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Mon
expérience de la méthode Jaubert
par Marc Langouet
A) Pourquoi la méthode Jaubert
?
Deux questions ont toujours hanté ma vie et conduit mon action :
- pourquoi ?
- pourquoi pas ?
En 1994 quand j’ai décidé d’installer
un bac récifal de plus à mon domicile (j’avais déjà 6 bacs en fonctionnement,
tous peuplés d’invertébrés, dont 3 récifaux à proprement parler),
j’ai opté pour un bac de plus grande dimension (1.75 X 0.75 X 0.60
sur deux étages soit environ 1200 litres de capacité brute) et pour
la première fois pour un éclairage HQI. Restait le choix de la méthode
de maintenance.
Après des années d’aquariologie récifale basée pour l’essentiel
sur des changements d’eau massifs, et où la littérature fleurissait
d’articles techniques sur la mise en œuvre des changements d’eau
en continu par goutte à goutte, les bacs de type berlinois commençaient
à être connus depuis le début de la décennie 90, mais j’avais aussi
entendu parler de la méthode dite Jaubert, en particulier suite
à l’installation à Monaco d’un bac récifal de 40 000 Litres et d’une
publication du Pr. Jean Jaubert dans le Bulletin de l’Institut Océanographique,
Numéro spécial 5, relatif au deuxième Congrès International d’aquariologie
des 22 au 27 février 1988.
J’étais un peu rebuté par l’attirail technique du système berlinois,
et encore à l’époque on ne parlait pas de réacteur à calcaire, ni
même à calcium - l’eau de chaux était ajoutée à la main - mais seulement
d’écumeur, relativement bruyant pour un salon (pas de dispergateur
à l’époque mais une grosse pompe à air), susceptible d’enlever des
substances nocives mais aussi d’autres peut être bénéfiques (vitamines,
oligo-éléments, plancton, « sucres »… ?), nécessitant un réglage
correct, un entretien et une surveillance parfois difficile pour
moi qui voyageais beaucoup professionnellement, et dont l’encombrement
était incompatible avec l’installation d’un grand aquarium dans
le salon de mon pavillon sans sous-sol.
J’ai d’emblée été séduit par l’absence de matériel lié à la méthode
Jaubert et à son aspect « écologique » qui visait à reproduire in
vitro les processus naturels de nitrification et de réduction des
nitrates en azote, ainsi que ceux de dissolution de substrat calcaire
visant à maintenir la quantité de bicarbonates/carbonates et le
taux de calcium dans le bac.
Il faut dire que les changements d’eau que je pratiquais jusqu’alors
devenaient vraiment fastidieux et coûteux sur des bacs de « grand
» volume et que l’on était à l’époque obnubilé par les teneurs de
nitrates, impossible à obtenir par simple changement d’eau, puisque
l’eau du robinet dont je disposais en région parisienne titrait
à environ 20 mg /l de NO3, et que les osmoseurs commençaient seulement
à apparaître sur le marché aquariophile à des prix environ 3 fois
supérieurs au prix actuel, certains n’éliminant d’ailleurs pas les
nitrates.
Les articles en français sur la méthode berlinoise, en particulier
celui de Dietrich STÜBER publié en 1991 dans AQUARAMA, parlaient
d’aquariums avec peu de poissons, et ceux qui avaient vu de tels
bacs parlaient de poissons peu nourris, souvent maigres, avec néanmoins
des taux de nitrates de l’ordre de la dizaine de mg / l.
De l’autre côté le Pr. Jaubert annonçait dans le Bulletin de l’Institut
Océanographique de Monaco des taux de nitrates de l’ordre de 0.01
mg/l après des mois et des années de nourrissage copieux des poissons,
sans aucun changement d’eau, et des taux de calcium constants de
l’ordre de 480 mg/l sans aucun ajout et malgré la présence de coraux,
en particulier durs, en pleine croissance.
