L'aquariophilie marine à la portée de tous






 

 


Association de poissons-papillons
et de poissons-anges avec des invertébrés


par Joachim FRISCHE

Introduction

Avec le terme poisson corallien tout un chacun s'intéressant aux organismes récifaux pense aussi aux espèces de la famille des Chaetodontidae et des Pomacanthidae. Par leur diversité de couleurs, ils appartiennent à mon avis à ce qu'il y a de plus beau de ce que la nature a pu produire au cours de l' évolution. Cette impression est appuyée par les diverses formes corporelles qui se sont développées dans les deux familles 1,2,3. Pas étonnant, qu'un nombre considérable d'aquariophiles marins soit intéressé par la maintenance de ces poissons dans leur aquarium 4,5,7,9,13,18,19,21,25. L'aquariophilie récifale actuelle n'est pas toujours en conformité avec la maintenance de ces poissons 5,22. La divergence entre la maintenance d'anthozoaires et d'un poisson-papillon ou d'un poisson-ange résulte surtout du fait que nombre d'entre eux comptent des invertébrés dans leur base alimentaire naturelle 1,4,5,10,14,21.

De nombreux poissons-papillons se nourrissent de polypes

Pour maintenir avec succès un poisson-papillon dans un aquarium, il est important de connaître ses exigences vitales dans la nature. En plus de l' environnement social il est essentiel de connaître pour sa maintenance quel est le biotope de prédilection du poisson-papillon. Un groupe important des poissons-papillons du genre Chaetodon s'est spécialisé dans la consommation des polypes des anthozoaires les plus divers 1,2,3,25.

Tableau 1

Les autozoïdes et les tissus des
•Coraux durs
• Coraux-cuir et coraux mous
• Stolonifères
• Zoanthidés

font partie de l'alimentation de base de nombreux Chaetodon.

De tels poissons-papillons n'ont rien à faire dans un bac récifal ! Hormis le fait qu'ils se nourrissent d'anthozoaires s'y rajoute celui qu'il s'agit de spécialistes alimentaires qui n'acceptent que dans des cas exceptionnels la nourriture de substitution proposée et qui
soient susceptibles de la digérer en la transformant en énergie 1,2,4,5,18,25,31.

Tableau 2

Un autre groupe de poissons-papillons, y compris aussi des représentants du genre Chaetodon, se nourrit aussi de
• Zooplancton du domaine microbien
• Crustacés benthiques
• Coquillages
• Sabellidés.


Tableau 3

Les Chaetodontidés qui suivent l'un des régimes suivants peuvent être intéressants pour une cohabitation avec des anthozoaires, car
1. il s'agit dans des cas exceptionnels de spécialistes alimentaires
2. dans des conditions précises ils ne s'attaquent pas aux anthozoaires y compris les coraux durs hermatypiques.

Chelmon rostratus est l'exemple d'un mangeur de Sabellidés et de crustacés benthiques 1 qui dans de nombreux cas ne peut pas cohabiter sans attaquer les anthozoaires de quelque espèces ils soient 18. Ce poisson-papillon n'est pas seulement un hôte convoité dans un aquarium récifal à cause de sa forme particulière 17, mais surtout parce que dans 50% des cas il s'intéresse aux anémones de verre et les mange 14 du moins les petits exemplaires pas encore adultes.

Par conséquent nous sommes en présence d'un poisson-papillon qui hormis les Sabellidés n'importune pratiquement aucun autre anthozoaire à la condition qu'il soit bien nourri. Des poissons affamés s'attaquent à tout ce qui leur semble mangeable 15,34,35. Une constatation qui reste valable pour tous les poissons, même ceux qui ne sont pas des spécialistes alimentaires. Des spécialistes alimentaires stricts préfèrent mourir de faim plutôt que d'accepter de la nourriture de substitution 4,5,12,14,25.

Chelmon rostratus

D'après mes observations, Forcipiger flavissimus offre le même comportement alimentaire que Chelmon rostratus. Des écrits d'autres auteurs ne supposent cela que pour Forcipiger longirostris 14. Forcipiger flavissimus présente l'avantage, de pouvoir être plus facilement acclimaté à la nourriture de substitution que ses apparentés 5,7,12,18,19, 25,31. Forcipiger longirostris par contre doit faire des difficultés pour son alimentation au début de sa maintenance en aquarium 32.
Il faut signaler qu'en ce qui concerne Forcipiger flavissimus il existe d'autres documents dont il découle que l'auteur a pu observer des attaques envers les coraux 14. Quelques planctonophages conviennent aussi très bien pour l'aquarium récifal. Ici démarre déjà la première gradation. Ainsi il existe par exemple des poissons-cochers, Heniochus varius ou Heniochus acuminatus, qui couvrent dans la nature la plus grande partie de leur alimentation avec du zooplancton 25, mais qui dans l'aquarium grignotent tous les coraux possibles.

