maigrissent déjà
dans les aquariums des commerçants et ne peuvent plus, dans la majorité
des cas, être sauvés. S'il n'y a pas de nourriture dans l'estomac,
les communautés de micro-organismes disparaissent très rapidement.
Ce processus est encore accéléré par la mise en oeuvre de traitements
à base d'antibiotiques. Il se produit partiellemnt une reproduction
massive de vers parasitaires, étant donné qu'en plus ils ont été
extrêmement stressés lors du transport. Transféré dans un nouvel
aquarium un poisson-chirurgien de ce type ne peut pas profiter de
l'offre alimentaire et meurt de faim, comme lors de l'absence de
sable, bien qu'il s'alimente. Dans une autre situation, les parasites
se reproduisent si bien qu'ils peuvent affaiblir le poisson de l'intérieur,
et que finalement celui-ci meurt. Heureusement que les poissons-chirurgiens
mangent les excréments des autres poissons. S'il se trouve par hasard
un autre poisson-chirurgien en bonne santé dans le bac, le nouvel
arrivant pourra reconstituer sa flore intestinale. Toutefois, il
convient durant la phase d'acclimatation de distribuer de la nourriture
sous forme de paillettes ou également des algues du genre Nori (disponibles
dans les maisons de régime).
3. LA FORMATION D'UN GROUPE SOCIAL HOMOGÈNE
Poissons-chirurgiens et poissons-chirurgiens
Comme chez Acanthurus lineatus, A. leucosternon et Zebrasoma
scopas de nombreux poissons-chirurgiens possèdent des territoires
fixes, dans lesquels ils revendiquent des zones de retrait et des
places privilégiées où ils s'alimentent. Ainsi dans un bac normal,
d'un mètre cinquante de longueur, il ne faut maintenir que des poissons-chirurgiens
en exemplaire unique. Dans de tels aquariums de petite taille, plusieurs
poissons-chirurgiens seraient soumis à un stress permanent, que
seuls les plus forts vont surmonter, mais le plus souvent à cause
d'effets secondaires (par exemple, la maladie des points) tous les
poissons-chirurgiens en deviennent la proie. Dans le récif corallien
les poissons-chirurgiens sont soumis à une hiérarchie très rigoureuse.
Au sommet se trouvent les espèces dominantes comme A. Sohal,
A. japonicus, A. lineatus, toutes les espèces de Zebrasoma
sauf Z. flavescens et les grands Nasons du genre Naso.
Au bas de l'échelle nous trouvons les espèces de poissons-chirurgiens
qui se réunissent dans la nature en bancs tels que Acanthurus
nigrofuscus, A. triostegus et A. leucopareius. Il convient
de respecter cet ordre hiérarchique lors de la mise en communauté
de poissonschirurgiens. Soit tous les poissons-chirurgiens sont
introduits en même temps, soit les espèces dominantes sont ajoutées
en dernier (Voir tableau 1). Lors de l'introduction de poissons-chirurgiens,
il faut associer autant d'individus que possible, afin de répartir
l'agressivité au sein du groupe. En présence de deux exemplaires,
l'un des poissons deviendra dominant et s'alimentera correctement,
tandis que l'autre maigrira de plus en plus, puisque le maître du
territoire occupera en permanence le deuxième poisson. Dans la nature,
la cohabitation des espèces Acanthurus lineatus et Ctenochaetus
striatus est particulière. L'espèce Acanthurus lineatus
ne supporte pas de poissons algivores dans son territoire. Il n'a
pu être établi pour quelle raison l'espèce Ctenochaetus striatus
ne fait pas l'objet d'attaques dans ces territoires. Les deux espèces
préfèrent les mêmes biotopes et il a été observé que C. striatus
est en meilleure forme et croît mieux à l'intérieur des territoires
de A. lineatus que dans un territoire exclusif. Dans cette
cohabitation, C. striatus profite de la défense du territoire
par A. lineatus. Quel avantage tire A. lineatus de
son acception par C. striatus ? On suppose que C. striatus,
étant donné son mode d'alimentation complètement différent, libère
les algues utilisées comme nourriture par A. lineatus des
substances non mangeables (détritus, bactéries). Je n'ai pu essayer
si cette cohabitation est possible en aquarium.
Plusieurs poissons-chirurgiens par espèce
Grâce à l'augmentation de la taille des aquariums au cours de ces
dernières années, des résultats notables ont pu être obtenus. Cela
fait belle lurette que nous savons que Zebrasoma flavescens
peut être maintenu en couple ou en groupe dans des aquariums de
taille adaptée. Depuis, des résultats analogues ont été obtenus
avec A. pyroferus, A. tennenti, Ctenochaetus hawaiiensis, Paracanthurus
hepatus , même avec A. leucosternon et A. sohal.
Ces aquariums ont toujours été conçus de manière à ce que les poissons
puissent s'éviter. Etant donné leur position inférieure dans la
hiérarchie des poissons-chirurgiens, il doit être possible de maintenir
en groupe les espèces Acanthurus nigrofuseus, Acanthurus
chirurgus, A. leucopareius et A. guttatus. Toutefois
dans ces aquariums, il faut la présence d'un «poisson ennemi» afin
de maintenir la cohésion du banc et d'éviter l'occupation de territoires
exclusifs. Dans un aquarium récifal, on a pu observer la cohabitation
de 3 Acanthurus triostegus avec un Acanthurus leucosternon.