Enfin, s’il était aisé de se procurer à bon prix le sable de corail
nécessaire à la méthode Jaubert, les pierres calcaires nécessaires
à la méthode berlinoise étaient plus difficiles à se procurer et
plus onéreuses, à fortiori si l’on voulait utiliser des pierres
vivantes rares, y compris sur la place de Paris.
Certes, aucune personne de ma connaissance ne pratiquait la méthode
Jaubert alors que j’avais vu quelques bacs berlinois très beaux,
mais je me suis dit pourquoi la méthode berlinoise et pourquoi pas
la méthode Jaubert, en pensant d’ailleurs que si cela ne marchait
pas, il serait toujours temps de rajouter un écumeur à un bac Jaubert,
alors que si la méthode Jaubert s’avérait plus performante, il serait
plus difficile de transformer un berlinois en Jaubert sans tout
refaire !
Certes aussi j’aurais pu mettre en œuvre un dénitrateur à soufre
que j’avais mis au point 3 ans plus tôt, et qui fonctionnait tout
à fait correctement sur mes autres aquariums, récifaux ou non, mais
ce dispositif ne règle pas le problème de la nitrification des matières
organiques, et surtout le « pourquoi pas » me poussait à expérimenter
la méthode Jaubert par simple envie d’en connaître les possibilités.
Pour mettre en œuvre la méthode Jaubert il
me fallait par contre trouver les détails de sa mise en œuvre, car
les publications étaient par exemple avares de détails sur l’épaisseur
de la couche, sa nature et la hauteur du plénum…
J’ai donc commencé par me procurer à l’Institut National de la Propriété
Industrielle le brevet déposé par Jean Jaubert sur cette méthode,
mais ceux qui comme moi ont un peu l’habitude de l’exploitation
d’un brevet savent qu’il est essentiellement fait pour se protéger
d’une contrefaçon et non pour expliquer en détail la mise en œuvre
de la méthode protégée.
J’ai donc décidé de rencontrer le Pr. Jaubert, ce qui fut chose
faite en octobre 1994, et c’est lui qui m’a donné les paramètres
clef de cette méthode.
B) La méthode et les paramètres
de mise en œuvre
La méthode consiste comme vous le savez sans doute à recouvrir le
fond de l’aquarium d’une couche épaisse de sable, posée sur une
grille dite plénum, pour constituer une couche d’eau confinée sous
le sable dont la teneur en oxygène dissout sera très faible (de
l’ordre de 0,5 mg/l). Cette configuration vise à :
- reproduire dans les couches supérieures du sol, riches en oxygène,
les conditions propices au développement et à l’activité des bactéries
aérobies, susceptibles d’oxyder et de minéraliser les matières organiques
que sont les déchets de la vie de l’aquarium, en substances simples
telles que l’eau, le gaz carbonique et les nitrates. C’est la nitrification.
- reproduire les conditions propices au développement naturel de
bactéries anaérobies facultatives hétérotrophes capable de pratiquer
la respiration nitrate, c’est à dire capable de prélever sur les
ions nitrates (le comburant en quelque sorte ) l’oxygène dont elles
ont besoin pour vivre et oxyder les matières organiques (le carburant).
Ce faisant, elles transforment les nitrates en azote gazeux susceptible
de s’échapper de l’aquarium. Ce processus naturel dit de dénitrification
est aussi celui qui se produit dans les zones profondes des pierres
vivantes d’un aquarium berlinois. Pour simplifier on peut dire que
la réaction est du type : Nitrate + Matière organique àGaz carbonique
+ Eau + Azote gazeux
C’est à dire (sans équilibrer la réaction pour ne pas la compliquer)
:
NO3 + Cx Hy Oz CO2 + H2O + N2
- Profiter de toute cette activité biologique conduisant localement
à une acidification, pour attaquer le sable calcaire et produire,
comme dans les réacteurs à calcaire d’aujourd’hui, des bicarbonates
et du calcium pour entretenir la croissance des coraux durs ; en
résumé disposer d’un réacteur à calcaire naturel in situ.