Tableau 4

Invertébrés souvent attaqués par les poissons-papillons:
• Zoanthidés
• Corallimorphaires
• Coraux durs hermatypiques
• Coraux durs à gros polypes
• Coraux cuir et coraux mous
• Bénitiers
• Sabellidés
• Gorgones.

En résumé on peut conclure que tout ce qui peut être maintenu comme anthozoaire sessile dans un aquarium est susceptible d'être mangé par les poissons-cochers. Indépendamment du fait qu'il y ait des substances toxiques dans les tissus des coraux ou que des " substances amères " soient sensées leur couper l'appétit 28 . L'énumération explique que des différences peuvent apparaître entre les sources naturelles d'alimentation et les conditions en aquarium. D'après mes réflexions ceci a plusieurs origines.

Tableau 5

Possibilités d'oppression des invertébrés:
• Alimentation mal équilibrée
• Carence ou insuffisance de nourriture
• Curiosité pour de nouvelles sources d'alimentation provoquée par l'ennui et/ou par la faim
• Introduction d'un nouvel anthozoaire, qui est alors considéré comme de la nourriture
• Alimentation naturelle qui n'a pas été déterminée jusqu'à présent.

En ce qui concerne le dernier point, il existe un tel exemple, Heniochus varius, qui dans la littérature ancienne 5 est encore décrit comme un mangeur de micro-organismes et explicitement présenté comme mangeur de polypes dans la littérature plus récente 1.

Il existe certainement encore beaucoup d'exemples de ce type, si bien que finalement nous n'avons pas d'autre solution, étant donné la persistance de l'intérêt pour les poissons-papillons, que de tester les habitudes alimentaires et aussi d'en publier les résultats. Uniquement la publication de telles observations, qu'elles soient positives (tel poisson ne mange pas de polypes) ou négatives (tel poisson mange des polypes), mènent à ce que les anthozoaires soient protégés contre la consommation ou que le poisson-papillon se retrouve dans le compartiment du filtre. Je désire présenter deux poissons-papillons avec lesquels j'ai mené l'expérimentation concernant la cohabitation avec des invertébrés.

Chaetodon mertensii

Chaetodon xanthurus, Poisson-papillon à filet
Comme décrit, les poissons-papillons, qui dans la nature ne se nourrissent pas exclusivement des polypes de coraux les plus divers, font partie de ceux qui valent la peine d'être observés en ce qui concerne leur caractère conciliant pour la maintenance dans un aquarium récifal. Chaetodon xanthurus fait partie de ceux-ci. Il est intégré à un groupe de trois poissons-papillons semblables. Dans ce triumvirat se trouvent en dehors de lui : Chaetodon paucifasciatus et Chaetodon xanthurus. Chaetodon madagascariensis, par contre, a été identifié comme une variante de couleur de Chaetodon mertensii 1,2. Selon les données de Gerald Allen, aussi bien Chaetodon mertensii que Chaetodon xanthurus se nourrissent exclusivement de petits invertébrés et algues benthiques tandis que l'espèce endémique vivant dans la Mer Rouge, Chaetodon paucifasciatus se nourrit de polypes de coraux, d'algues, de polychètes et de crustacés 1,22.
Dans la littérature plus ancienne 5,25,31 on trouve des données identiques concernant la structure alimentaire pour les deux premières espèces nommées du triumvirat si bien qu'il semble sensé, une fois pour toutes, de mener une expérimentation au sujet des possibilités de cohabitation avec des coraux. Reinhard Redel a utilisé la possibilité de maintenir ce poisson-papillon dans un aquarium récifal avec dans l'ensemble de bons résultats pour les invertébrés.
J'ai moi-même testé une paire de ces poissons-papillons pendant plus de deux ans. Au cours des 10 premiers jours de la maintenance je n'ai observé aucune attaque. Puis j'ai pu constater des morsures sur les tentacules de divers zoanthidés. De même il semble que les polypes de divers coraux durs hermatypiques aient été attaqués. Il faut cependant retenir qu'il n'y a pas de traces de morsures dans ce cas, ce qui permet de développer l'hypothèse selon laquelle d'éventuels microorganismes ou des algues qui vivent sur les coraux ou qui sont expulsés voire capturés par les autozoïdes, constituent le but de ces poissons. Il faut mettre en évidence que ces attaques ont été fortement réduites par des contre-mesures ciblées (voir tableau 8)

