L'aquariophilie marine à la portée de tous






 

 


Les étoiles de mer
Bijoux des mers - mais aussi bijoux pour l'aquarium récifal ?

Texte : André Luty

L'aquariophilie marine high-tech porte en ses gènes le fait qu'en raison de "l'Acroporamania" des zones originelles soient à peine tolérées dans les bacs marins. Chaque algue filamenteuse est immédiatement bannie ou exterminée. De nombreux aquariophiles marins considèrent toujours encore leur aquarium dominé par les algues calcaires rouges comme but de leur désir. Que les brouteurs d'Aufwuchs n'ont qu'une chance minime de survie dans les aquariums stériles est aisément compréhensible. Un aquariophile marin n'achète ces animaux qu'une seule fois, pour les éviter ensuite après une perte rapide en les cataloguant comme impossible à maintenir. D'autres espèces s'attaquent bien sûr aux invertébrés et sont également exclues de l'aquarium récifal. Malheureusement ces animaux disparaissent de plus en plus du commerce, puisque plus personne ne les achète. Comme exemple de cette situation on peut citer les étoiles de mer. C'est presque en vain que l'on cherche des espèces précises dans les commerces spécialisés.
Actuellement la classe des étoiles de mer (Asteroidea) regroupe dans le monde entier environ entre 1500 et 2000 espèces décrites. Leur polymorphisme est sans limites. A côté des étoiles de mer de forme classique ayant cinq bras, il existe également celles dont l'aspect ressemble plutôt à un pentagone comme Culcita novaeguinea. L'espèce Caymanostella admiranda ressemble plutôt à un disque rond qu'à une étoile. D'autres espèces comme l'étoile soleil (Heliaster helianthus) possèdent jusqu'à 50 bras. L'étoile de mer la plus grande doit être Freyella remex qui atteint un diamètre d'un mètre. Parmi les plus petites espèces il faut citer Asterine anomala possédant six bras pour un diamètre maximal d'un centimètre, souvent introduites dans les aquariums avec les pierres vivantes. Elles se distinguent de leurs proches parents, les ophiures dont les bras partent nettement du disque oral, par le passage graduel des bras dans le disque corporel. De nombreuses étoiles de mer possèdent des couleurs allant du jaune, du rouge, du violet jusqu'au bleu et au vert. Dans tous les cas ces couleurs sont créées par des pigments caroténoïdes présents dans l'épiderme. Les reflets bleus et verts proviennent de réflexion sur des composés pigmentaires protéiques. Les étoiles de mer se trouvent dans toutes les mers, la plupart d'entre elles étant inféodées aux zones d'eau peu profonde. C'est l'espèce Eremicaster pacificus qui a été trouvée à la plus grande profondeur, soit 7600 mètres. Seules de rares espèces supportent l'eau saumâtre comme nos espèces indigènes Asterias rubens et Salaster papposus. Les étoiles de mer sont très dépendantes des températures de leurs zones de répartition, afin de pouvoir survivre. Les espèœs arctiques peuvent encore se déplaœr par 0°C, tandis que les espèces tropicales sont dans l'impossibilité de se mouvoir par des températures inférieures à 17°C et peuvent déjà subir des dommages (pertes liées au transport lors des importations). Leur dépendance à la lumière est variable. Certaines préfèrent la lumière, d'autres l'évitent.
Afin de mieux comprendre la robustesse mais également les points sensibles des étoiles de mer, il est nécessaire de se familiariser avec la complexité de leur anatomie.