1°) La grille ou plénum.
Selon le Pr. Jaubert une simple grille de filtre sous sable ordinaire
devait suffire à condition de ne pas lui adjoindre la canule verticale
habituelle (exhausteur), susceptible d’équilibrer la teneur en oxygène
de l’eau sous le sable avec celle du bac. Il m’a en revanche indiqué
que dans ses bacs, quand il faisait des prélèvements d’eau sous
la couche pour en connaître les paramètres (dans un but de recherche),
il le faisait via une canule de type exhausteur mais débouchant
au dessus de la surface de l’eau (et non bien sûr en dessous comme
dans un filtre sous sable). J’ai donc décidé de mettre en place
ce système de canule qui s’avérera utile pour d’autres raisons sur
lesquelles je reviendrais.
D’aucun se demanderont pourquoi un plénum ; la raison invoquée à
l’origine est d’éviter les possibilités de zones complètement dépourvues
d’oxygène dans les couches profondes du sable, zones qui pourraient
conduire à des fermentations non souhaitables ; en effet il faut
peu d’oxygène pour que la dénitrification s’opère, mais un peu quand
même, sinon d’autres micro-organismes que ceux recherchés peuvent
s’installer dans ces zones. Le plénum égalise la concentration d’oxygène
dans les couches profondes du sable en facilitant la diffusion horizontale
de l’eau.
Depuis, certains ont fait des expériences positives sans plénum.
Vous me direz qu’il n’y a pas de plénum dans la nature … certes
mais l’océan est grand et la présence locale de zones anoxiques
n’y a pas les mêmes conséquences qu’en aquarium. Pour ma part je
l’ai maintenu dans la mesure ou je le considère comme une sécurité
sans inconvénient majeur. Son prix est modique et aucun des arguments
jusqu’ici avancés contre ce dispositif ne résiste à l’analyse ;
le principal argument étant celui avancé par Ron SHIMEK qui a observé
dans certains cas la colonisation du plénum par des vers pouvant
conduire dans certaines circonstances particulières à un relargage
brutal de gaz de fermentation. Les discussions que j’ai eues avec
lui montrent qu’il s’agissait de couches de sable d’épaisseur moyenne
- et en tout cas inférieure à celle préconisée par Jean Jaubert
- dans lesquelles de gros vers avaient la possibilités de survivre
(teneur en oxygène encore suffisante) par suite de la trop faible
épaisseur de sable.
Rien n’empêche cependant de tester, ne serait ce qu’au nom du «
pourquoi pas », cette configuration sans plénum que entre autres
Ron utilise avec succès. Pour ma part je l’ai en partie testée sans
le vouloir puisque au démontage de bacs Jaubert il s’est avéré que
sur des grilles de plénum trop perforées, le sable (les fines en
tout cas ) avait tendance à descendre sous le plénum et à l’occuper.
Depuis, pour éviter ce phénomène, je place une moustiquaire plastique
sur le plénum.
2°)Le sable
D’emblée le Pr. Jaubert m’a conseillé l’utilisation de Maerl de
granulométrie commerciale de 2 à 5 mm environ ; il faut en effet
que l’eau puisse diffuser naturellement entre les grains pour atteindre
les couches profondes en s’étant débarrassé en grande partie de
son oxygène.
Bien qu’il ait testé des systèmes multicouches avec des granulométries
différentes selon la couche, il m’a conseillé de n’utiliser qu’une
seule couche de granulométrie uniforme et ceci sans séparation horizontale
ni grille de protection en partie haute de la couche, à condition
de ne pas peupler l’aquarium de poissons remuant en permanence la
couche. Il m’a confirmé que les poissons s’ensablant seulement pour
dormir n’étaient par contre pas gênant.