ACTIONS AYANT MENÉ À UNE DIMINUTION DES ATTAQUES:
1. Alimentation abondante
Ils ont une prédilection pour les larves de moustiques en plus du mysis, du krill et des artémias, ce qui a permis de maîtriser le début de dénutrition du Chaetodon xanthurus. La forte sensation de faim qui régnait au moment de l'intervention a, par conséquent, été réduite. Le déficit alimentaire a certainement été causé par la capture, le transport et la stabulation étant donné que les poissons n'y reçoivent pas ou pas assez de nourriture. Ceci mène irrévocablement à ce que dans l'aquarium le poisson se nourrisse surtout de ce qui lui semble connu et appétissant. Une quantité non négligeable de polypes de coraux en fait partie. Etonnamment, et jusqu'à peu, uniquement chez cette espèce du genre Chaetodon observée par moi, il est certain que l'alimentation se compose d'organismes vivant à 95 % sur le sol ou dans le soussol. Une observation que je n'ai pas faite chez Chaetodon trifasciatus ni chez Heniochus varius ou Chaetodon auriga et Chaetodon semilarvatus.

2. Rendre plus difficile l'accès à la nourriture de substitution
Ceci peut aussi bien être réalisé par une modification des courants que par de petits poissons aux mœurs territoriales des familles Pomacentridae, Blenniidae et Gobiidae. Dans mon aquarium ce sont surtout les demoiselles des espèces Dascyllus melanuros et Chrysiptera hemicyanea qui se chargent de ce travail. En outre, il faut observer que les coraux durs hermatypiques sont évités parce que des crabes coralliens se sont installés entre les espèces branchues chassant les mangeurs de coraux. Tandis que les espèces du genre Gobiodon ne peuvent pas être recommandées sans restriction, ce sont essentiellement les petits crabes qui effectuent des prouesses 8. Selon mes observations les coraux durs dans lesquels vivent des crabes sont rarement recherchés.

Hemitaurichthys zoster, Poisson-papillon pyramide noir
Hemitaurichthys représente un genre extrêmement intéressant. Non seulement parce que son comportement social se situe à l'opposé de celui de la plupart des autres poissons-papillons (il s'agit d'un poisson grégaire de pleine eau !), mais l'alimentation aussi, uniquement composée de zooplancton, surprend 1,2,5,18,22. Comme il s'agit d'un poisson-papillon relativement facile à maintenir 4,5,18,31, se pose tout naturellement la question de savoir si sa présence dans un bac récifal est réalisable. Des planctonophages ne doivent normalement pas importuner les invertébrés. Il faut remarquer que cette expérimentation a été démarrée en même temps avec le Pr Ellen Thaler qui de son côté a introduit deux Hemitaurichthys zoster dans son aquarium. L'essai a commencé le 04/06/99. Tandis que chez le Pr Thaler l'un des poissons arrachait des morceaux de tissu d'une gorgone (com. personnelle) je n'ai pu jusqu'à présent constater d'attaque quelle qu'elle soit de la part de mes poissons-papillons pyramide noir. Même le compagnon d'espèce ayant l'arrière de la tête amaigri ne se livre à ce genre d'exploit.
Cet exemple explique encore une fois combien le comportement des poissons peut être différent dans un aquarium. Il faut souligner que l' Hemitaurichthys zoster qui a déraillé chez Ellen Thaler n'a montré ce comportement qu'une fois, puis plus jamais. Ceci conduit de nouveau au problème de la famine durant les périodes de stabulation intermédiaires. Il est fort probable que ce poisson a été contraint de rétablir son équilibre minéral et qu'il a accompli cela à partir du tissu d'une nourriture qu'il connaît. Les observations optimistes du départ n'ont pu être maintenues chez mes animaux. Cinq mois après le début de la maintenance, j'ai dû constater que de plus en plus de gorgones et de coraux cuir divers sont devenus le but des Hemitaurichthys zoster:
Toutefois, en cas de distribution de nourriture dans l'aquarium les poissons-papillons abandonnaient leurs victimes durant plusieurs heures. A mon avis ce comportement s'explique parce que l'alimentation originelle dans la nature est constituée par des organismes planctoniques omniprésents dans le récif. Dans l'aquarium par contre la distribution irrégulière de nourriture crée une situation dans laquelle les planctonophages sont obligés de se chercher une alternative alimentaire.