Leur peau externe se compose d'un épithélium cilié comprenant des cellules sensorielles et glandulaires. Le squelette externe se compose de nombreuses et diverses plaques calcaires des deux côtés de disque corporel qui ne sont que partiellement soudées. Autour de la bouche les plaques soudées forment un anneau. Au stade juvénile les plaques dorsales ne se distinguent pas encore de celles du côté buccal.
Chez les animaux adultes elles se transforment en paxilles c'est à dire que sur celles-ci s'élèvent des colonnes à l'extrémité supérieure desquelles se dressent des épines dirigées latéralement. La partie interne des bras des étoiles de mer est soutenue par membranes de séparation interradiales qui sont reliées aux plaques des côtés dorsaux et buccaux. On n'a pas trouvé chez les étoiles de mer d'appareil de mastication tel qu'il est connu chez les oursins. La nourriture est absorbée par déglutition ou par digestion extra-orale, c'est à dire en dehors du corps.
Comme appendices externes on trouve comme chez l'oursin des épines et des pédicellaires, des pieds et des branchies.
Les épines polymorphes situées sur les plaques du squelette sont fixes ou mobiles. Comme les pédicellaires elles sont entourées par la peau externe. Les pédicellaires représentent des organes de préhension en forme de pince, qui contrairement aux oursins sont presque toujours non pédiculés ( les pédicellaires pédiculés ne se trouvent que chez les étoiles de mer de l'ordre Forcipulata ). Il est possible de distinguer des pinces rabattables à préhension rapide, de larges pinces mordantes en forme de cuillère dentée ou de petites pinces mordantes les pinces nettoyantes également larges mais édentées et diverses pinces venimeuses. Les tubes ambulacraires (pieds) des étoiles de mer n'apparaissen que sur la face inférieure le long des sillons ambulacraires disposés en deux ou quatre rangées. En règle générale ils se terminent par des ventouses.