3°) L’épaisseur de sable
L’épaisseur de sable qu’il m’a indiquée est de 4 doigts en position
horizontale soit environ 8 à 10 cm. Il est à noter que depuis j’ai
fait varier cette épaisseur jusqu'à 20 cm sans noter de problème.
Dans le premier bac à deux étages communiquants de 1994 le bac supérieur
avait 8 à 10 cm (léger dégradé d’arrière vers l’avant ) et celui
du bas 10 à 15 cm.
4°)La lumière
D’emblée le professeur m’a indiqué que le système ne fonctionnait
bien que bien éclairé, sans doute en raison de la consommation des
micro-algues de la surface du sable par les organismes fouisseurs
qui s’installent dans le sable. Pour effectuer la réduction des
nitrates, les bactéries hétérotrophes des couches profondes du sable
nécessitent en effet l’apport de matière organique qui pourrait
leur être fournie sous forme de déjections amenées par ces organismes.
En réalité, je pense que les mécanismes sont relativement mal connus
et qu’il s’agit plus d’hypothèses. En absence de lumière le système
devait selon son expérience être beaucoup moins efficace en terme
de réduction des nitrates.
Cette nécessité de lumière à une conséquence importante à savoir
que le pourcentage de la surface de sable couverte ne doit pas dépasser
un certain seuil ; ce seuil à été fixé par le Pr. Jaubert, semble
t-il empiriquement, à 25 %.
Pour cette raison il préconisait la construction de décors verticaux
plutôt que s’étalant sur le fond du bac. Ce type de décor a aussi
l’avantage de ne pas encombrer le sol ce qui pourrait, au moins
théoriquement (car il peut y avoir des chemins indirects) entraver
la diffusion de l’eau dans le sable. En réalité je suis arrivé depuis
à des taux de couverture du sol considérablement plus importants,
ce qui ne veut pas dire que le système soit alors aussi performant
puisqu’il visait à l’époque des taux de nitrates extrêmement bas
alors que je travaille maintenant à des taux de l’ordre de 2 à 5
mg/l de NO3.
5°)Le brassage
D’emblée également le Pr. Jaubert m’a indiqué que les seuls échecs
qu’il ait connus dans l’application de cette méthode étaient liés
à un brassage disposé de telle façon qu’il brassait trop la surface
du sol, entraînant un passage forcé de l’eau dans le sable, en lieu
et place de la diffusion lente seule apte à garantir un faible taux
d’oxygène dans les couches profondes du sable. Au départ mon premier
bac qui faisait environ 680 litres bruts dans sa partie haute, n’était
brassé que par 4 Maxi-jet 1000 l/ h ; une dans chaque coin arrière
qui brassait directement la surface du bac et deux posées sur le
fond qui tiraient verticalement en créant deux dômes d’eau en surface.
Par la suite, au fur et à mesure de la croissance des coraux qui
créaient des obstacles à l’écoulement du courant, j’ai augmenté
le nombre de maxi-jet et de mini-jet en privilégiant toujours les
courants horizontaux dans le haut du bac et en surface, et en maintenant
les deux pompes à flux vertical. Dans le même bac aujourd’hui plein
de coraux durs d’une anémone et de quelques coraux mous, j’ai 6
maxi-jets 1000 l / h et 4 mini-jet 600 l/h soit environ 12 à 13
fois le volume brut et 17 à 19 fois le volume réel d’eau.
C) Le démarrage de mon premier bac Jaubert
Pour occuper toute la surface disponible de mon salon et disposer
d’un volant d’eau maximum j’avais décidé de faire un bac à deux
niveaux, le niveau bas devant surtout servir de volant d’eau et
de sol Jaubert additionnel (bien que peu éclairé : deux tubes de
40 W à l’origine ), avec quelques caulerpes. En réalité ce bac inférieur
en communication lente (300 à 400 l/h) avec celui du haut, s’est
rapidement transformé en bac hébergeant des animaux moins exigeants
en lumière mais tout aussi peuplé en poissons.