Ce dernier joue le rôle de chef, cependant son agressivité se répartit
sur tous les autres poissons-chirurgiens, la conception de l'aquarium
fonctionnant comme séparateur d'espace, les poissons nageant de
l'autre côté lors d'une poursuite et n'étant plus harcelés.
Poissons-chirurgiens et autres poissons
Comme les poissons-chirurgiens revendiquent des territoires fixes,
il se produit toujours des rivalités. En présence de l'espèce Acanthurus
lineatus il peut se produire que même les algivores tels que
les poissons-perroquets et les poissons-lapins ne sont pas tolérés.
D'un autre côté certains algivores ne supportent pas de poissons-chirurgiens
dans leur territoire. Dans mon aquarium un mâle de l'espèce Istiblenius
lineatus mord régulièrement un Acanthurus pyroferus dans
le dos et les flancs tandis qu'il accepte le Paracanthurus hepatus
comme maître des lieux. L'espèce Acanthurus pyroferus consomme
le même Aufwuchs que la Blennie et dans le récif il faut défendre
sa nourriture.

Acanthurus achilles
4.
LE SOIGNEUR
C'est le soigneur qui constitue la position-clé dans la maintenance
des poissons-chirurgiens. Celui-ci doit observer régulièrement ses
poissons. En situation de stress (agressions par d'autres poissons,
changement du régime alimentaire, fluctuations des paramètres) les
poissons-chirurgiens maigrissent très rapidement et ne peuvent être
récupérés que très lentement. En fait je ne comprends pas, pourquoi
dans les grands aquariums publics apparaissent régulièrement des
symptômes de carences comme des taches claires sur la ligne latérale
située derrière l'oeil, plus tard des détachements de peau, des
atrophies de nageoires et des décolorations de peau chez les poissons-chirurgiens.
S. Collins (1995, Curateur du Zoo-Aquarium d'Indianapolis) met cette
maladie sur le compte d'un manque de vitamine A (dans d'autres publications
plus anciennes on suppose un manque de vitamines D ou E). La vitamine
A intervient dans la fonction des cellules épithéliales des pores,
membranes et glandes - donc aussi des pores des organes des lignes
latérales. La distribution de salade et d'épinard ne suffit pas
à compenser ce manque. Collins préconise des carottes et du brocoli
râpés, compte tenu de leur teneur plus élevée en vitamine A et de
meilleures valeurs nutritives. Les espèces Zebrasoma scopas,
Z. xanthurum, Z. veliferum, Paracanthurus hepatus
et Acanthurus olivaceus y semblent particulièrement sensibles.
On a également observé des modifications de la couleur de la peau
chez Acanthurus olivaceus, A. sohal et Ctenochaetus striatus.
L'une des causes provoquant ces carences semble liée, en ce qui
concerne les aquariums publics, à la filtration sur charbon. Chez
un aquariophile ami, tous les poissons-chirurgiens (A. japonicus,
A. leucosternon, P. hepatus, Z. flavescens, C. strigosus) sont
morts, après une maintenance commune de cinq ans, lors du renouvellement
du charbon. Certains types de charbon sont réputés pour l'élimination
de vitamines. Chez les poissons sont apparus les signes de carence,
les trous et plus tard les points blancs. Au stade avancé, il est
probable que des infections bactériennes viennent renforcer le syndrome.
Il faut encore mentionner la maladie des points noirs, aux conséquences
mortelles à longue échéance, qui affecte surtout l'espèce Zebrasoma
flavescens. Cette maladie est déclenchée par des vers (plathelminthes
ou vers plats), également répertoriée chez d'autres espèces de poissons
(poissons-chirurgiens, poissons-anges et poissons-anges nains, Labridés
et poissons-perroquets) mais chez lesquels la maladie ne se voit
pas à cause de leur coloration et qui en fonction des symptômes
d'affaiblissement est souvent mal diagnostiquée. Dans certaines
circonstances l'attaque par les Turbellaria se traduit par des détachements
de chair, tout comme lors d'une carence en vitamine A. Le cycle
de reproduction de ces Turbellaria est similaire à celui de l'Oodinium,
sauf que le cycle est plus long, atteignant quinze jours. Les vers
plats ne réagissent pas aux traitements classiques utilisés dans
les attaques d'Oodinium. Ils résistent même au cuivre. Les travaux
de Blasiola et Kent donnent trois possibilités de thérapie, lesquelles
ne peuvent pas être appliquées en aquariophilie marine récifale:
bains de formaldéhyde (ne pas utiliser en présence d'invertébrés),
Dylox (= Masoten: cet antibiotique tue de petits organismes filtreurs
et se dégrade rapidement, nouveau dosage après trois jours, quelques
invertébrés comme les crustacés y sont sensibles) et une diminution
de la densité (< 1.014) de l'eau du bac. Dans deux cas, les Turbellaria
ont été vaincus grâce à l'introduction d'un poisson-nettoyeur (Labroides
dimidiatus).
L'un ou l'autre aquariophile marin dispose d'autres expériences.
C'est avec plaisir que nous acceptons leurs récits. Il me semble
cependant important que l'aquariophile observe régulièrement ses
animaux et transmette ses expériences. A quoi sert toute cette technique,
si l'aquariophile ne sait pas déterminer le moment où ses animaux
se sentent à l'aise. Lorsque les besoins de ses hôtes ne sont pas
réalisés, un aquariophile marin pourra modifier la technique comme
il voudra, il n'aura pas de succès à longue échéance.
par
André Luty, Irbersdorf
Adaptation: J.-J. Eckert
avec l'aimable autorisation de l'auteur
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