Les tubes ambulacraires sont reliés entre eux par un système de liquide (ce que l'on appelle les ampoules) En créant une dépression du liquide "coelom" par l'intermédiaire des muscles des tubes ambulacraires et d'une augmentation du volume des ampoules, les tubes ambulacraires se fixent par succion et sont susceptibles chez certaines espèces de développer une force capable d'ouvrir des coquillages pour y trouver leur nourriture, La sécrétion d'un mucus renforce cette énergie par adhérence. Lors d'expérimentation il a été possible de mesurer par tube ambulacraire (environ 0,5 à 1 mm2) une force de traction de 10 à 25 grammes. Ces tubes ambulacraires ont une réaction particulièrement sensible face à des modifications brusque de la densité de l'eau, comme cela peut se produire lors d'un transfert dans un aquarium nouvellement installé. Les branchies à peau souple (papules) sont reconnaissables sur les étoiles de mer comme de minuscules excroissances en forme de doigts, rarement ramifiées.
Le système nerveux des étoiles de mer est orienté vers la face inférieure.
La plupart des cellules nerveuses se trouvent le long des sillons ambulacraires, à l'extrémité des tubes ambulacraires et à la base des pédicellaires et des épines. Les organes du sens visuel sont connus sous la forme de groupes cellulaires avec des pigments rouges, situés à !'extrémité des bras. Ces organes sont soit disposés sur des espèces de coussins soit enfoncés et chez certaines espèces enfermés comme de véritables yeux. Chez certaines espèces comme Asterina gibbosa la cuticule de cet épiderme qui se glisse par-dessus ces échancrures forme une "lentille". L'oeil ne peut toutefois que percevoir des contrastes clair-sombre. Les étoiles de mer ne semblent pas avoir de perception de température.
La plupart des espèces d'étoiles de mer possèdent des sexes séparés.
Très peu d'espèces sont bisexuées comme Asterina gibbosa, femelle au stade juvénile et mâle au stade adulte. Les produits sexuels sont produits dans des poches paires situées le long de l'anneau dorsal, qui représentent de véritables gonades. Lors de la maturation les gonades à cause de leur augmentation de volume s'enfoncent de plus en plus dans les bras. En général les femelles ne pondent que lorsqu'elles sont stimulées par l'émission du sperme par les mâles. Les oeufs sont fécondés en pleine eau. Chez l'espèce Archaster typicus les deux sexes sont en contact, le mâle se couche sur la femelle et passe ses bras entre ceux de la femelle. Quelques espèces - le plus souvent originaires des eaux froides - comme Leptasterias groenlandica, Trophodiscus ruber et Pteraster obscurus pratiquent même la surveillance parentale. Une femelle peut en période de reproduction expulser plus de 2 millions d'oeufs (par exemple Luidia ciliaris) en quelques heures. Les oeufs sont minuscules mesurant la plupart de temps entre 0,1 et 0,2 mm.
Les oeufs des espèces pondant en pleine eau se développent au travers de plusieurs stades de larves planctonivores.
Les larves -gastrulae- qui nagent passent en très peu de jours au stade bipinnaria, lesquel est caractérisé par des enroulements ciliés placés sur de courts appendices en formes de bras. Chez certains genres (Astropecten, Luidia) les larves se métamorphosent durant la nage. La plupart des autres genres développent un stade larvaire appelé brachiola, lequel se caractérise par 3 bras adhérents et un disque suceur situés entre eux. La métamorphose ne débute qu'après la fixation du stade brachiola, se terminant seulement au bout de 24 heures. Ce n'est qu'à partir de œ moment que l'on peut reconnaître une petite étoile de mer, qui nécessite encore de multiples transformations, avant d'avoir développé tous les organes décrits précédemment.
Les étoiles de mer pratiquant le soin parental se soucient de diverses manières de leur descendance.
Certaines comme l'espèce Asterina gibbosa originaire de Méditerranée restreignent leur soin parental uniquement par le dépôt de leurs oeufs dans un endroit protégé, d'autres comme Henricia oculata de la mer du Nord et de la mer Baltique s'installent sur leur oeufs jusqu'à leur éclosion. Certaines espèces telles Pteraster miliaris et Leptychaster kerguelensis coincent leurs oeufs entre les paxilles ou dans une cavité respiratoire du dos. Là ils sont pourvus d'eau fraîche par le courant respiratoire. En quittant la grotte d'incubation, les jeunes Pteraster atteignent déjà une taille de 1,5 cm. La littérature ne précise pas le type de nourriture qu'elles absorbent dans la grotte d'incubation. Chez Leptychaster kerguelensis ce sont 30 jeunes qui éclosent, restant les premiers temps dans des renfoncements situés sur le dos des parents. Il est possible qu'ils s'y nourrissent de mucus sécrété par les parents comme c'est le cas chez certaines espèces de poissons. Les espèces qui pratiquent le soin parental pondent beaucoup moins d'oeufs que les espèces pondant en pleine eau - à peine quelques centaines d'oeufs. De plus leurs oeufs sont plus riches en vitellus et avec un diamètre de 0,5 à 1 mm nettement plus gros. Dès l'éclosion les larves se transforment immédiatement en petites étoiles de mer ou elles n'effectuent qu'une courte période de nage libre afin de trouver le substrat qui leurs convient. Chez la plupart des espèces d'étoiles de mer la métamorphose semble être en relation avec le substrat de colonisation adéquat et ses stimulants chimiques (chez certaines espèces consommatrices d'algues calcaires par les algues calcaires transformées par les bactéries).
Parallèlement à la multiplication sexuée, une bipartition asexuée a également été décrite chez certaines espèces.
Il peut s'agir de la scission du disque oral avec quelques bras (schizogenie discale chez Stephanasterias, Scleracsterias, Gomophia mammillifera, Leiaster leachi, Coscinasterias tenuispina) ou les bras cassent en des endroits de rupture précis (schyzogenie brachiale chez Linkia, Brinsingia, Asteria rubens, Marthasferias glacialis).
Chez ces dernières espèces mêmes des bras brisés peuvent se régénérer. Ce phénomène est appelé autotomie. L'étoile de mer qui en résulte est appelée forme comète aussi longtemps que la dimension des bras n'est pas la même. Jusqu'à présent nous ne savons pas si ce phénomène de scission est provoqué de manière volontaire ou si une perturbation comme une blessure est nécessaire.
La deuxième partie de l'article sera consacrée à la maintenance des étoiles de mer

L'autôtomie désigne le phénomène qui permet à certaines étoiles de mer de régénérer de nouveaux animaux à partir de bras brisés, à condition qu'il y subsiste un morceau du disque corporel.

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