Dans l’attente de mes cuves de verre en fabrication j’ai rempli
une poubelle de 70 litres environ avec du Maerl (mort ) et complété
avec d’eau de mer reconstituée à partir d’eau du robinet additionnée
de sel Reef Crystal, et j’ai mis un peu de sable d’un autre bac,
deux moules mortes, 2 spatules de glucose ainsi que 20 ml d’eau
issue d’un biodénitrateur hétérotrophe, le tout à la température
de 20°C environ. En huit jours le taux de nitrates de cette eau
qui était de 20 mg/l environ est devenu indétectable …mais l’odeur
est aussi devenue insupportable et le sable tout noir ; je ne recommande
cette expérience destinée à accélérer la mise en place des bactéries
anaérobies à personne …surtout ceux qui craignent les mauvaises
odeurs et depuis les bacs que j’ai démarrés ont l’ont été directement
avec du sable sec non préparé.
Trois semaines plus tard les bacs sont enfin arrivés : j’ai reparti
sur les grilles de filtre sous sable Hagen le sable noir ainsi préparé
et l’ai recouvert de sable sec pour obtenir l’épaisseur souhaitée.
Sur la surface j’ai répandu un peu de sable provenant d’un autre
bac en fonctionnement pour accélérer l’ensemencement en bactéries
aérobies et j’ai couvert d’une petite épaisseur d’eau préparée à
partir d’eau osmosée et de Reef Crystal. J’ai mis en chauffe à 28°C
et aéré à l’aide de deux maxi-jet par bac qui produisaient un jet
d’eau vertical.
Les bacs ont ensuite été remplis progressivement au fur et à mesure
de ma fabrication d’eau osmosée que je salais et ajoutais dans les
bacs. En quelques jours le sable noir est redevenu blanc et les
nitrites sont montés très haut (limite de détection du test) puis
redescendu très vite à zéro exactement 12 jours après la mise en
place du sable dans le bac et alors que je venais à peine de finir
le remplissage de l’eau (plus de 1000 litres d’eau avec un petit
osmoseur …). Nitrate et phosphate étaient alors également à zéro.
J’ai redescendu la température à 26°C.
J’ai mis alors en place des roches vivantes de différentes provenances
(Floride et Indonésie) que je ne souhaitais pas installer avant
pour éviter de perdre une partie de leurs animaux, et j’ai commencé
à éclairer avec un tube bleu Osram 67 de la longueur du bac. Quelques
coraux ont été mis dans le bac le lendemain dont un Goniopora
en fin de vie provenant d’un autre bac qui, très curieusement,
s’est mis à ressortir de longs polypes qu’il n’avait plus sortis
depuis des mois : cette expérience sur un Goniopora que je
n’ai jamais eu l’occasion de refaire m’a toujours intriguée et je
me suis promis de la refaire un jour, en effet ce Goniopora
à ensuite « revécu » de très nombreux mois avant tout de même de
mourir.
Des coraux de toute nature ont été ensuite ajoutés progressivement
au fur et à mesure des arrivages qui à l’époque étaient encore peu
fréquents sur Paris et la durée l’éclairage du bac du haut par des
HQI a été augmentée progressivement. Astréas et Trochus ont été
également ajouté ainsi que des poissons.
Environ un mois et demi après la mis en route le bac était rempli
d’algues supérieures (11 espèces dénombrées dont de la Caulerpa
Taxifolia, Peltata, Racemosa) apparues spontanément
sur les pierres vivantes de Floride. Le bac était splendide de verdure
…mais il a fallu bien sûr se résoudre à l’arrachage, les coraux
menaçant d’être asphyxier. Une partie de ces algues ont été distribuées,
en particulier la souche de Taxifolia qui a été envoyée au
Pr. Jaubert qui poursuivait à l’époque des recherches sur cette
algue, et le reste réparti dans d’autres bacs. Des poissons algivores
ont été mis en place pour lutter contre ces algues supérieures (en
particulier Lo Vulpinus).