La famille des Pomacanthidae
La maintenance des poissons-anges ressemble beaucoup à celle des poissons- papillons 2,4,5,14,18,19,31, c'est pourquoi je n'insisterai que sur quelques points différents concernant leur cohabitation avec des anthozoaires étant donné que l'essentiel a été traité (Tableaux 4 et 5).
A l'exception de Pomacanthus narvachus, il est peu sensé de s'intéresser aux autres espèces des genres Pomacanthus et Holacanthus, car ils deviennent trop grands pour beaucoup d'aquariophiles 1,2,4,5,13,22,24,27,31.

Pomacanthus maculosus

De même les espèces des genres Apolemichthys et Chaetodonplus ne sont pas abordées car elles deviennent trop grandes et que je ne dispose pas des connaissances et des informations nécessaires pour pouvoir tirer des conclusions sensées concernant leur cohabitation avec des coraux. Il faut cependant signaler qu'il est possible de faire cohabiter aussi bien des espèces du genre Holacanthus (juvéniles) que des espèces des genres Chaetodonplus ou Apolemichthys avec des anthozoaires 3,20.
En ce qui concerne Pygoplites diacanthus il faut noter que sa maintenance ne peut être couronnée de succès que s'il est introduit dans un bac récifal. Il est cependant incontestable que des attaques d'anthozoaires ont lieu. L'intensité des attaques varie fortement et est, d'après mes notes, directement proportionnelle avec l'alimentation ou la prise de nourriture, qui comme l'on sait n'est pas évidente chez Pygoplites 1,4, 5,11,13,18, 19,31. Je ne désire pas poursuivre ce thème étant donné que ce poisson ne constitue pas un poisson-ange pour l'aquarium aussi longtemps que la problématique fondamentale de son alimentation dans l'aquarium récifal n'est pas solutionnée.
Je préfère me limiter aux espèces des genres Centropyge et Genicanthus ainsi que l'espèce Pomacanthus narvachus

A propos de Pomacanthus narvachus
Il fait partie des quelques espèces du genre Pomacanthus restant «petites» (tout de même 25 cm). Il s'agit surtout de la coloration extraordinaire de ce poisson qui convainc l'aquariophile récifal.
Malheureusement, car selon mes connaissances, confirmées par autres auteurs 1,5,14,27, il ne fait pas partie des poissons coralliens faciles à maintenir, encore que dans la plupart des cas il ne touche pas les anthzoaires. Néanmoins il s'agit d'une espèce de poisson-ange qui apparemment n'importune pas de manière pressante les invertébrés, comme cela est confirmé par les nombreux exemples de cohabitation réussie des deux groupes d'animaux. Cette hypothèse est appuyée par le fait que Gerald Allen signale que cette espèce se nourrit de tuniciers et d'éponges 1. Le Löbbecker Museum et l' Aqua-Zoo de Düsseldorf s'est servi de l'astuce suivante pour faire cohabiter Pomacanthus narvachus avec des coraux durs hermatypiques et d'autres anthozoaires. Ce faisant, tous les coraux que ce poisson-ange n'importunait pas ont été laissés dans l'aquarium (communication écrite de Hebbinghaus). Cet exemple montre en plus d'une variante praticable de réalisation pour une cohabitation réussie que Pomacanthus narvachus ne semble pas dépendre de manière impérative des anthozoaires comme source de nourriture.

Le genre Centropyge
En raison de leur petite taille, de 18 cm au maximum (Centropyge tibicen), de leur comportement spectaculaire et de leurs couleurs éclatantes les poissons-anges nains font partie d'un des groupes le plus intéressant des poissons-anges chez les aquariophiles récifaux 4,5,6,9,14,18,19,24. Mais quelle horreur lorsque le poisson-ange nain récemment acquis s'attaque soudainement aux anthozoaires. La consommation active de tissu corallien a pu être observée chez Centropyge heraldi, Centropyge bicolor; Centropyge flavissimus, Paracentropyge multifasciata, Centropyge loriculus 16, Centropyge acanthops et Centropyge flavicauda. Des rapports d'autres auteurs existent concernant Centropyge tibicen 14,27.


