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Acreichthys tomentosus

une alternative biologique dans la lutte contre les anémones de verre du genre Aiptasia.

C'est plutôt par hasard que j'ai découvert chez un commerçant aquariophile une paire de poissons-limes d'aspect extérieur plutôt laid mais d'un comportement en contrepartie d'autant plus intéressant. Comme je suis passionné par cette famille de poissons, après plusieurs années de maintenance du poisson-lime à queue rouge Pervagor janthinosoma, les deux individus se sont retrouvés dans un bac récifal d'un volume de 300 litres. La recherche effectuée dans la littérature a abouti sur le nom suivant: Acreichthys tomentosus (LINNÉ 1758).
Ce poisson-lime est un habitant relativement courant des prairies de zostères dans l'ensemble de l'océan Indo-Pacifique entre l'Afrique orientale et les îles Fidji, respectivement entre les îles Ryukyu et les Nouvelles Galles du Sud. Avec ses sept centimètres et sa coloration marbrée en général d'un gris brun en liaison avec de nombreuses petites excroissances ce poisson bien camouflé attire peu l'attention dans la nature (y compris des pêcheurs). De plus à cause de sa coloration peu attrayante les pêcheurs locaux lui prêtent peu d'intérêt commercial. Avec un peu de chance il est également possible de trouver des exemplaires de couleur rougeâtre et verdâtre. Les couleurs pourraient être en relation avec les algues qui prédominent dans leur biotope naturel (effet caméléon). Les mâles se différencient aisément des femelles par d'épaisses épines situées sur les côtés du pédoncule caudal ressemblant à de fins poils fixes et touffus chez les femelles. Ils se nourrissent en majorité d'algues, de petits crustacés et de zooplancton. En aquarium il est possible de les nourrir avec de la salade, des épinards, des aliments surgelés et avec un peu de chance de la nourriture en paillettes. En ce qui concerne la nourriture en paillettes je donne la préférence à des variétés à base végétale. Dans des bacs d'un volume inférieur à 500 litres je déconseille la maintenance en couple à cause de l'extrême territorialité du mâle.

Etant donné qu'on n'est jamais sûr en présence de poissons-limes inconnus qu'ils n' importunent pas les invertébrés, ils sont soumis au départ à une observation rigoureuse durant de nombreuses heures. J'ai eu la première frayeur lorsque l'un des poissons, immédiatement après son introduction, a arraché un polype de Sarcophyton qu'il a cependant immédiatement recraché. Jusqu'à ce jour cependant aucun des huit individus n'a endommagé les coraux présents (Acropora, Hydnopora, Pavana, Trachyphyllia, Fungia, Euphyllia, Sinularia, Lobophyton et Anthelia). Les corallimorphaires ainsi que les zoanthidés n'ont pas été touchés.

L'intérêt de ces poissons ne m'est apparu que quelques semaines après la disparition presque simultanée du premier couple cela au bout de trois ans de maintenance. Au cours de ces années toutes les anémones de verre (Aiptasia sp.), les anémones de feu (Anemonia cf majano), une petite anémone tapis (Stichodactyla sp.) ainsi qu'une anémone des sables (Phymanthus sp.) avaient disparu de l'aquarium sans que jamais j'ai pu
observer le moindre tiraillement de la part des poissons-limes. Désormais après quelques jours le genre Phymanthus ainsi que les deux petites anémones Anemonia cf majano ont refait leur apparition. Par chance j'ai retrouvé très rapidement un nouvel exemplaire de poisson-lime que j'ai immédiatement réintroduit dans le bac. En très peu de temps les anémones ont disparu. Cette fois j'ai pu observer le poisson tirailler les tentacules de l'anémone Phymanthus. Plus tard le poisson-lime a été transféré dans un bac expérimental habité par huit anémones de verre, qu'il a vaincu en deux semaines. Durant plus d'une année deux anémones du genre Anemonia sulcata vivant en même temps dans le bac n'ont pas été attaquées. Après ce succès j'ai introduit un poisson-lime du genre Acreichthys dans cinq aquariums infestés d'anémones de verre appartenant à des amis. Dans ces cas les anémones de verre ont disparu au fur et à mesure. Horst Richter de Chemnitz soutient l'hypothèse que les poissons ne mangent pas les anémones mais qu'ils les tiraillent afin de pouvoir accéder aux zooxanthelles qu'elles expulsent. Comme Richter me l'a confié il se peut que les roses de verre meurent suite au harcèlement permanent.

Pour le traitement des anémones de verre, il me semble que le poisson-lime Acreichthys tomentosus convient mieux que le délicat poisson pincette Chelmon rostratus, car il est moins sensible aux maladies, est plus rapide à s'alimenter, s'attaque moins aux autres invertébrés et combat avec certitude les anémones de verre ce qui n'est pas toujours le cas avec Chelmon rostratus. Le poisson-pincette présente en outre l'inconvénient de n'être souvent pas toléré par le chirurgien jaune Zebrasoma flavescens, ce que je n'ai jamais pu observer jusqu'à présent avec Acreichthys tomentosus. Ce poisson-lime est également pacifique envers les autres poissons. Toutefois il présente un inconvénient au regard de nombreux aquariophiles: il n'est pas très coloré.

Par André Luty - Adaptation: J.-J. Eckert.

Bibliographie :
DEBELIUS, H. & KUITER, R.H. : (1994) Fishfürer Südostasien,- Tetra-Verlag, Melle.
LUTY, A. (1997) : Feilenfische- Juwellen oder häsliche Entlein,- Der Meerwasser Aquarianer 97 (2).
MYERS, R.F. (1991) : Micronesian Reef Fishes,- Coral Graphics, Guam.

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