Les Bryopsis qui sont ensuite apparues sur les roches de
Floride sont la seule peste que j’ai du éradiquer ; cela c’est effectué
par arrachages répétés, puis mise en place de nudibranches du type
Tridachia Crispata (quand enfin j’ai pu en trouver) qui seuls
pouvaient aller dans les anfractuosités.
D) Evolution des
paramètres
Durant toute cette période le bac n’a subi qu’un seul changement
d’eau de 30 %, environ un an après sa mise en eau.
Le KH s’est maintenu à un niveau assez bas de l’ordre de 6 plus
rarement 5.
Quelques rares essais d’ajout de tampon carbonaté ont permis
de le remonter momentanément mais il rechutait dans les jours
suivants ; en revanche ce KH inférieur au KH naturel n’avait
pas l’air d’affecter la croissance des SPS. Le calcium avait
également tendance à baisser très lentement et j’ai rajouté
du chlorure de calcium à quelques rares occasions quand il descendait
en dessous de 400 mg/l. |
Les photos de la première série
ont été prises au printemps 1996.
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Les nitrates n’ont jamais été aussi
bas que ce qu’avait mesuré le Pr. Jaubert ; il faut dire que très
vite le bac s’est retrouvé peuplé en coraux bien au-delà des 25
% de la surface et qu’outre la vingtaine de poissons de petite ou
moyenne taille qu’il hébergeait, je devais nourrir de moules les
grosses étoiles de mer telles que Protoreaster Lincki qui vivaient
dans le bac du bas. Les nitrates montaient en revanche excessivement
lentement pour atteindre environ 20 mg/l environ après 10 mois :
c’est à ce moment que les exhausteurs qui dépassaient de la surface
de l’eau m’ont été utiles puisqu’ils m’ont permis d’injecter régulièrement
du glucose sous la couche pour nourrir bactéries anaérobies et ainsi
les aider à faire redescendre ce taux de nitrates en quelques semaines
à moins de 5 mg/l, puis ensuite d’arrêter les ajouts de glucose.
Les phosphates ont toujours été inférieurs à 0.2 mg /l (test Aquarium
System) sans intervention particulière.

Deuxième série de photos prises
à l'automne 2000.
E) La deuxième vie de mon bac
Jaubert
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Ce bac a été déménagé en janvier 1997 pour
venir sur St Malo : son démontage a révéler un sable complètement
blanc, y compris dans les couches basses des parties les plus
épaisses. Il a été réemployé tel que, sans aucun nettoyage,
pour remonter le bac à l’identique.
Il fonctionne toujours aujourd’hui sans qu’aucun siphonnage
ou entretien ne soit réalisé à l’exception d’ajouts d’iode
assez réguliers (en général 1 goutte de Lugol à 1% par jour
et au maximum 8 gouttes) et épisodiques d’oligo-éléments (fer
par exemple ; au jugé de l’aspect des coraux), avec au maximum
un changement d’eau de l’ordre de 25 à 30 % par période de
6 mois (eau de mer naturelle ou synthétique selon le temps
extérieur et l’humeur du moment…).
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Il héberge environ 35 poissons, 3
grosses étoiles de mer (bac du bas) une langouste Palinurus Versicolor
de belle taille (bac du bas) et bien sûr de très nombreux coraux,
principalement SPS dans le bac du haut, et mous dans le bac du bas
; tout ce petit monde reçoit environ l’équivalent de 2 à 3 gros
cubes de nourriture congelée non rincée par jour, et 8 à 10 moules
par semaine (vivantes en self service pour les étoiles et la langouste)
; malgré cela et sans aucune intervention, ni ajout de glucose sous
la couche, le taux de nitrate est aux alentours de 2 à 3 mg/l et
celui de phosphates entre 0,2 et 0,3mg/l maximum.