Centropyge flavissimus
Mon opinion est sans équivoque à ce sujet: tous les poissons-anges nains du genre Centropyge sont susceptibles de tirailler les invertébrés 18,19 ! Un avis qui n'est pas partagé sans restriction par tous les auteurs, étant donné qu'entre autre la notion de tiraillement est définie d'une manière différente et que la microfaune et la macrofaune présentes sur le décor sont intégrées. On peut déjà constater des différences parmi les espèces listées ici 14,27. A mon avis tirailler et picorer n'ont pas la même signification que dévorer.

Ceci résulte des nombreuses observations qui attestent que dans de nombreux cas l'anthozoaire ne représente pas lui-même la victime mais plutôt ce qu'il a capturé ou sécrété. Il peut s'agir d'organismes planctoniques tout comme du mucus, des sécrétions ou des zooxanthelles. Si l'aquariophile observe le tissu des coraux à la recherche d'attaques il va constater que le tissu ou les polypes n'ont pas subi de dommages. Il en est autrement des traces de «bouffe» où à l'extrême des points blancs ou même des morceaux de tissus restent comme preuve.

Le tiraillement déclenche cependant des réactions de protection chez les invertébrés. L'invertébré se rétré- cit. Ceci peut déclencher un effet négatif sur les coraux ou les coquillages en fonction du nombre, de l'intensité et de la durée des perturbations. L'invertébré reste clos et dépérit à long terme.
Dans certains cas une modification de la position du corail peut l'aider. Ceci est aussi valable pour une alimentation plus copieuse ou une offre alternative en aliments 29. Lors de l'étude de différents types d'aquariums et des discussions en résultant avec les intéressés, il est ressorti que les poissons-anges nains ne se livrent qu'à peu d'attaques lorsqu'il y a un décor dans l'aquarium recouvert de beaucoup d' Aufwuchs. Il en est autrement si la décoration est recouverte par les algues calcaires. Dans ce cas les Centropyge ne disposent pas de l'alimentation qui s'offre à eux dans la nature: les microorganismes qui vivent entre l' Aufwuchs 1,9,24,29. Dans l' environnement naturel de nombreux poissons-anges nains se nourrissent de ces microorganismes (communication écrite de J. Randall).

Le genre Genicanthus
Je recommandais encore sans restriction il y a peu le genre Genicanthus 18,19,20. Ceci surtout parce qu'il s'agit de poissons-anges qui capturent du plancton recherchant leur nourriture dans les profondeurs de la pleine eau 1,2,22,31. Mon attention a été attirée par un article dans une revue spécialisée 27, dans lequel il est question d'un Genicanthus lamarck qui se délecte de gorgones. Cette observation a été appuyée par un autre cas du même genre (communication personnelle de A. Forstner, Münich).
Cependant un déraillement de ce type n'est pas à observer dans la plupart des cas, si bien que je désire attribuer ce comportement à l'une des cause énumérée ci-dessous:

Tableau 6

Motifs pouvant donner lieu à des attaques sur des invertébrés:
1. Alimentation insuffisante ou non conforme (Par alimentation non conforme, il s'agit par exemple de la distribution à titre principal de nourriture sèche de tous types)
2. Les gorgones capturent ou sécrètent des substances particulièrement appétissantes pour le Genicanthus lamarck
3. Les gorgones n'étaient pas au mieux de leur forme.
4. Même si non satisfaisante la possibilité de l'individualiste n'est pas à exclure.

Comme conclusion pour ce genre, je peux constater qu'en général il n'y a pas de problème pour faire cohabiter ces poissons dans un environnement social conciliant. Il en est autrement chez les poissons-papillons planctonophages.

Discussion

Oui ou non? La cohabitation de poissons-papillons et de poissons-anges est-elle possible avec des invertébrés ?