Les tubes fluorescents sont changés quand ils claquent, et les HQI
ont été changés une seule fois depuis novembre 1994 ; en novembre
1995 les Daylight ont été remplacés par des 10 000 K AQUALINE, toujours
en place aujourd’hui.
La seule modification majeure qui ait été apportée au système a
été la mise en place au printemps 2000 d’un ajout de lait de chaux
en lieu et place d’eau osmosée pour compléter l’évaporation. En
effet suite à un nouvel ajout important de coraux à cette époque
le KH, voire le taux de calcium, baissait trop (KH parfois à 5).
L’ajout se fait dans une zone très brassée, au goutte à goutte,
en continu sur toute la journée à l’aide d’une pompe péristaltique
branchée sur le fond d’un Jerrycan de 30 litres brassé une minute
9 fois par jour. Dans ces conditions le KH oscille autour de 6.5
valeur de l’eau de mer naturelle et les SPS ont repris de plus belle
une croissance qui pour certains avait auparavant été ralentie par
le KH bas.
Juste avant l’été 2000 ce bac à achevé sa vie indépendante puisqu’il
se retrouve relié à 3 autres bacs (dont un récifal Jaubert et deux
bacs avec algues hébergeants quelques invertébrés divers : étoiles,
oursins, anémones) qui fonctionnaient avec 2 dénitrateurs à soufre
contenant chacun 2 l de soufre. Le tout représente environ 1400
litres d’eau pour un volume brut des bacs de 1700 litres, et héberge
une soixantaine de poissons de petite ou moyenne taille.
La seule conséquence de cette modification a été l’élévation du
taux de phosphates vers 1 mg/l du fait que les autres bacs tournaient
depuis plus de 10 ans avec le même sable et sans aucun siphonnage.
Les nitrates sont à 5 mg/l environ et le calcium est à 600 mg/l
en raison de l’apport des réacteurs à calcaire des dénitrateurs.
Ceci n’a entraîné aucune modification notable sur les animaux.
F) Conclusion
La méthode du Pr. Jaubert est pour moi une méthode élégante, car
naturelle, simple à mettre en œuvre et donnant d’excellents résultats
en aquariophilie récifale. Il convient seulement de la complémenter
par des ajouts d’hydroxyde de calcium, voire de calcium, lorsque
la population de coraux hermatypiques devient trop importante pour
que le sol Jaubert apporte suffisamment de KH et de calcium ; cette
supplémentation en hydroxyde, que Jean Jaubert n’avait pas écarté
dès notre première rencontre, est équivalente à celle utilisée en
méthode berlinoise.
Par contre on peut considérer que par rapport à la méthode berlinoise
la méthode Jaubert possède ipso facto un réacteur à calcaire intégré.
En revanche, pourvu que l’aquarium soit suffisamment éclairé comme
c’est le cas d’un bac à coraux photosynthétiques et nourris raisonnablement,
la méthode Jaubert reste autonome pour le traitement des déchets
organiques qui dans la méthode berlinoise nécessite un écumeur,
au moins dans les premières années d’après ses dernières évolutions.
Ces rapprochements progressifs des deux méthodes me font espérer
que d’ici peu les querelles concernant le choix de la méthode de
maintenance en aquariophilie récifale se termineront par l’adoption
d’une même méthode synthèse de deux… En ce qui concerne le problème
plus délicat de la maintenance de bacs récifaux peuplés d’animaux
non photosynthétiques, en général peu éclairés et nécessitant donc
un apport important de nourriture également peu compatible avec
l’usage d’un écumeur, il convient d’envisager d’autres techniques
telles que la mise en place de dénitrateur sur soufre ou de sol
Jaubert dopé au soufre.
(c) Récif France avril
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