Ce rapport n'a pas pu donner de réponse nette car le phénomène de l'individualité, qui ne peut pas être schématisé, est suspendu au dessus des anthozoaires comme une épée de Damoclès.
Malgré cela, je suis d'avis qu'il est possible de faire cohabiter des espèces des genres Genicanthus et Pomacanthus avec des coraux et des coquillages à condition que l'aquariophile s'occupe des deux groupes d'animaux de la même manière. Ceci signifie entre autre la réalisation d'une analyse afin de définir pourquoi le poisson-papillon ou le poisson-ange importune voire mange même l' anthozoaire. Celui qui par exemple oblige un Chelmon rostratus à manger des anémones de verre en le privant de nourriture ne doit pas, après coup, s'étonner si ce poisson (qui a été contraint de manger des Aiptasia par privation de nourriture) s'attaque après sa réintroduction dans l'aquarium d'exposition aux coquillages et aux autres invertébrés 26. Le poisson se nourrit - contre sa nature - d'invertébrés (Aiptasia) qu'autrement il ne mangerait pas ou de manière très limitée. La raison pour laquelle d'autres anthozoaires (ce qui est en général habituel chez cette espèce) sont importunés est facile à expliquer: un poisson émacié, qui se nourrit dans la nature d'invertébrés benthiques vivant dans de petites fissures, mange de tout lorsqu'il est affamé, ce qui peut lui assurer une chance de survie.
Le phénomène qui m'intéresse est de savoir pourquoi les poissons-papillons et les poissons-anges s'attaquent aux anthozoaires, dont il est connu, que des substances très toxiques sont emmagasinées dans leurs tissus. En réalité de telles substances sont destinées à éviter d'être mangé. Il semble que certains poissons-anges et poissons-papillons sont capables de neutraliser les substances toxiques ou à les métaboliser en de moins toxiques. D'autre part, on ne peut exclure la possibilité que le poison des anthozoaires soit minimisé voire ait complètement disparu dans l'aquarium.
J'ai dressé un tableau des coraux aux substances extrêmement toxiques, selon Mebs 28 :

Tableau 7

- Poisons des anthozoaires destinés à éviter d'être mangés:
- Denticulatoide : coraux mous, effet dissuasif pour les poissons.
- Capnellan : coraux mous, effet dissuasif sur les poissons.
- Lophotoxine : Gorgones, toxique pour les poissons (comparable au curare).
- Prostaglandine A2 : présente en très grandes quantités chez les gorgones, déclenche une sensation d'étouffement.
- Palytoxine : zoanthidés ; l'une des toxines la plus toxique.

Que faire si ces poissons mangent des anthozoaires dès leur introduction ou au cours de leur vie en aquarium ?

Ci-dessous quelques contre-mesures pouvant conduire à une diminution voire un arrêt complet:

Tableau 8

Contre-mesures pouvant être mises en œuvre pour réduire les attaques contre des invertébrés:
• Déplacement de l'invertébré à un endroit où il est exposé à un courant plus puissant.
• Etablir des Pomacentridés, des Gobiidés ou des Blenniidés aux moeurs querelleuses ou territoriales ; les blennies du genre Gobiodon importunent toutefois les coraux durs 14.
• L'introduction de nouveaux anthozoaires peut éveiller l'intérêt des poissons ou modifier une portion de territoire de façon à ce que cette espèce de poisson soit contrainte à composer; action en résultant: déplacement.
• Alimentation copieuse et variée: être ouvert à de nouvelles nourritures (ne pas penser tout le temps à la qualité de l'eau comme discipline d'action) 15,29,34,35.
• Cohabitation conformément aux exigences de l'espèce ou du mieux possible au sein de l' espèce harem ne signifie pas maintenance solitaire!
• Par la meilleure cohabitation on prévient la monotonie, ce qui peut également mener au fait que les invertébrés ne soient plus tracassés.
• Effectuer un choix d'anthozoaires qui ne soient pas mangés par les poissons.

On est par contre impuissant lorsque la vitalité des invertébrés est diminuée. Les animaux malades et affaiblis n'ont rien perdu dans l' écosystème d'un récif corallien, ils sont mangés. Il n'en va pas autrement dans l'aquarium.
En respectant les points évoqués dans le tableau 8, les genres Genicanthus, les genres Centropyge , Chelmon, Forcipiger et même quelques autres espèces comme par exemple Chaetodon xanthurus, Pomacanthus asfur et Pomacanthus narvachus entre autres ne se singularisent pas plus dans leur comportement « tirailleur et bouffeur» que beaucoup d'autres poissons coralliens.
Celui qui par contre ne sent pas prêt à chercher des solutions de compromis lorsque surgissent des problèmes lors de la maintenance communautaire de poissons et d'invertébrés doit avoir l'esprit de suite (si l'essentiel est consacré à la maintenance des invertébrés) et renoncer au maintien de ces poissons magnifiques.
Un conseil que je donne de toute façon à tout aquariophile intéressé. De nombreux aquariophiles ne se laissent pas dissuader de maintenir ces poissons. A leur intention cet article expose une possibilité de maintenance communautaire entre poissons-anges et poissons-papillons avec des invertébrés. Si cela est toujours couronné de succès dépend de la volonté de compromis de l'aquariophile, qui le cas échéant lui demande quelque exigence.

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34) Thaler, E.1997. Fisch-Polernik. DATZ 52(5),64-65
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Vient de paraître : Les Lettres récifales n° 48!!